William Prunier ambitionne d'atteindre "un certain niveau" comme entraîneur
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William Prunier : « Je suis prêt à aller au bout du monde pour pouvoir entraîner » (2/2)

Formé à l’AJ Auxerre aux côtés de Basile Boli et Eric Cantona, William Prunier a évolué pendant vingt ans au haut niveau. Passé par Marseille, Bordeaux, Manchester United ou encore Naples avant de prendre sa retraite en 2004, l’international français, désormais entraîneur, revient sur son parcours. Entretien, deuxième partie, avec l’ancien défenseur central.


Être entraîneur, c’était une évidence pour vous ?

Honnêtement, non. Quand j’ai arrêté ma carrière, je me suis demandé ce que j’allais faire. J’ai terminé au Qatar et ensuite, je me suis reposé un peu. L’UNFP s’occupe bien de nous sur la fin de carrière, et le syndicat s’est bien occupé de moi. On s’est mis en contact, on a regardé pour ma reconversion, j’ai fait plusieurs tests de compétences pour savoir vers quoi m’orienter et à un moment, je me suis dit que je me sentais peut-être prêt à devenir entraîneur. Ils m’ont dit que ça semblait la meilleure solution par rapport au travail qu’on avait effectué. C’est parti comme ça. J’y ai pris goût. Quand j’ai attaqué en tant qu’entraîneur, j’ai retrouvé une odeur en fin de compte. J’ai retrouvé un peu de ce que j’ai vécu comme joueur : l’odeur du vestiaire, de la pelouse, l’adrénaline, une certaine pression qui monte.

Première partie de l’entretien : « Je n’ai qu’une sélection mais un France-Brésil au Parc des Princes, allez chercher plus beau ! »

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Quel est votre parcours en tant qu’entraîneur ?

Pour l’instant, je n’ai pas entraîné à haut niveau. J’ai commencé en 2007 à l’AS Cannes, en tant qu’adjoint de Stéphane Paille. Après, j’ai entraîné en Division d’honneur donc j’ai mis les mains dans le cambouis, dans un club de la banlieue toulousaine, à Cugnaux. Ensuite, j’ai passé trois ans à Colomiers, de 2011 à 2014, en N2. Je suis monté en N1, c’est le plus haut niveau auquel j’ai entraîné. Après, j’ai fait Marseille Consolat. J’ai entraîné pendant deux ans la réserve professionnelle de Montpellier, en prenant beaucoup de plaisir. Je me suis régalé pendant deux années. C’est un peu différent, on est plus dans la formation que dans le résultat. C’est aussi intéressant de chercher à faire progresser les jeunes joueurs, j’ai essayé de transmettre ce que j’avais connu. Après, j’ai voulu repartir. J’ai signé en N2, à Toulon, que j’ai failli faire monter. On avait fini à la première place mais malheureusement, au goal average, c’est Marignane qui est monté et pas nous. Et là, je suis à Canet-en-Roussillon, en N3, depuis 2018.

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Quel type d’entraîneur êtes-vous ?

Au niveau de ma relation avec mes joueurs, certains disent que je suis dur. Franc du collier, dur mais honnête. Je suis rigoureux avec mes joueurs, je leur demande beaucoup aux entraînements et en match. Mais je sais aussi faire la part des choses, je rigole avec eux. Il faut s’adapter aux nouvelles générations. Je ne veux pas faire le vieux joueur, le vieux routier, il faut s’adapter, mais aussi ne pas trop laisser la laisse se détendre. En tant qu’entraîneur, ça peut surprendre comme je suis un ancien défenseur, mais j’aime jouer. Toutes les équipes que j’ai eues, j’ai essayé de les faire jouer, énormément. Essayer d’avoir le ballon, la possession. Je veux que mes joueurs soient techniques, mes défenseurs aussi, et qu’ils mettent beaucoup de rigueur et d’agressivité.

William Prunier a entraîné la réserve professionnelle de Montpellier de 2015 à 2017.

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Quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’aime bien Mourinho. J’aime bien ce coach, par rapport à son caractère et à tout ce qu’il a gagné, quelle que soit la manière. Il y a aussi Guardiola, par rapport à tout ce qu’il a fait dans tous les clubs où il est passé. Ce sont des entraîneurs très reconnus. Après, j’aime bien aussi l’entraîneur parisien, Tuchel. Il est très critiqué mais il fait un sacré boulot. Dans la gestion d’un groupe, c’est devenu difficile pour les coachs. Ils sont entraîneurs mais ils doivent peut-être aussi mettre une blouse blanche tous les jours, ce n’est pas évident.

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Vous citez Mourinho et Guardiola. Pourtant, ils sont souvent jugés incompatibles en termes de philosophie de jeu.

C’est vrai mais ce sont des entraîneurs qui ont gagné beaucoup de choses. Ils ont entraîné dans plusieurs grands clubs : Mourinho au Real, à l’Inter, à Manchester United, maintenant à Tottenham. Guardiola à Barcelone, au Bayern et à Manchester City. C’est vrai que les deux n’ont pas la même philosophie de jeu mais ce sont des entraîneurs qui ont gagné, quelle que soit la manière. En fin de compte, les deux manières fonctionnent. On a un style un peu plus sous forme de possession avec Guardiola, et Mourinho un peu plus sous forme de contre et d’attaque rapide. C’est différent mais ce sont des entraîneurs qui gagnent, et ça c’est important.

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Vous avez rejoint Canet-en-Roussillon, en N3, alors que vous étiez en N2 avec Toulon. Pourquoi ce choix ?

Je voulais monter les échelons, essayer d’aller un peu plus haut. Quand j’ai quitté Toulon, plusieurs clubs m’ont sollicité, j’ai même eu des propositions de clubs de Ligue 2 en tant qu’adjoint. Canet-en-Roussillon m’a téléphoné par l’intermédiaire d’un agent. J’ai juste dit : « Pourquoi pas ». Et du coup, ils sont restés en contact avec moi. Les présidents m’ont appelé, ils m’ont dit qu’il fallait qu’on se rencontre, que c’était un gros projet. C’est vrai que le projet était intéressant. On s’est rencontrés, on s’est revus une deuxième fois et j’ai dit banco. J’ai dit banco par rapport au projet qui m’était proposé sur deux ans, voire trois.

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Vous êtes content de ce que vous mettez en place depuis presque deux ans ?

Les deux présidents ont de grosses ambitions. Ils avaient fait un bon parcours la saison précédant mon arrivée avec un 16e de finale de Coupe de France qui les a fait un peu connaître. Ils avaient fait un top 5 en championnat alors qu’ils venaient de monter l’année d’avant. Ils ont décidé de modifier un peu tout, de structurer le club. Faire venir un entraîneur « de renom », un ancien joueur professionnel.

Par rapport aux objectifs, on est en plein dedans. Ils m’ont laissé deux ans. Je leur ai dit que la première année, il fallait qu’on construise, qu’on mette beaucoup de choses en place. On fait quand même un 32e de finale de la Coupe de France la première année, on se fait sortir par Monaco (0-1). On finit quatrième du championnat, ce qui était pas mal par rapport à l’objectif de se maintenir facilement. Cette saison, en ayant mis un peu plus de moyens, on est récompensés de notre travail puisque même si le championnat n’est pas terminé, on est leader avec neuf points d’avance. Donc on est bien placés dans l’objectif de monter en N2.

William Prunier et Canet-en-Roussillon avaient atteint les 32es de finale de la Coupe de France en 2018-2019. Un stade où ils ont été éliminés par l’AS Monaco de Thierry Henry.

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Comment organisez-vous votre travail en ce moment avec le confinement ?

On arrive quand même à travailler un peu. On a fait passer aux joueurs des programmes élaborés avec des préparateurs physiques, ça varie aussi un peu s’ils ont une maison ou un appartement. Les sorties, on sait que c’est compliqué, mais quelques-uns arrivent à faire un peu de sport à l’extérieur. On est plutôt dans l’entretien, dans le renforcement musculaire actuellement. Ça se passe partout un peu pareil, quel que soit le niveau, professionnel ou amateur. Ils ont juste un suivi un peu plus important au haut niveau parce qu’ils ont plus de moyens. J’ai les vidéos de matchs donc je regarde des résumés et des montages. Ça me permet de rester dans le bain. Je regarde aussi des vidéos d’autres équipes, d’un niveau au-dessus. Ça passe le temps et on apprend des choses, on voit pas mal de trucs. C’est intéressant.

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Vous êtes en contact régulier avec vos joueurs ?

J’ai un effectif de 24 joueurs et depuis le début du confinement, je les ai régulièrement au téléphone, pour prendre des nouvelles d’eux et de leur famille, pour savoir comment ça se passe. C’est important qu’ils soient prudents dans leurs sorties autorisées, qu’ils se protègent bien, qu’ils gardent la forme, et qu’ils profitent aussi de ces moments-là parce qu’ils ne sont pas aussi proches de leur famille en général.

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Comment voyez-vous la suite de votre carrière d’entraîneur ?

Avec ce qui nous arrive, déjà, j’aimerais bien terminer la saison. Je sais que la santé est très importante pour tout le monde, qu’il y a des priorités. Le sport est quand même important puisqu’on voit que les gens confinés chez eux, ils font du sport. L’objectif, à un moment ou à un autre, dans les deux ou trois prochaines années, c’est d’atteindre un certain niveau, avant que je sois trop vieux. C’est ça mon objectif. En tant que joueur, j’ai connu beaucoup de choses. J’ai connu tous les niveaux, beaucoup de clubs, y compris des grands, et je voudrais connaître la même chose en tant qu’entraîneur.

Je ne dis pas que je vais connaître des grands clubs comme Manchester, mais j’ai envie d’atteindre un certain niveau comme coach dans les deux ou trois ans qui viennent. Et si ça ne se réalise pas, tant pis. J’aurais réalisé pas mal de choses. Je prends énormément de plaisir dans le monde amateur aujourd’hui. On fonctionne exactement comme des professionnels. Ici, à Canet-en-Roussillon, j’ai instauré des entraînements tous les jours, chaque joueur a un contrat et on travaille comme des pros. J’ai un staff, j’ai un préparateur physique, j’ai un entraîneur des gardiens, j’ai un intendant, j’ai un kiné, j’ai un adjoint. C’est un truc de fou ! Après, c’était mes conditions pour que je vienne à Canet.

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Quand vous parlez d’entraîner « à un certain niveau », cela veut par exemple dire en Ligue 1 ?

Oui, je ne le cache pas. Bien sûr que oui. Il faut trouver le bon club et la bonne personne qui fasse confiance à un jeune entraîneur. Ça marche comme ça, par rapport aux réseaux, aux connaissances, aux opportunités. Je me souviens que l’année où je suis arrivé à Montpellier, Rolland Courbis était coach et il y a eu des soucis, les résultats n’allaient pas. Je venais d’arriver, mon nom est sorti, mais je ne voulais pas absolument prendre l’équipe. Je n’étais pas prêt. Ils ont choisi Bruno Martini et Pascal Baills.

J’étais coach de la réserve pro, ça aurait pu être une opportunité, mais je n’ai pas été choisi. Je crois que j’aurais refusé, je n’étais pas prêt. Mais bon, c’est une question d’opportunité, d’être là au bon moment et d’avoir la chance qu’on vous laisse votre chance. Ça tourne un peu mais on voit toujours les mêmes têtes… Il faut regarder ce qui se passe en dessous. On fait le même métier en fin de compte. Moi, je suis entraîneur en N3 aujourd’hui et je fais le même métier qu’un entraîneur de Ligue 1. Et encore, ils sont mieux encadrés, ils ont un staff énorme. Le monde amateur, c’est la meilleure formation en tant qu’entraîneur. On met les mains dans le cambouis, on apprend beaucoup de choses.

William Prunier ne ferme pas la porte à l’étranger, lui qui a jusqu’à présent toujours entraîné en France.

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Vous prévoyez de passer votre diplôme professionnel ?

Normalement, oui. J’ai eu l’opportunité de le faire quand j’étais à Montpellier mais j’avais tellement de travail qu’on a repoussé, et j’aurais dû le passer en fin de compte. Il y a beaucoup de demandes donc il faut pouvoir entrer dans la session, monter un dossier. Quand il y a 150 demandes et que seulement une douzaine est retenue, ce n’est pas facile. Certains sont à un certain niveau, un peu au-dessus, donc il y a aussi des priorités, et je le comprends très bien. On va voir pour l’année prochaine. Là, aujourd’hui, j’essaye de finir ce que j’ai commencé avec Canet. Jusque-là, je prends quand même du plaisir.

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L’étranger pourrait aussi être une possibilité pour entraîner ?

Oui, aussi. Bien sûr, ça peut m’intéresser. Si j’ai une opportunité, je le ferai. C’est une passion, c’est un truc que je vis à 200%. Je suis prêt à aller au bout du monde pour pouvoir entraîner une équipe de football, sans problème. Avant que je sois trop vieux ! On dit que la vie d’un entraîneur dans un club est de 18 mois. Donc il faut bouger tous les deux ou trois ans, ce n’est pas simple. Il faut avoir l’opportunité. Il faut trouver des gens qui vont fassent confiance.

Digestif
Le meilleur entraîneur du monde : « Ce n’est pas évident comme question. Je ferais un mélange avec Klopp, Zidane, Mourinho et Guardiola. Ça sortirait un super coach, avec une cape de super-héros (rires). »
Le meilleur entraîneur français : « Aujourd’hui, je vais citer Zidane. Il fait de belles choses. On a joué ensemble donc on se connaît bien, et c’est encore un jeune entraîneur. »

Quentin Ballue

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