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David contre Doku : le match dans le match

Jonathan David et Jérémy Doku voient leurs destins se croiser en cette 21e journée de Ligue 1 dans un duel opposant Rennes et Lille. Deux talents qui ont connu des débuts contrastés dans l’Hexagone. Le premier pour son manque d’efficacité devant le but, le second pour son inconstance. Caviar Magazine se penche sur ce match dans le match aux côtés de Swann Borsellino.


Jonathan David, le prochain Osimhen?

Arrivé de La Gantoise pour la modique somme de 32 millions d’euros et auréolé d’un compteur à 18 buts et 8 passes décisives en Jupiler Pro League, Jonathan David attire le regard comme la critique. Son rendement offensif – trois buts en championnat, dont un contre Reims le week-end dernier – apparaît en effet loin de concorder avec l’investissement des Dogues. D’où certaines interrogations concernant une possible erreur de casting.

Ce qui est sans doute dû au comparatif avec Osimhen, « sauf qu’ils n’ont pas du tout le même profil », insiste Swann Borsellino. Le Nigérian est un attaquant de profondeur qui mise sur sa vitesse, tandis que le Canadien est davantage un 9 ½ polyvalent. « David est un attaquant de soutien, capable de jouer en remise et qui a un bon sens de la passe. Il peut aussi faire des appels tranchants, soit pour créer de l’espace, soit pour prendre de la profondeur. Il n’est pas maladroit devant le but ».

Jonathan David à La Gantoise, ou l’art du placement face au but.

Son manque d’efficacité peut être imputé à son poste au LOSC, qui diffère largement de celui qu’il avait à La Gantoise. Connor McGillick expliquait en 2019 pour Total Football Analysis que David était une sorte d’« attaquant fantôme », positionné en 9 ½, voire en 10, dans une formation en 4-2-3-1 ou en 4-4-1-1 derrière Roman Yaremchuk. Une position reculée où son rôle se rapprochait du Raumdeuter, c’est-à-dire « d’interprète d’espace », que Thomas Müller avait inventé et s’était arrogé. Une fonction très particulière consistant principalement à faire courir les adversaires, à étirer les lignes pour faciliter la création et à se positionner dans les demi-espaces. Lorsque La Gantoise avançait sur les flancs, l’attaquant de pointe et l’ailier opposé occupaient les défenseurs centraux, ce qui permettait au centreur de servir David, laissé libre, qui pouvait alors marquer beaucoup plus facilement. McGillick soulignait ainsi son efficacité devant le but, bien supérieure à ses expected goals lors de la saison 2018-2019 (12 buts pour 7,95 xG).

David et Jonathan

Au LOSC, le Canadien est surtout placé en 9 dans un 4-4-3, ou associé à un autre attaquant dans un 4-4-2. De ce fait, David joue davantage en retrait, conservant le ballon dos au but, faisant remonter le bloc-équipe en phase offensive, et remisant sur un coéquipier face au jeu. Selon Swann Borsellino, « c’est une bonne chose quand Galtier le fait jouer avec Yilmaz. […] La différence avec La Gantoise, c’est que le LOSC est fort dans la transition, mais dans les phases de possession, l’équipe est moins à l’aise. Ce qui limite sa palette technique ». Son rôle d’attaquant laissé libre à l’entrée de la surface est ainsi repris par les ailiers lillois, Bamba et Yazici, qui ont tendance à repiquer à l’intérieur.

David participant au pressing du LOSC contre le PSG de Marco Verratti.

« Je ne me fais pas de souci pour lui, je sais que c’est un bon joueur avec ce qu’il a démontré en Belgique » conclut le journaliste. Depuis novembre, l’efficacité de David ne s’est pas foncièrement améliorée mais les critiques à son encontre se sont quelque peu estompées, en partie grâce à son implication dans le pressing mis en place par le LOSC. Le troisième Jonathan de l’équipe a encore de la marge de progression. Prochaine étape de son adaptation : scorer à l’extérieur. Et pourquoi pas dès dimanche.

Le Comte Doku

Autre pépite venue de Belgique récemment arrivée en France, ou plutôt en Bretagne : Jérémy Doku. Formé à Anderlecht en tant qu’ailier droit, le feu follet attirait toutes les convoitises. Courtisé par Liverpool, c’est à Rennes que le jeune prodige a posé ses valises. « Pour les supporters anderlechtois, ce n’est pas une progression d’aller à Rennes. Ce n’est pas mon avis, à Liverpool, il n’aurait jamais joué. Et puis Rennes est un tremplin pour lui, c’est aussi la garantie de jouer les 5-6 premières places du classement en Ligue 1 et de jouer la Ligue des Champions cette année ».

À la différence de David, les inquiétudes concernant Doku ne sont pas aussi nombreuses, même s’il n’a jusqu’à présent pas montré son meilleur visage. Les statistiques du jeune ailier belge restent maigres. Il n’a pour l’instant marqué aucun but en 14 rencontres de première division, n’a réalisé que 2 tirs cadrés et 2 passes décisives. Son rendement offensif pâtit surtout de son manque de lucidité lors de ses centres puisqu’il n’a converti que 10 centres sur les 36 qu’il a tentés – soit un taux de réussite de 28%.

Jérémy Doku, toujours sur le fil.

« Doku est plus tendre que David, on ne sait pas encore s’il va devenir un grand joueur. De ce que j’ai vu de lui en Belgique, c’est un joueur qui a le sens du un contre un, du débordement, de la percussion et du centre. Mais sa faiblesse reste son manque de régularité dans les choix qu’il peut faire. Il est un peu foufou, je dirais, mais c’est quelque chose qui est inhérent à sa jeunesse, il peut bien sûr progresser ».

Rennes a pris des risques en le recrutant pour 26 millions d’euros, mais sa marge de progression est telle que le club peut retomber sur ses pieds. « S’il se montre un peu, il partira facilement pour 50 millions d’euros en Angleterre. Tout simplement parce qu’il y a un manque cruel de vrais ailiers dans le foot actuel, il y a une véritable rareté du profil ».

Dok-upgrade in progress

Encore une fois, la comparaison avec son prédécesseur provoque la déception chez les supporters. Raphinha avait beaucoup plus d’influence dans le jeu offensif de l’équipe. Toutefois, bien que leur poste soit le même, ils n’ont en rien le même profil.

Raphinha driblbant entre deux Reimois.

Comme le souligne nos confrères de Ta Compo, Doku est un ailier extérieur qui percute et mange les espaces mais qui, dans un autre temps, bouche le couloir aux montées d’Hamari Traoré. De son côté, Raphinha était un ailier intérieur : il occupait le demi-espace, repiquait dans l’axe, entrait aux abords de la surface et combinait avec ses coéquipiers directement dans les zones dangereuses – gonflant ainsi ses statistiques et libérant de l’espace pour son latéral. À noter tout de même que ce ne sont pas non plus ses performances chiffrées qui en ont fait un grand espoir à Anderlecht – trois buts et trois passes décisives la saison dernière – mais bien son imprévisibilité et sa capacité à percuter.

Tout comme David, l’attente est donc de mise. Chose qui n’est plus trop d’actualité dans le football moderne où l’immédiat domine. La Belgique est une terre de talents, oui, mais de talents bruts, à polir et à post-former. Condition pour que les clubs qui les convoitent gardent la frite.

Guillaume Orveillon


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