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HandiCaPZéro : donner à lire la Ligue 1 et la Ligue 2 aux malvoyants et aux aveugles

« L’information visuelle est omniprésente, les personnes aveugles et malvoyantes n’y ont pas accès. » Alerte : comment l’amateur malvoyant ou aveugle de foot en France s’informe-t-il ? HandiCaPZéro, association Loi de 1901  créée en 1987, revêt son costume de justicier des laissés-pour-compte et vise à rogner les inégalités. Sans slip fluo et sans collants mais avec un guide adapté qui sort aux périodes de mercato pour détailler tout ce qu’il faut savoir afin de suivre au mieux nos adorables championnats locaux professionnels de football. On vous fait le topo avec Stéphanie Vieillefault, en charge des partenariats chez HandiCaPZéro (dont celui avec la LFP).


Bonjour Stéphanie, pouvez-vous nous en dire plus sur ce fameux guide ?

Stéphanie Vieillefault : C’est un dispositif mis en place avec la LFP depuis quelques années maintenant. On l’a ouvert sur la saison 2013-2014. Cela fait partie des engagements RSE de la LFP. Au départ il n’y avait que la Ligue 1 et dès la saison suivante on a proposé un guide L1/L2. Il est également accompagné d’un service web pour aller un peu plus loin. Le guide va permettre aux fans aveugles et malvoyants de tout connaitre sur la saison : les enjeux, les effectifs, les calendriers… Et en ligne (https://www.handicapzero.org/) il existe le « en direct » qui permet, via le calendrier de la liste de matches, d’accéder aux résultats. Ce site a la particularité d’être complétement accessible aux aides techniques utilisées par les internautes aveugles et malvoyants

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Le guide, comment il se présente ?

S.V. : Le chemin de fer du guide a été pensé avec la LFP et avec les besoins des fans aveugles et malvoyants. On y retrouve les informations nécessaires pour suivre une compétition en toute autonomie. Il y a une présentation de saison qui est faite, on rappelle le classement de la saison précédente, le calendrier du championnat, les arbitres, les clubs… Ce sont des contenus livrés par des journalistes sportifs. C’est une structure qui nous a été transmise par la LFP, c’est vraiment du contenu sportif pro. La volonté première de la LFP avec ces guides est que le ton soit fédérateur et non polémique. Sans mise en avant de tel ou tel club. C’est une présentation factuelle du championnat.

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Comment on se le procure ?

S.V. : C’est un dispositif entièrement gratuit. Pour le demander, il y a deux possibilités : au numéro vert de l’association (0800393951), ou vous pouvez également les consulter en ligne et y « recevoir l’édition adaptée » en remplissant le formulaire et en choisissant le format adapté (braille, caractères agrandis ou sur CD audio). La particularité des audios sports que nous traitons c’est qu’ils sont enregistrés par une voix humaine : un journaliste radio avec lequel on travaille depuis longtemps.

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C’est quoi l’idée derrière la création de ce guide ?

S.V. : Le besoin des utilisateurs. Tout ce qu’on met en place est en fonction des remontées utilisateurs (La Ligue 1 est éditée à environ 3500 exemplaires, la Ligue 2 à 2000. Ce qui équivaut à la demande, NDLR). A la base on proposait des guides pour suivre le championnat du monde de Formule 1 et le Tour de France. Le foot est arrivé en force au niveau des demandes. On a donc proposé un premier guide à la Coupe du monde 2006, puis à tous les Euros et à toutes les Coupes du Monde ensuite. A partir de 2013/2014 on a pu se rapprocher de la Ligue pour pouvoir proposer un guide sur le championnat national.

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Comment et combien de temps on met pour créer un guide adapté ?

S.V. : Quand la partie journalistique nous est livrée, nous l’adaptons. On va verticaliser l’information. Vous, avec votre œil voyant et graphique, vous allez très facilement lire un document : les titres, les priorités, le chemin de fer donné à un document… Nous, notre travail, pour une personne qui lit des points en braille avec les doigts ou une personne malvoyante qui a besoin de grossissement et de clarté dans sa lecture, cela va être de verticaliser l’information, d’apporter un plan très propre à ce document et de le livrer dans des formats accessibles. Il faut compter bien trois ou quatre jours de préparation pour tous les formats. Enfin, une semaine avec l’enregistrement audio puis une semaine pour livrer le guide. Derrière, il y à la production. Et une production braille ce n’est pas du tout le même système d’imprimante, ce sont des encaisseuses qui viennent frapper le papier pour créer ce relief qu’on lit sous les doigts. C’est beaucoup plus long que le système classique.

“Ça ne peut pas être qu’un effet de comm’

Depuis le magazine BCG (Braille et gros caractères) en 2002 et mis à part quelques tentatives timides, personne ne propose de version adaptée de son journal ou de son magazine. Pourquoi ?

S.V. : Il y a deux sujets. Il faut d’abord que les directions de ces structures soient convaincues du besoin légitime d’une lecture adaptée de leurs clients, adhérents ou utilisateurs. Elles doivent être convaincues qu’il faut proposer un contenu accessible et gratuit. Une personne aveugle et malvoyante ne doit pas être surfacturée de son handicap. Si elle était parfaitement voyante, elle aurait accès à ces contenus sur le site de la LFP ou sur n’importe quel site web. Mais c’est l’inaccessibilité de l’info qui fait qu’on est amené à créer ces guides. Donc au niveau de la direction, il faut que les équipes soient convaincues qu’elles ont une partie de leur public qui ne peut pas accéder à l’information et qu’ils ont besoin de ce format adapté pour vibrer le sport comme tout à chacun.

Ensuite, l’aspect budgétaire. Parce qu’effectivement cela représente des coups. Cela dépend des guides, de la pagination, du nombre d’édition… mais il y a un travail derrière. Et lorsque l’on s’engage à rendre accessible une information, c‘est mal reçu de le faire en ‘one shot’. Ça ne peut pas être qu’un effet de comm’. Cela doit être pensé et pérenne. C’est là toute la difficulté. Certaines structures vont proposer à un instant T l’accessibilité à leurs infos. Et quand ça disparait l’année suivante, cela génère une énorme frustration.

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C’est quoi l’alternative aujourd’hui ?

S.V. : Ce qui se passe aujourd’hui c’est qu’il y a des développements d’applications mobiles pour avoir accès à du contenu magazine ou autre. C’est très bien pour les publics équipés et qui vivent le numérique en toute accessibilité, par contre cela met clairement de côté les personnes qui ne peuvent pas accéder à ces technologies (les populations âgées notamment). Et dans le milieu de la déficience visuelle, il y en a encore beaucoup. Nous on travaille depuis 31 ans à rendre accessible les factures, les contrats, tous les documents en braille et caractères agrandis. Être dans la capacité de recevoir de manière autonome de l’information personnelle ou ludique, cela fait partie de l’autonomie de la personne. Même si sur certains téléphones il y a de la vocalisation maintenant, beaucoup de personnes sont assez réfractaires à ces nouvelles technologies parce que on parle quand même d’écrans tactiles… Ce n’est pas donné à tout le monde.

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L’audio, ça peut être LA solution ?

S.V. : L’accès au livre, au support de base, et d’autant plus l’accès au braille et aux caractères agrandis permet de garder un contact à la langue française. Quand vous n’apprenez que par la langue audio, vous perdez ce contact, et c’est d’autant plus problématique pour les personnes jeunes en situation de handicap et en recherche d’emploi. Si elles n’ont travaillé qu’avec de l’audio, les mails générés ou contenus générés sont plein de fautes parce que ces personnes n’ont pas l’habitude de pratiquer la langue française. Pour les personnes malvoyantes ils leur est conseillé de stimuler leur restant visuel. Pour faire travailler l’œil.

Tout propos recueillis par Augustin Delaporte.

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