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Samuel Soulier : “On n’est pas près de retrouver un stade de foot plein à 50 000 places”

La pratique du football et plus globalement du sport n’est pas forcément chose aisée en milieu urbain. La crise de la Covid a amplifié cette problématique par les restrictions d’accès aux espaces publics. Pour mieux comprendre la vision du football par un édile, Caviar Magazine est allé interroger Samuel Soulier, 24 ans, récemment élu adjoint au maire du 6e arrondissement de Lyon (LR), également coordinateur général au Groupama Stadium.


Vous avez été élu en pleine crise de la Covid-19. Quelles ont été les implications et les mesures pour la limitation de la pratique du sport pour les habitants de l’arrondissement au moment du déconfinement ?

Pour les écoliers, il y a eu un maintien des activités physiques entamées dès septembre. En ce qui concerne l’ensemble des associations sportives du 6ème, il faut savoir que la grande difficulté pour une mairie d’arrondissement, c’est de gérer les plannings et les attributions de créneaux horaires sur les gymnases et les stades. La décision a été prise, en accord avec la ville de Lyon et juste avant les élections municipales – lorsque Yann Cucherat était encore adjoint au sport à la mairie –, de maintenir l’ensemble des créneaux comme ils l’étaient la saison dernière. Cela facilitait l’organisation puisqu’il n’y avait pas le temps de rencontrer toutes les associations, ni de tout établir. Pour ce qui est des clubs de sports, ils vivent un moment difficile avec une baisse des adhésions cette année, qui nous a été signalée lors du forum des associations. Nous les accompagnons un maximum et ils attendaient la reprise des scolaires pour pouvoir combler ce déficit d’adhésions.

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Vous êtes délégué aux seniors, aux liens intergénérationnels, à la solidarité et à la jeunesse. Est-ce que pour vous le sport, notamment le football, peut créer de la solidarité entre les personnes, notamment entre les générations ?

Le sport peut créer d’abord du lien social, effectivement, il peut permettre de se faire rencontrer différentes catégories de personnes, que ce soit générationnelles ou sociales. Et on doit insister là-dessus, sur ce partage intergénérationnel. Il y a même quelques associations qui le font dans l’arrondissement pour créer et maintenir ce lien. En l’occurrence pour le football, je suis d’accord pour dire qu’il est créateur de liens puisque des gens qui viennent d’univers totalement différents se retrouvent dans des stades de foot, dans des clubs, qui n’ont pas le même âge et qui pourtant dans les tribunes s’enlacent en célébrant la victoire de leur équipe. Bien que cela ne soit pas très Covid-compatible !

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Le football est fondamentalement urbain pour ce qui est de la scène professionnelle, mais est-il suffisamment accessible à la pratique pour les citadins, en termes d’infrastructures adéquates ?

C’est vrai qu’il y a un problème d’équipement sportif sur les zones urbaines, en zones périurbaines c’est moins le cas, et effectivement dans les zones rurales encore moins. On voit par exemple, dans le 6ème arrondissement de Lyon, il y a le stade Edgar Quinet, qui n’est pas un vrai stade, c’est-à-dire qu’il n’a pas les dimensions réglementaires pour en être un. Il y a un city en face du Lycée du Parc, et ça s’arrête là. Nous souhaiterions, bien évidemment, un développement des zones pour pouvoir pratiquer du sport en ville mais le problème c’est toujours l’espace constructible et les terrains disponibles pour pouvoir construire ce genre d’équipements.

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Ne pensez-vous pas que le manque d’infrastructures sportives pour pratiquer du sport est un problème français, en comparaison avec nos voisins européens ?

Oui, je le pense très clairement. Le développement des zones d’activité sportives en milieu urbain a été très peu fait, notamment pour ce qui concerne les sports en extérieur. Sur le sport indoor pour le coup, on a un nombre de gymnases qui est assez conséquent. Ces gymnases ont été créés pour les scolaires plus que pour les particuliers et ont bénéficié également aux clubs de sport. Mais il est vrai que pour le sport outdoor, à part le jogging et le vélo, il n’y a pas grand-chose. A Lyon, des zones de musculation ont été installées sur les berges du Rhône dans le 7ème arrondissement. C’est quelque chose qui se fait beaucoup aux Etats-Unis alors qu’ici, on va compter seulement une ou deux zones du même genre pour pratiquer du sport outdoor. Il y a un vrai manque sur Lyon à ce niveau-là.

Les Berges du Rhône, terrain de jeu des joggeurs et cyclistes de tout poil, mais pas des footballeurs en herbe.

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Que représente pour vous le football d’un point de vue politique à l’échelle d’une ville ?

La place du football dans une ville est très importante pour son rayonnement, notamment à l’international. On l’a vu avec l’OL, c’est un club dont on a parlé dans l’Europe entière. Ensuite, c’est un club qui a été aussi une locomotive pour le sport à Lyon, qui a peut-être aussi poussé indirectement le LOU [Lyon Olympique Université, le club de rugby de la ville] à devenir un club qui aujourd’hui rayonne, qui est en train de travailler aussi avec l’ASVEL [Association Sportive de Villeurbanne et Eveil Lyonnais, le club de basketball de la ville] pour créer un club global, un projet européen omnisport comme ça peut être le cas pour le PSG avec le handball et le football. Et puis, on l’a observé dernièrement sur le nouveau stade qui s’est installé à Décines en janvier 2016. Il a permis à la ville de s’épanouir économiquement, de développer des activités telles qu’un centre de loisirs qui va prochainement émerger à côté du Groupama Stadium. Un nouveau pôle médical y a également été construit. Il y aura aussi un hôtel qui va être installé et des immeubles de bureaux. Pour la ville de Décines, c’est un rayonnement qui est arrivé grâce au Groupama Stadium donc je pense que le football est positif.

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Croyez-vous qu’une grande ville ait besoin d’un grand club performant, et est-ce que le manque de rivalités au sein d’une même ville constitue une anomalie française ? Pensez-vous, par exemple, qu’il faudrait que le Sporting Club de Lyon et le FC Lyon soient davantage mis en avant ?

Je crois que c’est dû au fait que les clubs sont très affiliés avec les collectivités locales. Celles-ci sont souvent propriétaires du stade comme à Marseille. Il y a certaines villes qui étaient à l’époque propriétaires ou actionnaires dans un club, comme c’était le cas de l’Olympique Lyonnais avant, où je crois que la ville avait quelques parts et a aidé à financer et à renflouer le club avant que Jean-Michel Aulas ne le rachète. Il y a un lien typiquement fort entre le club et la municipalité, et d’où le fait qu’il n’y ait qu’un club professionnel qui émerge dans chaque ville. Après il y a eu d’autres clubs, le Paris FC actuellement en Ligue 2, le Red Star à une époque aussi, mais il n’y a aucun club qui émerge à un niveau important dans une ville où un club professionnel est déjà installé. Il y aussi une volonté d’efficience des financements publics dans l’accompagnement d’un club unique et de le pousser vers la victoire, tant dans le résultat que le rayonnement à l’étranger.

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Vous travaillez en tant que coordinateur général du Groupama Stadium depuis 2016, ainsi que du LOU Rugby depuis 2017, pour l’entreprise GL Events. Pouvez-vous nous préciser en quoi consistent vos missions ?

Au Groupama Stadium, je suis chargé pour Profil, une filiale de GL Events, de l’accueil, du contrôle d’accès et de la billetterie sur la tribune Nord et les rampes d’accès Nord. C’est à peu près une centaine de personnes réparties avec neuf chefs d’équipe. Mon rôle est de superviser tout ce monde et de faire en sorte que l’accueil des spectateurs soit le plus qualitatif possible et que le contrôle d’accès soit fait avec minutie.

Le “magnifique outil” de Jean-Michel Aulas, bien connu des Marseillais et l’Atlético de Madrid

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Quelles ont été les conséquences de la Covid sur les événements culturels et l’Olympique Lyonnais ?

Le confinement est arrivé, on sortait de trois matchs exceptionnels en enchaînant la Juventus, Saint-Etienne et Paris en une semaine, du 26 février au 4 mars [respectivement pour un huitième de finale aller de Ligue des Champions, une demi-finale de Coupe de France et la 27ème journée de Ligue 1]. Donc grosse semaine avec 150 000 personnes accueillies sur trois matchs. On devait jouer le Reims le 13 mars au soir et le match a été annulé, évidemment. Les premiers matchs post-confinement organisés au Groupama Stadium l’ont été lors du Trophée Veolia à la mi-juillet, entre l’Olympique Lyonnais, l’OGC Nice et les deux clubs de Glasgow [Les Rangers et le Celtic] avec une jauge à 5000 spectateurs. C’est-à-dire en répartition : 3000 personnes pour le public, 1000 VIP et 1000 organisateurs. Car c’est vrai que lorsque l’on parle de jauge à 5000, on pense souvent que l’on va accueillir 5000 personnes mais en réalité il faut compter les joueurs, les ramasseurs de balles, les agents d’accueil, de sécurité, les buvettes. Donc on arrive en fait sur un quota de seulement 4000 places accueil.

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Existe-t-il un problème d’organisation de la part des politiques pour la limitation des spectateurs dans les stades ? Souvent, on peut voir des gens parqués dans une seule tribune alors qu’ils pourraient l’être de manière plus homogène sur l’ensemble du stade.

Non, je ne crois pas. Il faut déjà savoir que c’est compliqué à organiser. Derrière, il y a des effectifs pour l’ouverture d’une tribune, je pense que c’est un problème qui est propre à chaque club de football. Aujourd’hui, une tribune qui peut accueillir 13-14 000 personnes et qui en accueille 3000, je ne trouve pas ça très choquant quand on voit ce qui a pu se passer au Puy du Fou par exemple où, sur une tribune de 12 000 personnes, on a eu 12 000 personnes. Je pense que c’est bien pensé, il y a une place sur deux qui est balisée pour éviter la transmission du virus. Le port du masque est obligatoire. Je pense que les normes sanitaires sont respectées et que d’autres tribunes pourraient ouvrir et accueillir 3000 supporters de plus. Ce n’est bien sûr que mon avis.

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Cette disposition dans les stades peut-elle durer encore longtemps ?

A mon avis, on n’est pas près de retrouver un stade de foot plein à 50 000 personnes. Cela va être le cas au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire et de la saison de Ligue 1. Après, la logique actuelle est plutôt de baisser les jauges car à Lyon, elle a été baissée à 1000 personnes. Pour l’instant, on ne voit pas le bout du tunnel.

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Dans quelle mesure la Covid-19 a-t-elle un impact sur la stratégie économique de Jean-Michel Aulas et de l’OL ?

La gestion de la vente de places pour la billetterie par l’OL n’est pas notre métier, je ne saurai donc pas me prononcer avec certitude. Mais il y a forcément un coût. Si on prend une jauge à 1000 personnes, ce qui va être le cas pour le match face à l’Olympique de Marseille [dimanche 4 octobre à 21h], il faut penser que ce sont déjà 300 ou 400 personnes travaillant sur le site, il ne restera donc plus que 600 personnes dont les invités, notamment ceux qui ont pris une loge à l’année. Donc pour ce qui est de la billetterie, l’activité va sans doute être à zéro avec un coût de fonctionnement toujours présent par la mise en place d’un périmètre de sécurité et un certain effectif d’accueil et d’accès. Les coûts sont toujours là sans pour autant que les recettes suivent.

Propos recueillis par Guillaume Orveillon

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