Crédits: Pauline Girard
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Coupe de France : la Vieille Dame s’avance masquée


Ce soir aura lieu la finale de la Coupe de France entre le Paris Saint-Germain et l’AS Saint-Etienne. Remake de la finale 1982, la dernière disputée par les Stéphanois, elle sera également le premier match officiel dans l’Hexagone depuis l’arrêt des compétitions. 


Tous les yeux braqués sur le Stade de France

Ce vendredi sera un jour de grande première. En plus de marquer la reprise officielle des compétitions footballistiques en France, la finale de la Coupe de France marquera aussi la réouverture du Stade de France, où le dernier événement sportif remonte au 9 février dernier, pour le compte de la deuxième journée du Tournoi des Six Nations entre la France et l’Italie (35-22). Cette soirée sera donc scrutée de très près. Pour la Fédération française de football (FFF), ce PSG-ASSE offre l’occasion de montrer que le football hexagonal est prêt à reprendre officiellement avec du public. Pionnière dans le domaine, la France a déjà vu quelques matchs amicaux se disputer avec des spectateurs. Il en sera de même pour la finale de la Coupe de France, dans le respect de la limite autorisée par le Gouvernement et des gestes barrières. 

Pour Noël Le Graët, président de la FFF, le verre est à moitié vide. Pour cette finale, il espérait marquer le coup en remplissant l’enceinte dyonisienne à hauteur de 25 000 places, ce que le ministère des Sports lui a refusé, gardant sa limite de 5 000 spectateurs et ne voulant sans doute pas créer de jurisprudence. Cette jauge devrait rester en vigueur jusqu’en septembre. La finale de la Coupe de France se déroulera donc dans un stade bien silencieux. 

Un retour des supporters compliqué

Une double peine pour Noël Le Graët. Le président de la FFF devra faire avec un Stade de France encore plus dégarni que prévu. Les supporters stéphanois et le Collectif Ultras Paris ont décidé de renoncer à se rendre au stade pour la finale. Dans un communiqué, ce dernier a regretté le “faible nombre de places allouées aux supporters parisiens”

La pelouse de Geoffroy-Guichard envahie après la victoire de l’AS Saint-Etienne sur le Stade Rennais (2-1) en demi-finale. (Crédits: AS Saint-Etienne)

Interrogée par nos soins, l’Union des supporters stéphanois (USS) a donné son ressenti. “Ce qui a été proposé, c’est 900 places sur les 80 000 du Stade de France pour les supporters des Verts. Chez nous, il y a 5 groupes officiels (Magic Fans, Green Angels, Associés, Indépendantistes et USS). Il est absolument inconcevable de choisir parmi les supporters. Rien que nous, à l’USS, nous avions déjà près de 1 500 demandes, des cars venant de toute la France”. Le contraste sera donc important avec la demi-finale qui avait eu lieu au début du mois de mars. Plus de 30 000 spectateurs avaient assisté à la rencontre au stade Geoffroy-Guichard et des milliers d’entre eux s’étaient retrouvés sur la pelouse au coup de sifflet final pour célébrer leur première qualification en finale de Coupe de France depuis 38 ans. 

Mais la différence se ressentira également par rapport à la finale de la Coupe de la Ligue 2013, lors de laquelle les Verts avaient battu Rennes (1-0) pour soulever leur premier trophée depuis 32 ans. Dans les tribunes, les supporters stéphanois avaient également remporté le match, sans pour autant satisfaire complètement l’USS. “Sur 5 000 places disponibles dans tout le stade, il y avait moins de 2 000 places pour les supporters. Répartition classique, le reste étant les sponsors…C’était déjà le cas pour notre finale de 2013 : moins de 20 000 places pour les Verts”. Pour tous les amoureux du club, cette finale aura ainsi un goût amer. “On est évidemment déçus de ne pas pouvoir y participer, mais on est solidaires. Et on est contents que le club nous ait suivis”, souligne l’USS. L’AS Saint-Etienne a en effet décidé d’acheter les 900 places mises à la disposition de ses supporters et de ne pas les revendre. Une marque de soutien saluée, qui montre que toute l’institution sera derrière son équipe ce vendredi soir. 

Côté parisien, on a déjà pu assister à des matchs amicaux sans huis clos. La reprise au Havre (9-0) constituait d’ailleurs la première rencontre européenne avec du public. Mais les mesures barrières sont parfois difficiles à respecter. Les Ultras, notamment, attendent le retour des compétitions avec impatience. Il apparaît compliqué pour eux de se retrouver sevrés encore plus longtemps et séparés les uns des autres alors que les kops représentent un lieu de solidarité où le collectif prime. Contre Waasland-Beveren (7-0), le premier match au Parc des Princes depuis le 11 mars et la qualification en quart de finale de la Ligue des Champions contre Dortmund (2-0), les Ultras parisiens ont fait fi des gestes barrières et de la distanciation sociale, provoquant de vives réactions en France. La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a menacé de revenir au huis clos en cas de non respect des consignes sanitaires. Mais, lors du dernier match amical contre le Celtic Glasgow (4-0), les Ultras ont cette fois-ci assimilé la distanciation sociale et aucun problème ne fut à déplorer dans les tribunes, de quoi laisser quelques espoirs à un mois de la reprise des championnats. 

Des entraîneurs résignés

Si Claude Puel et Thomas Tuchel ont déjà pu s’acclimater aux stades dégarnis pendant la préparation de leurs équipes, les deux entraîneurs savent qu’une finale est un match à part. Les deux techniciens semblent résignés entre acceptation de la situation et déception vis-à-vis de l’absence de supporters. Lors de leur conférence d’avant-match, ils n’ont pu échapper aux questions sur l’atmosphère particulière entourant cette finale de Coupe de France. “On aurait aimé que le retour du foot se fasse dans des meilleures conditions, avec notre public. On connaît son impact. On l’a vu en demi-finale, c’était grandiose”, a avoué Claude Puel, un brin nostalgique. “C’est bizarre de faire la conférence de presse masqué. On doit toujours être vigilant. Il y a des choses plus importantes que le football. C’est un match très important après une grande pause, jamais aucune équipe n’a connu cela avant”, a pour sa part reconnu Thomas Tuchel avant d’admettre que “toutes les choses dans le foot sont meilleures avec des supporters”. Des déclarations traduisant le partage de l’engouement au bord des terrains concernant le retour de l’ambiance dans les tribunes.  

Avec ce contexte dans toutes les têtes, on en oublierait presque le jeu et le prestige du trophée Charles Simon. Sur le papier, la rencontre paraît déséquilibrée. Mais l’exploit de Rennes il y a un an apporte de l’espoir à Claude Puel et les siens. Pour faire de cette grande rentrée un moment spectaculaire, les 22 acteurs devront laisser les masques aux vestiaires le temps de 90 minutes, si ce n’est plus. 

Nicolas Mudry

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