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Angel City : stars, paillettes et football militant

La grande famille du football féminin américain va s’agrandir. La semaine dernière, la National Women Super League (NWSL) a annoncé par communiqué l’arrivée d’une nouvelle franchise dans le championnat professionnel. Basée à Los Angeles et pour l’instant baptisée « Angel City », l’équipe deviendra la onzième à s’aligner au sein de la ligue féminine américaine. Porté par un groupe de personnalités majoritairement féminines, le projet fait l’effet d’une petite bombe outre-Atlantique, et interroge autant qu’il passionne. 


Plus de deux décennies après la mythique finale du Mondial 1999 au Rose Bowl Stadium de Pasadena, Los Angeles va bientôt retrouver les émotions du football féminin. A partir de la saison 2022, une nouvelle équipe défendra en effet les couleurs de la Cité des Anges sur les pelouses du pays. Une franchise de plus pour le championnat féminin américain, après l’arrivée du North Carolina Courage et des Utah Royals il y a trois ans et avant celle du Louisville FC en 2021. Mais ce projet-là est singulier, unique, et ne ressemble à aucun autre.

Un impressionnant tapis rouge aux commandes

A sa genèse, on trouve trois femmes : l’actrice Natalie Portman, l’investisseuse en capital-risque technologique Kara Nortman et l’entrepreneure de jeux vidéo Julie Uhrman. Accompagnées de l’homme d’affaires Alexis Ohanian et de sa firme Initialized Capital, et désireuses de poursuivre leur engagement en faveur des droits et opportunités pour les femmes, elles ont fondé un collectif regroupant de nombreuses personnalités, majoritairement féminines, prêtes à investir dans la création d’une nouvelle équipe pour la National Women Super League. Le casting est ronflant : aux côtés du trio de tête, on retrouve notamment les actrices Jessica Chastain, Jennifer Garner, Eva Longoria, la championne de tennis Serena Williams, mais aussi d’anciennes gloires américaines du ballon rond comme Mia Hamm (275 sélections) ou Abby Wambach (255 sélections). 

« Nous avons longtemps recherché le bon partenaire à LA, étant donné qu’il y existe déjà une importante base de fans de la NWSL et un certain intérêt pour le football féminin »

Lisa Baird, déléguée générale de la NWSL

Avec ce nouvel arrivant, le championnat féminin américain poursuit son bel essor. Lancé en 2013 avec huit équipes pionnières, il s’est déjà enrichi de cinq nouveaux clubs, au rythme des promotion-relégations et de son ouverture vers plus de compétitivité. La saison prochaine, la NWSL ira jusqu’à Louisville, dans le Kentucky, et atteindra ainsi la barre des dix franchises. Angel City en sera la onzième au printemps 2022, au coup d’envoi de la neuvième saison de l’histoire du championnat.

Pour Los Angeles et la Californie, cela s’apparente tant à une promesse qu’un retour aux racines. L’Etat doré sait vibrer pour le football. Au quotidien, chez les hommes, le Los Angeles FC et le Los Angeles Galaxy se disputent la suprématie locale, voire les plus hautes places du classement de MLS. Et si la ville n’a pas connu de franchise féminine de haut niveau depuis bien longtemps, sa banlieue de Pasadena a été le théâtre d’un des moments les plus iconiques du ballon rond. En 1999, la finale de la Coupe du monde qui oppose les Etats-Unis à la Chine devant plus de 95 000 spectateurs s’allonge jusqu’aux tirs au but. Brandi Chastain offre le titre aux « Stars and Stripes » et célèbre en retirant son maillot. Le Rose Bowl Stadium n’oubliera jamais sa brassière noire. Le football féminin s’est créé un souvenir éternel en Californie. L’état pourra désormais encourager une franchise de son cru. 

Un acte militant

Derrière cette annonce soudaine et ce projet inattendu, le message est en réalité assez clair : l’impulsion première qui a conduit à la naissance de cette nouvelle franchise est avant tout militante. « Aujourd’hui, nous franchissons une étape passionnante en annonçant le premier groupe propriétaire d’une franchise dirigé par des femmes », explique ainsi Natalie Portman dans le communiqué de la NWSL. « Le sport est une façon si joyeuse de rassembler les gens, et cela a un pouvoir de faire un changement tangible pour les athlètes féminines, tant dans notre communauté que dans la sphère professionnelle », poursuit-elle. Angel City est un pur produit militant, un témoignage de femmes qui affirment leur place, qui montrent ce qu’elles peuvent faire, parce qu’elles en ont l’opportunité, la possibilité, les compétences, simplement l’envie. Et pourquoi pas ? 

« Je m’investis personnellement dans ce projet au nom de ma famille, puisque le fait de créer des opportunités dans le sport pour les femmes est important à mes yeux et ceux de ma femme et nous voulons offrir un meilleur avenir à notre fille »

Alexis Ohanian

La résonnance est particulièrement forte puisque l’annonce est arrivée en pleine vague d’émancipation et de réaffirmation des droits féminins. Les personnalités impliquées dans le nouveau club sont déjà engagées par ailleurs dans la lutte pour la condition féminine, dans le cinéma, les arts, le divertissement. Le sport et le football sont aussi de formidables moyens d’expression et de revendications.

Quelle place pour le plan sportif ? 

Forcément, cela soulève aussi de nombreuses questions. Qu’est-ce qui garantit que tout ça n’est pas qu’un gigantesque coup marketing et de communication, ou ne cache pas un énième business à vocation à investir, dépenser, brasser ? A l’heure actuelle, pas grand-chose. Les questions de développement et d’opportunités créées semblent être les objectifs premiers, sont tout du moins les principaux enseignements retenus de l’annonce. Le projet sportif est pour l’instant totalement secondaire. La période est en plus délicate, en plein cœur d’une crise sanitaire dont le football féminin aura certainement beaucoup de mal à se remettre. Quelle forme prendra la future équipe d’Angel City ? Fera-t-elle le choix de développer et soutenir sa formation ou cherchera-t-elle en priorité à constituer une équipe immédiatement compétitive pour marquer les esprits ? A quel point les personnalités à l’origine du projet seront-elles impliquées dans la vie de la franchise au quotidien ? Tout est encore à construire.

Finalement, avec cette annonce, le football féminin s’attire surtout un peu de la couverture médiatique sportive du pays. Premier championnat professionnel à reprendre après la pandémie et le confinement, sous forme de tournoi au format réduit, remporté par les Houston Dash, la NWSL est plus que jamais sous le feu des projecteurs. Même chez son pays roi, le football féminin continue de progresser, d’avancer, de changer. Changement, c’est peut-être le concept fondateur d’Angel City, dixit Julie Uhrman, future présidente de la franchise : « changement pour nos joueuses, changement pour nos fans, changement pour notre communauté. »

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