(Illustration : Joséphine Clanet)
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Alexis Musialek : “Je suis petit-fils d’immigré, je ne peux pas supporter autre chose que le RC Lens”

L’actuel 618e du circuit ATP est un supporter lensois pas comme les autres. Arrière-petit-fils de l’un des premiers joueurs du club dans les années 20, le tennisman est aussi connu pour avoir participé à Roland-Garros. Entre deux coups de fil avec Lucas Pouille et Wylan Cyprien.


Roland-Garros s’est terminé dimanche dernier dans un contexte particulier. Toi qui y a participé en 2018 dans des courts pleins, quel souvenir tu en gardes ?

Alexis Musialek : Ce que j’ai vécu en 2018, c’était incroyable comme aventure. Le dixième match, on a joué (avec Kristina Mladenovic, en double mixte, ndlr) sur un court qui venait d’être construit et on était les derniers français en lice. Il y avait énormément de monde, à l’échauffement les gens chantaient la Marseillaise… ça donnait des frissons. J’espère pouvoir y retourner l’année prochaine pour revivre des émotions comme ça. 

Depuis 2018 tu as vécu pas mal de moments incroyables, avec Roland-Garros, la Fed Cup (en tant que sparring-partner) et une rencontre avec Emmanuel Macron… Ça ressemble à quoi quelques heures avec le président de la République ?

Alexis Musialek : C’était un peu hors du temps. Sur le moment je ne réalisais pas trop. Quand j’ai commencé le tennis je ne me suis jamais dit que ce sport pourrait m’amener à rendre visite au Président de la République à l’Elysée. Même si je ne l’ai pas fait en tant que joueur mais en tant que sparring-partner de Fed Cup, c’était exceptionnel. Le Président a été très accueillant et sympa avec nous.

Tu as échangé quelques mots avec lui ?

Alexis Musialek : Un petit peu parce qu’il joue souvent au tennis au Touquet et que mes grands-parents, qui sont du Nord de la France, avaient une maison au Touquet. Pendant des années j’ai fêté Noël chez eux et comme mon père était professeur de tennis j’allais jouer au club du Touquet. Je savais aussi qu’il (Emmanuel Macron) s’entraînait au Touquet avec Patrice Kuchna, qui était d’ailleurs présent à la cérémonie à l’Elysée.

Si j’avais eu l’opportunité d’intégrer un centre de formation, je pense que j’aurais posé la raquette”

Ta passion pour le RC Lens, ça vient d’où ?

Alexis Musialek : Mon père est né à Lens où mon grand-père, qui est polonais, avait immigré avant lui. Et comme la plupart des polonais qui immigraient à cette époque, il a travaillé dans les mines. On est une famille de mineurs. Mon nom « Musialek » est d’origine polonaise. Ma grand-mère était aussi du Nord de la France et son père était l’un des premiers joueurs professionnels du RC Lens.

Son nom, c’est Albert Bardaille ?

Alexis Musialek : C’est ça. J’ai jamais eu la chance de le rencontrer, mais on m’en a beaucoup parlé. En sachant ça, c’était impossible de ne pas être supporter du Racing Club de Lens. J’ai grandi avec ça, j’ai beaucoup joué au foot jeune. Puis mon père a déménagé avec moi dans le Sud-Ouest. Mais je reste très attaché au Nord de la France, on y allait pour toutes les fêtes de Noël.

Le foot t’y a joué de quand à quand ?

Alexis Musialek : De 5 à 15 ans. Je suivais tout, j’étais et je suis toujours un très gros supporter. Je ne ratais pas un match. A l’entrainement à Dax les mecs ne comprenaient pas, j’avais tous les maillots du Racing. J’avais la cassette de l’épopée de 98 quand ils gagnent le championnat de France et je la regardais en boucle quand j’avais 10 ans. Je me rappelle de tous les joueurs. Et puis j’ai suivi l’évolution du club en Champions League, j’ai énormément vibré, ça a bercé mon enfance. Je pense que je préférais le foot au tennis.

Tennis, à l’extérieur.

T’as essayé de passer pro ?

Alexis Musialek : J’ai joué en 15 Nationaux contre les Girondins de Bordeaux, contre le Téfécé, contre des grosses équipes comme ça. J’étais en équipe départementale, j’avais fait des détections pour être en équipe d’Aquitaine aussi, mais ensuite j’ai pas eu l’opportunité de poursuivre dans cette voie. J’ai aussi pas mal été influencé par mes amis. Dans le Sud-Ouest le rugby est très important et tous mes potes de l’époque y jouaient, donc de 15 à 18 ans j’ai joué au rugby. Mais si j’avais eu l’opportunité d’intégrer un centre de formation, je pense que j’aurais posé la raquette. D’ailleurs, aujourd’hui, dès que je peux faire un foot avec mes potes j’y vais direct !

“Le but de (Yoann) Lachor, je me le suis remis des centaines de fois”

Comment entends-tu la première fois le nom d’Albert Bardaille ?

Alexis Musialek : Quand j’ai commencé le foot à 5 ans, je me suis intéressé au championnat de France. Dans le Sud-Ouest, tout le monde ou presque supporte les Girondins de Bordeaux avec quelques Marseillais et Parisiens, mais personne ne suit le Racing Club de Lens. C’est à ce moment-là que mon père m’a parlé de ses origines. Quand j’ai su pour mon arrière-grand-père… l’amour du club, l’amour pour mon grand-père polonais, mineur, à fond derrière le Racing Club de Lens aussi et qui habite à Lens… C’était compliqué de supporter le Losc.

Vous êtes allés au stade ensemble ?

Alexis Musialek : Oui, pour la première fois quand j’avais 13 ans. Comme j’habitais dans le Sud-Ouest c’était pas simple avant. Il y avait une ambiance de fou, ça m’avait choqué. La proximité avec les gens aussi. C’était impressionnant.

C’est quoi ton plus grand souvenir du RCL, au stade ou devant la télévision ?

Alexis Musialek : Très jeune, pendant les vacances d’hiver, je suis allé au Touquet et il y avait un stage du Racing. J’étais allé voir les joueurs devant leur hôtel, je les avais vu descendre du bus, j’avais eu des autographes. C’est un moment qui m’a marqué. A la télé, ce sont les images du Racing champion de France avec le but de (Yoann) Lachor – décisif pour l’unique titre de champion de France du club -. Je m’en rappelle clairement et je me le suis remis des centaines de fois. Après, il y a des joueurs qui m’ont influencé. Tony Vairelles bien sûr, j’aimais aussi beaucoup Daniel Moreira. J’ai aussi eu la chance d’avoir le maillot de Seydou Keita qui me l’avait signé par le biais d’un ami de mon père. J’ai des souvenirs de la Ligue des champions avec les buts de (John) Utaka, avec une ambiance de dingue dans le stade…Un but de Moreira aussi, une tête sautée qui avait pris le gardien à contre-pied…On s’est promis avec Lucas Pouille qu’on irait au stade en 2021.

Quel est ton lien avec Wylan Cyprien ?

Alexis Musialek : J’ai rencontré Cyprien lors d’un mariage dans le Sud de la France, il connaissait la mariée. On a parlé de foot. Je suis fan de sport, lui aussi. Il adore jouer au tennis, moi j’adore le foot. On a même fait un trois contre trois pendant le week-end du mariage de mon pote. Il m’a dit qu’il gardait des souvenirs incroyables (du RCL, ndlr) et qu’il n’avait jamais connu une telle ambiance dans un stade de foot – en sachant qu’ils étaient en Ligue 2 -. Surtout, il m’a dit que l’amour que les gens te portent dans le Nord de la France, notamment les supporters du Racing, sera difficile à trouver autre part.

J’en parlais à mes potes qui sont fans de Bordeaux et tout le monde se foutait de moi. Ça me rendait fou. Là, ils rient moins.”

C’est qui ton joueur sûr de l’effectif actuel ?

Alexis Musialek : Elle est dure cette question… Mais on en a parlé avec Cyprien et on se disait que le niveau de forme d’(Ignatius) Ganago est vraiment impressionnant. Pour moi, il est vraiment trop chaud en ce moment ! Mais ils sont tous bons les mecs en fait. Je les trouve hargneux. Ils mettent une pression dingue à l’équipe adverse et physiquement ils sont ultra prêts. Ils récupèrent les ballons très haut, je pense à (Jonathan) Clauss que je trouve très très fort. (Gaël) Kakuta bien sûr c’est un métronome, ce qu’il fait techniquement c’est tout juste impressionnant. (Florian) Sotoca aussi, j’adore ce joueur, il pèse vachement, il fait peu d’erreurs, c’est toujours propre. (Loïc) Badé, je me suis renseigné parce que je ne le connaissais pas, mais la maturité qui ressort de ce joueur c’est génial. Il y a une ossature très stable.

Tu t’attendais à un départ canon comme celui que vit le club (3e avec 13 points après 6 journées) ?

Alexis Musialek :  J’ai regardé le premier match avec mon père (à Nice, défaite 2-1) et même s’ils le perdent, je les trouvais dix fois plus forts que les autres. Ils proposaient un jeu fluide, ils étaient vaillants, ils ont pas baissé les bras, ils ont pas eu énormément de réussite sur ce match-là et je me suis dit « si les étoiles s’alignent à un moment ça peut aller très vite ». J’en parlais à mes potes qui sont fans de Bordeaux, et tout le monde se foutait de moi. Ça me rendait fou. Là, ils rient moins. Surtout depuis qu’on a battu les Girondins.

Ce dimanche, c’est le premier derby du Nord depuis le 3 mai 2015. A l’époque, l’attaque du RCL c’était Adamo Coulibaly, Yoann Touzghar et Pablo Chavarría. En face, il y avait des joueurs comme Pavard, Gueye ou Boufal. Tu te souviens du match ?

Alexis Musialek : Non j’ai très peu de souvenirs de ce match, c’était quoi le résultat ?

C’était une défaite 3-1…

Alexis Musialek : C’est peut-être pour ça que je ne m’en souviens plus. Ça me dit quelque chose, mais je fais exprès de ne pas m’en rappeler (rires).

Le Derby du Nord, c’est une rencontre à part ?

Alexis Musialek : Un derby c’est toujours à part. Ça rajoute un peu de pression. Pour faire une comparaison avec le tennis, c’est comme quand deux français se jouent dans un tournoi du Grand-Chelem. Ou quand tu joues contre un ami, tu ne peux pas perdre.

Tu imagines comment la physionomie du match ?

Alexis Musialek : Lille, en étant complétement lucide, ce qu’ils proposent depuis des années c’est quand même correct. C’est devenu une écurie solide et installée en Ligue 1. Ils sont invaincus depuis le début de saison, ça serait super d’aller gagner là-bas. J’y crois avec ce que l’équipe produit ces deniers temps. Le point noir c’est que Ganago est blessé.

Comment as-tu prévu de suivre le match ?

Alexis Musialek : Je pense que je vais le regarder avec mon père et mon petit-frère, à la maison, tranquille. C’est quelque chose qui se regarde en famille, pas avec des amis. Ils ne vibreraient pas comme moi. Je préfère être avec des gens qui suivent tous les détails du match et qui ne sont pas en train de manger une pizza et de boire un coup en commentant des choses extra sportives. Je veux être focus, parler du match… voir pas parler du tout. Il y a que des blancs en fait (rires), on réagit comme si on était au stade.

Les Corons de Pierre Bachelet est donc en bonne position dans ta playslist…

Alexis Musialek : C’est une légende. J’ai eu l’occasion de le chanter petit (l’hymne du RC Lens), j’aimerais avoir l’occasion de le faire à nouveau. Ça me ferait chaud au cœur. Quand je l’entends j’ai toujours des frissons. Je l’ai appris petit avec mon grand-père et mon père. Ce n’est pas une chanson, c’est un chant, c’est un hymne à nos racines. Il faut en être fier, ça fait partie de nous. Je suis petit-fils d’immigré, je ne peux pas supporter autre chose que le Racing Club de Lens. Je sais d’où je viens, ce qu’ils (les Corons, ndlr) ont fait pour la ville, ce qu’ils ont fait pour la France. C’est plus que du foot, ça prend aux tripes. 

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