Kylian Mbappé pose avec les responsables de la luxueuse clinique, en décembre 2019 ©Twitter Aspetar.
Autour du Monde

ASPETAR, le stéthoscope doré du football

Tout le monde connait désormais bien le “soft-power” sportif qatari : organisation de la Coupe du Monde en 2022, rachat du PSG ou diffusion des rencontres par BeIN.  Mais il y a une niche dont on parle peu : la médecine sportive, version blingbling.


Si la Champions League européenne édition 2020 s’est terminée en août avec un Final 8 lisboète inédit, l’équivalent asiatique, l’East AFC Champions League, se déroulera entre le 18 novembre et le 13 décembre au Qatar. A cette occasion, l’Aspetar a été désignée pour établir un protocole sanitaire adapté à cette énième répétition de la Coupe du Monde de football 2022.

Doha, capitale scientifique

La science tient une place toute particulière dans la stratégie de rayonnement qatari à l’internationale. Le rapport Qatar Vision 2030 donne l’aspiration du pays à devenir une capitale du savoir et de la haute-technologie. Les stades déployés à l’occasion de la Coupe du Monde 2022 sont bourrés de technologie haut de gamme pour atténuer les effets du climat notamment. Le secteur médical entre lui aussi dans ce créneau. La famille régnante Al-Thani veut faire de Doha un siège de ce secteur d’avenir, avec comme projet phare le SIDRA, hôpital généraliste doté de systèmes technologiques haut de gamme, ayant couté près de 8 milliards de dollars au total. Comme les pistes de développement et les branches douées d’intérêts et d’investissements se recoupent, la médecine a croisé le domaine du sport, donnant naissance en 2007 au centre thérapeutique Aspetar.

Le complexe est extrêmement réputé parmi les sportifs de haut-niveau et clubs professionnels. 50 000 sportifs étrangers sont chaque année soignés dans cette enceinte, comme Neymar ou Ousmane Dembélé en janvier 2020 pour une blessure aux ischio-jambiers.

À Aspetar, on prend bien soin de toi, les gens connaissent vraiment bien leur boulot. Mais je ne suis pas surpris, beaucoup de monde m’en avait parlé”

Ousmane Dembélé ©Twitter Aspetar
Tilo Kehrer en séance d’évaluation à l’Aspetar en octobre 2019 © Site officiel du PSG

Les clubs européens sont nombreux à signer des partenariats avec l’institution qatarie. Tottenham, le PSG donc, ou encore le SCO d’Angers !

Les autorités qataries sont parvenues à attirer un personnel de santé majoritairement étranger parmi lesquels on décompte environ 500 médecins, venus d’une cinquantaine de pays différents. Les plus renommés thérapeutes du sport se sont laissés tenter par le projet, à l’instar du chirurgien orthopédiste Gérard Saillant qui a opéré des stars comme Schumacher ou Ronaldo. L’ancien médecin du Paris Saint Germain et directeur de la clinique du sport de Paris Hakim Chalabi est directeur adjoint du centre depuis son lancement. Il a facilité la venue du club de la capitale française pour des séjours de remise en forme et œuvré à nouer un partenariat en 2014 entre les deux instances.

Depuis l’été 2019 et au cours de l’été dernier, l’équipe parisienne a en partie remanié son staff médical, resserrant les liens avec l’Aspetar. En juin 2020, Laurent Amont, médecin n°2 du PSG et le physiothérapeute Bruno Mazziotti quittent le club et sont accompagnés par Martin Buchheit, responsable performance en charge des liens entre équipes médicales et club. C’est Bisciotti, ex-physiologiste en chef du centre de Doha, qui remplace Buchheit. L’année dernière, c’est le médecin de l’équipe première en poste depuis 2010, Eric Rolland, qui avait été remplacé. La direction préparerait même un éventuel retour de Chalabi à l’horizon 2022-2023 d’après L’Equipe , dans le cadre de l’aménagement d’une clinique « Aspetar Europe » liée au nouveau centre d’entrainement du PSG qui devrait voir le jour à Poissy (78) dans les années à venir.

Le nouveau centre d’entrainement du PSG, à Poissy (78), où se trouvera également une clinique Aspetar Europe @Youtube PSG- Paris Saint-Germain

“Nous sommes un véritable laboratoire d’expertise”

Hakim Chalabi, L’Express

Les infrastructures et équipements sont dernier cri. Le centre dispose par exemple de 25 chambres d’hypoxie qui permettent de simuler des situations de très haute altitude, jusqu’à 5500 mètres, permettant de stimuler la création de globules rouges et d’améliorer l’endurance – l’effet recherché est celui de stages parfois effectués en montagne durant les préparations présaison. Les traitements sont variables et adaptés aux besoins de chaque sportif. Pour l’hypoxie, le dispositif est prescrit pour des durées allant jusqu’à 12 heures par jour pendant 3 à 6 semaines.

Autre fantaisie :  des équipements antigravité, qui permettent aux sportifs, en s’y immergeant partiellement, de ne ressentir que 20% du poids de leur corps, et donc de s’entrainer à courir malgré blessure à la cheville par exemple.

La clinique est enfin un centre de recherche de pointe, publiant depuis 2012 un bimestriel de médecine sportive. Fin septembre, elle a dévoilé un immense ouvrage intitulé « Aspetar Sports Medicine Collection », regroupant 200 articles et 300 auteurs ultraspécialisés de la médecine sportive, revenant à la fois sur le mode de vie des sportifs, leur préparation, le traitement des blessures et la rééducation. Cette bible, certifiée par la FIFA, hausse un peu plus la crédibilité de cette institution aux yeux des acteurs du foot mondial.

Un centre mondialement reconnu

Apprécié des grands joueurs et clubs, le centre est en effet reconnu par les instances internationales. La FIFA l’accrédite en 2009 du statut de « centre d’excellence » – c’est le premier à en rejoindre la liste, parmi 49 dans le monde – une distinction hautement symbolique dans la niche de la médecine sportive mais qui octroie aussi au centre le droit de réaliser les visites médicales de joueurs professionnels à travers une batterie de tests. Le CIO le reconnait par ailleurs comme un centre d’expertise pour la prévention des blessures. Bref, les grandes institutions du foot et du sport en général ne peuvent qu’applaudir le travail de l’Aspetar.

Le Qatar se félicite quant à lui de voir que ces investissements font prospérer sa diplomatie. Le quotidien sportif AS rapporte récemment les louanges de l’ambassadrice espagnole Bélen Alfaro Hernandez sur les efforts fournis pour la préparation du Mondial 2022. La diplomate se réjouit d’observer que « le Qatar et l’Espagne partagent la même passion pour le sport et en particulier le football » et plus particulièrement que « l’Espagne peut renforcer la culture sportive du Qatar […] à travers la structure de l’Aspetar, où travaillent déjà des spécialistes espagnols ».

On l’a donc bien compris, l’Aspetar de Doha séduit à tous les niveaux, et démontre qu’une nouvelle fois, la micro-monarchie du Golfe ne bâtit rien au hasard dans sa stratégie sportive.

Paul Lonceint

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