Les joueurs du placard

László Kubala, le miraculé aux 4 nations

Le football, qu’il parle d’hier ou d’aujourd’hui est toujours un vecteur formidable de miracles sociaux. La gloire d’un footballeur prend souvent chair dans les traits d’un talent et à la sueur de son travail.
A l’ascenseur social en panne, le football répond souvent : “Regarde”.

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Avant nous, beaucoup ont essayé de mettre Laszlo Kubala au placard, sans succès. Son destin exceptionnel fait donc de lui le favori de notre série. Exilé du communisme, rescapé miraculeux d’une mort certaine, atteint de la tuberculose alors à l’apogée de sa carrière, la légende de László Kubala est quasi chimérique. Ajoutez à cela, des sélections dans 4 équipes nationales différentes et vous comprendrez l’envergure de l’homme et de son histoire. Beaucoup le considère encore comme la légende d’un des plus grands clubs du monde, le FC Barcelone.

« Lazlo Kubala, ce fut la révélation de ce que devait être une sorte de joueur ou de jeu idéal. Et je ne me suis employé à rien d’autre qu’à vouloir refaire ce que j’avais vu faire Kubala (…). Imiter ce qu’avait réalisé Kubala aura pris mon temps et, surtout, m’aura pris la tête à un point que vous ne pouvez imaginer » 
– Michel Platini – 

La genèse d’un footballeur des pays de l’Est

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Hongrois aux origines polonaises et slovaques, il nait dans une famille modeste sa mère est ouvrière et son père maçon. Il naît à Budapest en 1927 et grandit en Hongrie dans le « royaume sans roi » de l’amiral Miklós Horthy.

Joueur, il rejoint d’abord l’équipe hongroise de Ferencvaros, en même temps qu’une autre légende hongroise Sandor Kocsis. Il fait déjà forte impression, puisqu’à seulement 18 ans il inscrit 27 buts en 49 matchs. Il quitte ensuite la Hongrie pour éviter le service militaire et ira faire ses classes en Tchécoslovaquie dans l’équipe du SK Bratislava. Ce premier exil lui coutera plus tard sa nationalité hongroise. Ses quelques années en Tchécoslovaquie lui permettent d’effectuer quelqyes premiers matchs en sélections tchécoslovaque. Il marquera 4 buts en 6 matchs.

De retour en Hongrie, il fera ses preuves dans le club de Vasas et jouera 3 matchs en sélection hongroise. A 22 ans, voilà qu’il avait déjà joué dans deux sélections nationales différentes.

Apatride puis Miraculé  

Mais la Hongrie  occupée par les trouves soviétiques après la guerre, devient un état soviétique. Kubala décide de quitter illégalement le pays en 1949.  Il s’enfuit en se cachant derrière un camion et rejoint l’Italie.  A son bagage d’ennemi d’état, s’ajoutait également le refus d’effectuer son service militaire.
Son exil lui coûte alors sa double nationalité hongroise et tchèque, il devient apatride.

En Italie, il a un peu plus de mal et ne dispute que quelques matchs amicaux avec le club de Pro Patria Calcio. Le président du club n’a d’yeux que pour lui et le défie lors d’un entrainement. Il lui demande d’effectuer 400 Jongles consécutifs, après quoi il lui donnera sa montre.  Kubala gagne ce jour- là « une très belle montre ». Plus tard, le Torino, quintuple vainqueur consécutif de la Serie A, remarque son talent et l’invite à se rendre au Portugal pour y effectuer un match amical contre le Benfica Lisbonne.
Enchanté par la nouvelle, Il doit refuser au dernier moment pour veiller sur son fils malade. Cette décision lui sauvera la vie, l’avion du Torino FC ne rentrera pas en Italie et s’écrasera à peine décollé sur la montagne de Superga. Tous les joueurs du Torino présent y laisseront la vie. Bilan: 31 morts.

Symbole de l’histoire, l’équipe du Torino, décimée lors de ce drame remportera le championnat à titre posthume, une équipe également légendaire. Mais c’est une autre histoire…


Le drame du Superga

Miraculé, il n’arrête pas le football pour autant. Il créé et intègre une équipe de réfugié des pays de l’est, « Hungaria ». Cette équipe, il la forme avec Ferdinand Daucik (entraîneur, ex-sélectionneur de la sélection hongroise, et futur coach du Barça de 1950 à 1954). Leur relation est très forte, les deux se sont côtoyés à Bratislava et se côtoieront plus tard au Barca pendant 4 ans.


Jiri Hanke (1952-1956), Ferdinand Daučík (1950-1954) & Kubala au FC Barcelone

La petite équipe de réfugiés ne paie pas de mine mais joue beaucoup de matchs amicaux et réussira notamment l’exploit de battre le grand Real Madrid sur un score de 4 à 2. Face au talent de Kubala le Real Madrid lui propose un contrat mais c’est finalement une offre du club ennemi, le FC Barcelone, qu’il acceptera. Son transfert aurait été arrangé par Franco lui-même, qui évidemment hostile au Régime Soviétique utilisa l’histoire de l’exilé pour servir sa propagande anticommuniste. L’instrumentalisation de sa fuite par Franco est frappante dans le film The Stars Search for Peace (Los ases buscan la paz) dont Kubala en est le protagoniste principal.

Un génie en avance sur son temps  

Il attendra 1 an avant de pouvoir revêtir officiellement les couleurs du FC Barcelone, en cause, une sanction de la Fifa dû à son exil et à la rupture litigieuse de son contrat avec Vasas. Il effectuera toutefois quelques matchs amicaux et contribuera à la victoire du Barca en finale de la Coupe du Général (ancêtre de la coupe du Roi), ce qui sera le premier des nombreux titres qu’il remportera avec le FC Barcelone. Entre temps, il acquiert la nationalité espagnole et adopte le prénom de Ladislao à consonance plus hispanique.

Mais la patience est mère de toutes les vertus et les supporters Barcelonais seront récompensés. Pour sa première saison 1951-1952, il inscrit 39 buts en seulement 28 matchs.
Menée par Kubala, la saison du Barca est exceptionnelle, le club remporte 5 titres, la coupe du général, la Coupe Eva Duarte (ancêtre de la Super Coupe d’Espagne) que le Barça reçoit d’office, le trophée Martini-Rossi (celui qui obtenait le meilleur goal-average en championnat remportait le titre), ainsi que la Coupe Latine.

Il y démontre déjà toute l’étendue de son talent et surtout l’avance qu’il a sur son temps, aussi bien habile techniquement que costaud physiquement, il reproduit parfaitement certains gestes et s’octroie même la liberté d’en inventer de nouveaux. C’est lui le premier connu à utiliser l’intérieur du pied pour ses coup francs, pour y créer  « un effet tel que les gardiens adverses ne pouvaient pas anticiper. » 
Si cela paraît évident aujourd’hui, Kubala est en effet, le premier à enrouler le Ballon pour le faire passer au-dessus du mur lors d’un coup franc. A noter également qu’il n’aurait loupé qu’un seul pénalty dans toute sa carrière

Une carrière en suspend : La Tuberculose

Après cette saison légendaire un drame advient, Kubala est frappé par la tuberculose. Il rate la grande majorité de la saison 52-53, mais son retour tardif en fin de saison inspire et permet au Barca de remporter le titre du championnat et une deuxième Copa del Generalisimo.

Le Camp Nou comme fait d’arme

Alors que son fidèle ami, Daucik, quitte le poste d’entraineur du FC Barcelone après une saison vierge en 54, Kubala, héros du stade de Les Corts, décide d’y rester pour finir d’y écrire son histoire. A mesure qu’il enchaine les buts et les trophées, sa popularité continue de grimper. Bientôt, le stade de El Cortes n’est plus assez grand pour accueillir les milliers de visiteurs Blaugrana venus voir jouer Kubala. Ainsi fut construit le Camp Nou.

La construction du Camp Nou

Une génération d’inspirée, une 3ème puis 4ème selection nationale

Mais Kubala c’est aussi le symbole d’une Hongrie libre et insoumise. Il défend corps et âme les droits de l’homme et condamne la dictature. C’est à ce titre qu’il inspire toute une génération de jeunes joueurs fuyant l’autoritarisme soviétique. Ces joueurs venus des pays de l’est et particulièrement de Hongrie (le football connait là-bas un essor incroyable) fuient la dictature pour l’Espagne. Un homme les inspire tous, Kubala et son FC Barcelone où il est le roi.

La mythique équipe Hongroise des années 50 l’aurait été encore davantage avec un attaquant comme Kubala. Mais ce dernier privé de la nationalité hongroise, jouera pour la sélection espagnole. Sa 3eme sélection nationale. Malheureusement blessé, il ne parviendra pas à faire ses preuves en coupe du monde. Plus tard, il jouera pour une autre selection, l’équipe nationale de Catalogne. Ce dernier fait d’arme symbolise l’amour l’unissant avec les catalans.
Finissant sa carrière dans les années 60, Kubala entamera plus tard une carrière d’entraineur qu’il terminera dans les années 90.

Chanson à la gloire de Kubala

Rendre à César…

En 1999, pour le centenaire du FC Barcelone, il est nommé meilleur joueur de l’histoire du Barca devant l’immense Johan Cruyff. Il était l’icone de toute une région avant que les exploits d’un certain Lionel Messi ne résonnent dans les oreilles de tout le monde. L’homme s’éteint finalement en 2002 pour ne laisser place qu’à sa légende. Une légende qu’il nous tardait de raconter, car si sa gloire fut immense, elle est aujourd’hui à la hauteur de son statut de parfait inconnu. Tâchons donc de rendre à Kubala ce que le football lui doit.        

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