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Turquie : vers un boycott du pays aux 400 fromages ?

On a beau dire mais la France ça reste quand même le pays des 400 fromages… Comment dit-on fromage en turc ?
Peynir !

Issus d’une version alternative d’OSS 117 Istanbul ne répond plus, les mots d’Hubert Bonnisseur de la Bath font écho à l’appel au boycott des fromages français de la part du président turc Recep Tayipp Erdogan. Remonté après les caricatures de Charlie Hebdo et le soutien d’Emmanuel Macron au journal, il a voulu taper du poing sur la table pour recadrer le chef d’Etat français, jugeant qu’il portait atteinte à l’ensemble des musulmans – et donc aux Turcs, où l’on estime que 83% de la population est convertie à l’Islam. Erdogan ne décolère pas. Depuis la semaine dernière, il appelle au boycott des produits français. Il a même fustigé le sacro-saint Caprice des Dieux qu’il associe au polythéisme…
Mais que ferait la Turquie sans le pays des 400 fromages dans son championnat ?

Enzo Crivelli : la Vache qui rit

Aucun doute, la Vache qui rit, c’est Enzo Crivelli. Exilé en Turquie depuis 2019 à l’Istanbul Basaksehir (club proche d’Erdogan), avec qui il a été sacré, il participe maintenant à la grande Ligue des Champions. Plus bovin que Thauvin, Crivelli réussit tout de même à planter quelques buts avec le club turc. En prime, chaque célébration donne un immense sourire à l’ancien girondin et pour ça, on a envie de lui enlever sa petite couverture en alu’ pour apercevoir son petit cœur fondant. Mais il ne faut pas oublier que la vache qui rit dispose d’une forte côte de popularité chez les plus jeunes et n’hype plus grand monde passé 20 ans. Comme Enzo, qui aura quand même eu 5 sélections chez les Bleuets avant de passer sous les radars. Crivelli pourra toujours rebondir en Inde, un cheese naan au bout du pied droit, dans le pays où les vaches sont sacrées.

Crivelli tape la pose pour la prochaine couverture de la boite de Vache Qui Rit

Georges Kevin Nkoudou : le Babybel

Nkoudou a été sexy une époque. Lors de ses débuts avec le FC Nantes, on avait l’impression qu’il pouvait transformer les défenses en petites boules de cire rouge. C’était marrant au début. Marseille a même cru en lui pour en faire un fromage d’exception. Mais comme on pouvait s’en douter, partir outre-Manche pour terminer son affinage… c’était déjà mal embarqué. Malgré de nombreux prêts, le babybel Nkoudou a rejoint le Besiktas l’an passé mais ne se sera pas imposé au milieu du plateau de fromage des grands. Il restera un bon moment pour les enfants et quelques bons souvenirs pour les plus grands.

C’est pas Georges-Kevin le footeux ?

Gabriel Obertan : le Camembert

Gabriel Obertan a tout du fromage français par excellence. Fan de littérature comme l’indique la mention assez bien de son Bac L, il s’inscrit dans une lignée d’écrivains et de penseurs qui, comme le Camembert, font la France. Son style de jeu est également similaire à ce fromage à la pâte molle et à la croûte fleurie. Doué techniquement, polyvalent (il s’associe avec pleins de vins rouges différents), mais aussi puissant et percutant : Obertan a tout du calendos. Un camembert tout droit sorti de ce qu’il se fait de mieux en France, l’une des meilleurs abbayes de formation : l’INF Clairefontaine. Un vrai produit français.

Leurs ressemblances vont jusqu’à la boite de fromage si singulière qui, comme la tête de Gabriel Obertan, n’a pas changé d’un poil depuis ses débuts. Un peu vieilli, Obertan a su glaner plusieurs World Cheese Awards avec Bordeaux et Manchester United, avant d’exporter le patrimoine français à l’international du côté de la Bulgarie, de la Russie et enfin de la Turquie, avec le BB Erzurumspor. Un joueur/fromage mythique qui a fait vibrer le monde entier et qui continuer de marquer les esprits, comme en témoigne son doublé ce mardi en coupe nationale.

Jean-Armel Kana-Biyick : la Bûche de chèvre

1m84 pour 90 kilos selon Wikipedia, et un geste technique préféré : le tacle. Une belle bûche remplie de muscles, faite avec du fromage de chèvre… Trait de caractère qui se sent un peu balle au pied. Affiné au Havre, passé par Rennes et par Toulouse, Jean-Armel est arrivé en Turquie en 2016 et officie maintenant sous les couleurs du FK Gaziantep. Là-bas, il dépose ses plus beau tacles, toujours bien appuyés, sur les attaquants qui se présentent à lui. Fort en bouche, il aime se faire respecter et avec l’âge, on le sent de plus en plus passer le long de notre corps… surtout du côté des tibias. En tout cas, le Franco-Camerounais a l’air de s’y plaire. Cette magnifique vidéo highlights des plus beaux moments de Kana-Bibuche, avec une musique qui nous mettrait presque la larme à l’œil, en est la preuve.

Yannis Salibur : le Maroille

Formé au LOSC, Yannis Salibur n’avait autre choix qu’être le maroille de cette SüperLig. Commencer sa carrière chez les Dogues la même année que la sortie du film Bienvenue chez les ch’tis n’est pas anodin. L’ailier droit est, comme son fromage totem, puissant et surtout persistant. La pâte est souple sous la croute mais reste dure au cœur. Son odeur s’est surtout faite sentir depuis Guingamp, où Salibur a joué 104 matchs. En Bretagne on aime les fromages qui sentent.

Depuis 2019, Salibur essaye de s’exporter à l’international. D’abord en Espagne, à Majorque, où il est rentré lors de 4 rencontres. Ils ont beau vouloir faire les malins avec leur cuisine, il faut avouer que le maroille ne se marie pas bien avec le chorizo ou la sobrassada locale. Maintenant, il est en Turquie, au Fatih Karagümrük. Cette saison, l’ailier français n’a joué que trois petites rencontres avant de se blesser et de rester, jusqu’à aujourd’hui, éloigné des terrains. Une preuve que le maroille ne voyage pas très bien. Un goût particulier qu’il faut savoir apprécier. Hors de nos frontières, c’est plus difficile.

Sofiane Feghouli : la Raclette

A l’image de la raclette, Franco-Suisse, Sofiane Feghouli est, lui, Franco-Algérien. Mais même si chacun des pays se chamaille pour connaître l’origine de son fromage, quand on le consomme, on sait apprécier ses meilleurs atouts. Elevé dans les Alpes, du côté du Grenoble Foot 38, Feghouli a d’abord rendu de beaux services à Valencia (202 matchs pour 31 buts et 40 passes décisives). Il évolue désormais sous le maillot de Galatasaray. Avec le club stambouliote, Feghouli est un incontournable depuis son arrivé.

Photo tirée d’un vrai restaurant à raclette d’Alger : La Grotte aux Fondues

Un classique dans le football comme la raclette l’est durant la période hivernale que nous traversons. D’ailleurs, tous les deux ans, Feghouli brille en hiver lors de la Coupe d’Afrique des Nations sous sa plus belle tunique verte et blanche. Avec ses slaloms entre les cornichons et les pommes de terre adverses, difficile de se passer de lui. Feghouli rassemble, Feghouli réchauffe les cœurs.

Fabien Farnolle : un Kidiboo

Seul gardien de notre plateau de fromage turc, le colosse franco-béninois d’1m97, sculpté aux Girondins et passé par Le Havre, joue actuellement chez un promu, le BB Erzurumspor. Un club obscure qui sied bien à Farnolle, parfois fantomatique dans les cages. Un vrai Kidiboo tant par ses côtés effrayants que pour ses errances sur sa ligne de but.
Mais c’est aussi pour son côté écureuil (surnom de la sélection du Bénin) que Fabien Farnolle se présente tel un joli Kidiboo. Avec deux dents bien acérées, plus facile de croquer son fromage monté sur son petit bâtonnet bleu et de faire le plein de calcium et de vitamine D avant de faire face aux assauts adverses. Un fromage de tendre pour une brute épaisse qui retrouve son âme d’enfant. Comme un gros nounours qui veut son Kidiboo.

On peut pas trop lui refuser un Kidiboo à @FabulousFab33

Recep Tayipp Erdogan : le Trou du Cru

Finalement, le plus gros fromage ici, c’est bien le président turc, Recep Tayipp Erdogan. Un trou du cru qui utilise la religion comme nouveau levier pour faire grimper sa côte de popularité, en berne depuis quelques temps. Le moyen pour lui de trouver un responsable à une situation nationale qui lui échappe, pour tenter de reprendre la main sur son électorat en animant des passions et des haines.

N’oublions pas qu’en Turquie, la liberté d’expression et de presse est fortement menacée. Depuis la tentative de putsch de 2016, Erdogan a dissout de nombreux médias critiques et a racheté les plus grands groupes de presse grâce à une holding proche du pouvoir. Ce fromage, on pourrait bien s’en passer. Il ne lui manquerait pas un peu de cervelle… des canuts ?

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