Jean-Pierre Bacri jouait dans "Didier" un agent désabusé. Crédits : Instagram So Foot.
ActuFootball

Bacri, le sens du football

Le râleur préféré du cinéma français s’est éteint ce lundi 18 janvier 2021. Bardé de César, Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé en 2017, Jean-Pierre Bacri a été emporté par le cancer à l’âge de 69 ans. S’il avait fait du septième art et des planches sa vie, il était également un grand passionné de sport en général, de football en particulier.


Le soir du 28 février 1998, Jean-Pierre Bacri monte à deux reprises sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées. C’est la 23ème cérémonie des César et le natif de Castiglione est récompensé à deux reprises, meilleur acteur dans un second rôle, et meilleur scénario original ou adaptation (avec sa compagne de toujours, Agnès Jaoui), pour On connaît la chanson, drame musical. Un peu plus tôt, c’est Alain Chabat qui récupérait le César de la meilleure première œuvre pour Didier, dans lequel il donne la réplique à Jean-Pierre Bacri.

Didier est une farce loufoque qui aborde les relations, souvent difficiles, entre les différents pôles de pouvoir, entraîneur, président, agents, au sein d’un club de football. Jean-Pierre Bacri y campe le rôle d’un agent, justement, qui doit s’occuper du labrador d’une de ses amies, miraculeusement transformé une nuit en être humain. Il réussit à le faire signer au FCV, modeste équipe qui doit affronter le PSG au Parc des Princes. Bacri le passionné se coule sans effort dans ce personnage qui rassemble deux de ses passe-temps : bougonner sur le monde qui l’entoure, et le ballon rond. En apothéose, pour le plaisir, la scène du match est tournée directement au sein de l’enceinte ouest-parisienne, en marge d’une rencontre de Ligue 1.  

Didier et PSG

« Le tournage s’est fait à la mi-temps », se souvient Lionel, supporter du PSG, présent en tribunes ce jour-là. « Le speaker avait annoncé qu’une équipe allait filmer quelques séquences pour un film et avait demandé au public de jouer le jeu, de faire du bruit. » Sur la pelouse du Parc des Princes, les comédiens font face à un onze composé de réservistes du club de la capitale. Parmi eux, Sylvain Distin ou Grégory Paisley, qui deviendront professionnels. « Il y a eu quelques actions spectaculaires et aussi des moments drôles, comme la glissade et la chute d’un caméraman ou d’un preneur de son en pleine action », dévoile le supporter. Jean-Pierre Bacri n’est pas bien loin du terrain et profite sans doute de l’atmosphère qui l’entoure. « Au-delà de son air bougon qu’il aimait bien afficher, c’était un vrai amateur de sport. J’ai l’impression d’avoir perdu un vieux cousin », s’émeut Lionel.

Bacri voyait dans le football un excellent reflet de la société, de ses valeurs et de sa culture. « Je rêverais que notre vie sociale soit comme un match de foot, où un arbitre viendrait constamment distribuer à l’un ou à l’autre un carton jaune ou rouge pour l’empêcher de faire des bêtises ! », dépeignait-il à Télérama en 2004. Les principes du ballon rond pour encadrer la cohabitation et le vivre ensemble, comme il le résumait au magazine : « Les règles, c’est la civilisation, l’anti-barbarie, le moyen que le plus fort n’exerce pas sa supériorité. » Amoureux de la ville de Nantes, Jean-Pierre Bacri s’était pris d’admiration pour le « jeu à la nantaise » des Canaris dans les années 1990. « J’ai adoré cette équipe où il y avait Pedros, Ouédec, Loko. Le FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau était flamboyant », se remémorait-il avec plaisir au micro de France Bleu Loire Océan en 2015. « Je me souviens d’un match où il avait écrasé, éclaté le PSG. Il avait fait un match exceptionnel. »

Sans commentaire

Jean-Pierre Bacri était aussi un téléspectateur fidèle. En septembre 2017, il était invité sur le plateau de Quotidien un soir de PSG-Bayern Munich en Ligue des Champions. Yann Barthès lui avait réservé une petite surprise : la diffusion d’un message vocal reçu par l’un des journalistes de la rédaction, envoyé par Pierre Lescure, qui veut s’assurer que son vieux copain sera bel et bien disponible pour l’accueillir et regarder la rencontre. « Je regarde tous les matchs du PSG avec Jean-Pierre », confie notamment l’ancien patron de Canal+. « On boit un café, on sucre le son du commentateur pour être dans le silence », avait révélé de son côté le comédien. « Enfin, un silence très musiqué, parce que je mets de la musique aussi. On fait ça entre amis. » Finalement, comme pour tout, Jean-Pierre Bacri, c’était une certaine idée de vivre le football.

0