William Prunier, défenseur reconverti entraîneur
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William Prunier : « Je n’ai qu’une sélection mais un France-Brésil au Parc des Princes, allez chercher plus beau ! » (1/2)

Formé à l’AJ Auxerre aux côtés de Basile Boli et Eric Cantona, William Prunier a évolué pendant vingt ans au haut niveau. Passé par Marseille, Bordeaux, Manchester United ou encore Naples avant de prendre sa retraite en 2004, l’international français, désormais entraîneur, revient sur son parcours. Entretien, première partie, avec l’ancien défenseur central.


Devenir footballeur, c’était un rêve de gosse pour vous ?

Oui, totalement. Je viens de la banlieue parisienne, j’ai commencé au Red Star de Montreuil. C’était une passion au départ. Je jouais un petit peu au basket mais j’étais plus orienté vers le football. J’ai eu la possibilité de franchir des paliers dans des clubs parisiens : le Red Star de Montreuil, le Paris FC, puis les sélections de la ligue de Paris. C’est là qu’on commence à croire à pas mal de choses.

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Vous avez débuté chez les pros en 1984 à Auxerre, avec Guy Roux. C’était comment de l’avoir en tant qu’entraîneur ?

Après des tournois de détection, j’ai été contacté par plusieurs clubs et j’ai choisi d’aller à Auxerre. Guy Roux avait rencontré mes parents pour que je puisse rejoindre le nouveau centre de formation. J’ai fait quatre ans de formation dans la Pyramide, on était une vingtaine de joueurs. Il y avait les frères Boli, il y avait Cantona, Dutuel, Guerreiro, Vahirua, etc. J’ai commencé mon premier match en professionnel à 17-18 ans. Je suis resté sous la houlette de Guy Roux pendant huit ans. C’était un second papa. Ça a été une belle aventure. Il nous a énormément aidés, dans tous les domaines. Il nous a appris pas mal de choses, y compris hors football. C’est un entraîneur très, très dur, avec beaucoup de rigueur, beaucoup de discipline, mais qui était assez proche de ses joueurs en même temps. J’ai passé onze ans au club dont huit avec lui en tant que pro. Huit ans, ça ne s’oublie pas.

Photo de famille de l’AJ Auxerre en 1987. William Prunier est au deuxième rang, à côté de Basile Boli.

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Quel souvenir gardez-vous de la fabuleuse épopée européenne de 1993 ?

On a vécu une année extraordinaire, on était une belle génération de joueurs. En quarts, on affronte l’Ajax, un monument du football. Je me souviens que quand il y avait eu le tirage, Guy Roux nous avait dit que du côté de l’Ajax, ils étaient déjà tournés vers les demi-finales. Des dirigeants avaient dit que ce serait facile et Guy Roux nous avait répété ça. Ça nous avait marqué. En fin de compte, ils étaient plus forts sur le papier mais nous, on a prouvé sur le terrain. Ça a été compliqué mais on a réussi à se qualifier (victoire 4-2 à domicile à l’aller, défaite 1-0 au retour). On arrive à atteindre les demi-finales de la Coupe d’Europe, contre Dortmund. On perd 2-0 là-bas. Au match retour, on gagne 2-0 la maison, prolongation, et on perd aux penalties. Il y avait une finale qui se profilait juste derrière. Malheureusement, ça n’a pas tourné en notre faveur. Ça a été très décevant, mais on a vécu de beaux moments. C’est une génération qui aurait vraiment mérité d’aller en finale, c’est dommage.

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Avez-vous un regret de ne pas avoir remporté de titre avec le club ?

C’est incroyable, cette génération a démarré très tôt et malheureusement, elle n’a pas gagné beaucoup de choses. On était toujours une bonne équipe mais on n’a jamais réussi à gagner. Je vais vous dire pourquoi : à cette époque-là, il y avait des équipes vraiment beaucoup plus fortes que nous. Vraiment beaucoup plus fortes. Dans le championnat de France, il y avait des équipes extraordinaires avec de grands joueurs. A cette époque-là, Marseille raflait tout, comme le Paris Saint-Germain maintenant. Il y avait les Girondins de Bordeaux, l’AS Monaco… Nous, on finissait toujours troisièmes ou quatrièmes derrière ces équipes-là. En Coupe de France, on atteignait souvent les demi-finales, c’était quand même un truc de fou. Malheureusement, pas de trophée, mais que des bonnes expériences et des bons moments vécus avec cette génération. Les titres, ça n’apporte pas tout. Bien sûr, il en faut, mais il y a d’autres expériences que les titres dans le football. On peut avoir vécu une belle carrière sans avoir gagné de titre.

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Vous avez obtenu une sélection avec l’équipe de France en 1992. C’était une fierté pour vous de pouvoir représenter votre pays ?

Oui, même si c’était une courte expérience. Je suis fier d’avoir porté le maillot de l’équipe de France. J’ai connu le maillot tricolore dans toutes les catégories : minimes, cadets, juniors, espoirs, même en A’. J’ai aussi été international militaire. J’ai vécu cette première sélection en 1992. En revanche, j’avais déjà été convoqué avant. Michel Platini m’avait appelé, mais j’étais resté sur le banc. J’avais aussi joué un match amical de préparation, en 1989, contre Arsenal, mais ça ne comptait pas comme une sélection puisque c’était contre un club. Mais bon, j’ai vécu des moments internationaux. J’étais sur le banc de touche lors des éliminatoires de Coupe du monde contre la Yougoslavie et l’Ecosse. J’ai vécu une sélection extraordinaire. Je n’en ai qu’une mais un France-Brésil au Parc des Princes, allez chercher plus beau ! C’est un truc de fou. Ça aurait pu tomber contre l’Albanie, mais non, c’est tombé contre le Brésil.

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Comment avez-vous vécu les heures qui ont précédé ce match face au Brésil ?

Il y avait une grande appréhension parce que c’était ma première vraie sélection. Quand j’avais appris que j’allais être titulaire, j’avais prévenu toute ma famille. C’était à Paris en plus, chez moi, donc c’était fabuleux. On se demande ce qui nous arrive. On rêve de ça pendant des années et ça nous tombe dessus. Entonner La Marseillaise sur un terrain de football, c’est fabuleux. Il y avait beaucoup d’émotion. On avait perdu 2-0 mais à cette époque, le Brésil, c’était compliqué !

William Prunier, sous le maillot tricolore. Instant éphémère mais inoubliable.

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À l’été 1993, vous débarquez à l’OM. C’est une belle marque de reconnaissance d’être recruté par le champion d’Europe ?

Oui, exactement. Trois ou quatre semaines avant leur finale de Ligue des champions, j’ai été contacté par l’Olympique de Marseille. J’ai même rencontré les dirigeants avant la finale. C’était une grande fierté. Je n’étais pas en fin de contrat à Auxerre donc il a fallu faire un transfert. Il a fallu un peu faire le forcing pour que Guy Roux me libère, ça n’a pas été simple. Je lui avais expliqué que j’avais donné pas mal de choses pour le club, que j’avais été formé ici, que j’avais tout connu. Atterrir à l’Olympique de Marseille, champion d’Europe, c’était beau. Malheureusement, après, l’affaire VA-OM est ressortie donc ça a été un peu compliqué. Ça reste cependant une très belle expérience. Quand on porte ce maillot, c’est fabuleux. J’ai quand même passé une très bonne saison. On finit second derrière le PSG, et après j’ai été transféré aux Girondins de Bordeaux.

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Pendant l’année et demie que vous passez à Bordeaux (1994-1995), vous côtoyez notamment Zinedine Zidane. Comment avez-vous vécu cette période à ses côtés ?

Il y avait de jeunes joueurs comme Dugarry, Zidane, Lizarazu… J’ai découvert Zizou, que tout le monde voyait comme un grand joueur. J’ai découvert un grand joueur, avec beaucoup de talent. C’était impressionnant. D’ailleurs, il partira rapidement à la Juventus. Il montrait toutes ses qualités. Il avait aussi beaucoup d’humilité.

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En décembre 1995, vous arrivez à Manchester United. Comment ça s’est fait ?

C’est compliqué parce que j’étais sous contrat avec Bordeaux. J’étais dans ma deuxième année et au bout de six mois, j’ai eu des incompréhensions avec certains dirigeants du club. D’un commun accord, on a décidé de se séparer. Je devais signer en Espagne, au Celta Vigo. En fin de compte, au dernier moment, Manchester United cherchait un défenseur central et m’avait proposé de faire un essai. C’est ce que j’ai fait, je suis parti faire un essai pendant trois semaines. Après, j’ai signé un contrat de deux mois. Dans cette période, j’ai fait un match avec la réserve et deux matchs en Premier League. Ensuite, on m’a demandé de continuer à m’entraîner et de prolonger mon essai, avant de signer un contrat de trois ans, mais ça a buggé un peu au niveau des agents et des intermédiaires. J’y ai passé pratiquement trois mois, j’ai vécu des choses extraordinaires. J’ai connu de super joueurs. Il y avait mon ami Eric Cantona, et une nouvelle génération avec Giggs et Beckham qui arrivait. Ça a été fabuleux de connaître des joueurs comme ça. J’ai vraiment vécu une belle expérience. Avec beaucoup de regrets car bien sûr, on a envie d’y rester, mais malheureusement, ça n’a pas pu se concrétiser.

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Vous avez remporté la Premier League cette année-là. C’est une fierté d’avoir cette ligne à votre palmarès ?

Le fait d’avoir un titre de champion d’Angleterre, c’est fabuleux. Je ne suis pas resté longtemps mais j’ai quand même participé à certains matchs et je suis champion d’Angleterre. C’est un pays où j’ai toujours rêvé de jouer, j’y ai joué et j’ai été champion.

Avec Manchester United, William Prunier a pris part à une victoire contre les Queens Park Rangers (2-1), avant de connaître une lourde défaite face à Tottenham (1-4).

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Vous avez aussi joué au Danemark, en Italie, en Belgique et au Qatar. Ces expériences à l’étranger vous ont permis de grandir en tant que joueur ?

Oui, ça m’a permis de grandir. Je me suis retrouvé sans club après Manchester donc j’ai rebondi au FC Copenhague. Aucun joueur français n’avait joué au Danemark et ça a été une expérience magnifique. J’y ai passé pratiquement six mois, c’était extraordinaire. Je ne parlais pas la langue du tout donc ce n’était pas évident, mais j’ai vécu une histoire assez extraordinaire. A domicile, on jouait devant 40 000 personnes. Je ne me prenais pas la tête, j’étais bien. J’avais connu pas mal de choses en France, j’avais envie de liberté, de respirer. J’avais un agent qui s’occupait bien de moi. J’aurais aussi pu signer aux Pays-Bas ou en Norvège. J’ai eu beaucoup de possibilités, c’était une chance extraordinaire, et j’ai choisi le Danemark.

Plus tard, j’ai passé une année en Belgique, à Courtrai, avec Michel De Wolf comme entraîneur. J’ai fait une bonne saison, j’ai découvert un nouveau championnat. Avant, j’avais aussi joué à Naples. Mais quand vous arrivez dans un club dont l’entraîneur compte sur vous mais qu’il se fait virer au bout de deux mois, ça devient un peu plus compliqué, surtout avec un effectif de 35 joueurs. Il y avait énormément de concurrence, l’année a été un peu difficile mais ça reste une bonne expérience. Ensuite, en fin de carrière, j’ai passé un peu de temps au Qatar. Les dirigeants cherchaient un défenseur, le CV a servi à quelque chose. J’y ai passé six mois et j’y ai fini ma carrière, à 36 ans.

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Entre 1999 et 2003, vous avez évolué à Toulouse, où vous avez tout connu : la D2, la D1, la D3, puis deux remontées. Que retenez-vous de ces années ?

Le club a déposé le bilan en 2001. Le club a réussi à garder le statut pro, mais on est passé de la Ligue 1 au National. Le nouveau président, Olivier Sadran, voulait absolument que je sois là pour encadrer les pitchounes. Après réflexion, j’ai décidé de rester. J’étais sur la fin de ma carrière donc je me suis dit pourquoi pas. J’ai fait beaucoup de sacrifices, financiers et sportifs. J’ai quand même vécu des trucs fabuleux, des expériences enrichissantes. Une remontée de National en Ligue 2, puis un titre de champion de Ligue 2. J’ai fait le taff. Ça a été une superbe expérience, ce sont des moments que je n’oublierai pas.

William Prunier a porté le maillot du TFC plus de 150 fois, participant notamment au titre de champion de France de Ligue 2 remporté en 2003.

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Au final, quel regard portez-vous sur votre carrière de joueur ?

C’est bizarre parce que je n’ai eu qu’une sélection, mais contre le Brésil. Tout ce que je voulais vivre dans ce métier, dans cette passion, je l’ai vécu en fin de compte. J’ai connu les plus grands clubs, j’étais international, j’ai vécu des émotions énormes, j’ai joué contre les plus grands joueurs et j’ai joué avec des grands joueurs. Tout le monde me disait : « Si tu as joué avec des grands joueurs, c’est que tu étais aussi un grand joueur ». J’ai quand même joué vingt ans au haut niveau. J’étais un défenseur rugueux, mais un bon défenseur. Si ces clubs sont venus me chercher à un moment ou à un autre, c’est qu’il y avait aussi de la qualité.

Digestif
Le coéquipier qui vous a le plus marqué : « Il y en a beaucoup. J’ai joué avec énormément de joueurs de qualité. Mais je vais dire Boli. On a commencé ensemble et on est toujours en relation. Et puis parce que c’est la star, champion d’Europe (rires) ! »
L’adversaire qui vous a le plus marqué : « Sans hésiter, Ronaldo, le vrai, le Brésilien. Quand j’étais à Naples, il était à l’Inter Milan. J’ai vu quelqu’un d’extraordinaire. »
Le stade qui vous a le plus marqué : « Old Trafford et le Vélodrome. L’ambiance, quoi ! C’était quelque chose, ça donne la chair de poule. C’est fabuleux, ce sont des arènes. »

Quentin Ballue

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