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SEM EP5 : Ernst Happel, l’avant-gardiste de Vienne devenu révolutionnaire de toute l’Europe

Presque 30 ans après sa mort, Ernst Happel reste surtout célèbre en Autriche. Notamment pour avoir été le plus grand entraîneur de l’histoire du pays, mais aussi pour avoir donné son nom au stade de Vienne, sa ville. Une riche carrière de joueur, puis de nombreux succès sur les bancs de touche, dont l’impact sur le football moderne s’avère trop souvent méconnu ou négligé.


Chef d’orchestre du rectangle vert dans la ville des virtuoses

Une ville finit par être une personne“, écrivait Victor Hugo dans “Moi, l’amour, la femme”. Il est de ces villes qui, par les personnes qu’elles sont devenues, ne peuvent accueillir que les virtuoses et les compositeurs de génie. Vienne en fait partie. De Mozart à Schubert, en passant par Solieri ou Beethoven, la capitale de la musique est le théâtre de compositions uniques.

Vienne donne naissance, un jour de novembre 1925, à un de ces fameux compositeurs de génie. Chef d’orchestre sur un terrain plutôt que compositeur classique viennois, Happel débute comme joueur au Rapid de Vienne. Préalable de taille toutefois pour jouer : être membre des jeunesses hitlériennes. Ce qui n’est pas le cas du jeune Ernst. Il doit donc aller récupérer une autorisation auprès du NSDAP.

Il n’est encore qu’un adulte en devenir quand, lors de la fameuse visite devant lui permettre d’obtenir le Graal, il refuse d’entonner un chant nazi, alors même qu’un secrétaire du NSDAP le somme d’obtempérer. Il lui faudra l’intervention de son entraîneur Léopold Nitsch, inscrit au parti, pour qu’Happel reparte avec l’autorisation de fouler les pelouses.

Jamais sans sa “clope”, Happel avait en lui de ne jamais se laisser dicter sa conduite.

Jack Reynolds fut prisonnier de guerre, sa femme sauva une juive hollandaise de la déportation, tandis qu’Happel se refusa à entonner un chant nazi. Dans un milieu où l’on chasse plus souvent les buts et la gloire que les Nazis, ces entraîneurs ont parfois pris, modestement toutefois, le costume de Simon Wiesenthal et des Klarsfeld. C’est à croire que ces techniciens, révolutionnaires sur le rectangle vert, ont aussi pour eux de “transcender la rébellion en grandeur”, pour reprendre les mots de Marcelo Bielsa.

Le jeune stoppeur va pourtant se retrouver appelé par l’armée en 1944, alors qu’il avait joué 3 matchs au sein de la défense du Rapid. De retour dans l’équipe en 1946, Ernst Happel connaît rapidement ses premiers succès : 6 titres de champion viennent garnir son palmarès, ainsi qu’une Coupe d’Autriche et la Coupe Mitropa en 1951.

Sur le plan personnel, Happel connaît la consécration en 1947 en honorant sa première sélection avec l’Autriche. Il ne lui en faudra pas plus pour devenir un pilier au sein des Rouges-Blancs-Rouges. Dès lors, Happel sera de toutes les campagnes de sa sélection, participant même à la défaite lors de la finale des J.O de 1948.

Fidèle à son club toute sa vie, il fut convoité par le Real Madrid mais ne put jamais y signer en raison de son âge [le règlement n’autorisait pas les départs à l’étranger pour les joueurs de moins de 30 ans, Ndlr].

De stoppeur à libéro : Happel, l’avant gardiste, fils caché de Giuseppe Vianni

Né dans la Campanie napolitaine, dans une Europe méditerranéenne en reconstruction, le concept de libéro atterrit sur les bords du Danube en Europe centrale. C’est en 1946 que Giuseppe Viani, en voyant le système ingénieux de “double-filet” des pêcheurs, y voit un moyen de constituer justement un “second filet”, en mesure de couvrir les manquements de ses partenaires. C’est la naissance du libero.

Giuseppe Viani, vainqueur de la Coupe des Champions avec le Milan en 1963 et théoricien du libero.

En dehors des titres, Happel sera l’incarnation de cette révolution qu’est l’apparition du libero. Lors d’une tournée en Amérique du Sud, et notamment au Brésil en 1949, le Rapid, comme beaucoup de clubs européens, importe des shorts raccourcis. Les mêmes shorts qui feront la légende de la Coupe du Monde 1970, à Mexico.

Mais c’est surtout, la première fois en Europe qu’on observe le replacement derrière le stoppeur, d’un joueur libre : le libero. Happel sera ce joueur. Positionné derrière Max Merkel comme libero, il se réinventera dans ce qui se fera de mieux défensivement à l’époque.

“Ernst Happel a déja joué au football total et c’était au Feyenoord dans les années 70”

Sitôt sa carrière de joueur finie en 1959, Happel prend un poste de directeur sportif puis d’entraîneur-adjoint au Rapid de Vienne, où les succès se poursuivent. En 1962, il décide de prendre la mer seul. Première étape : ADO La Haye, club du ventre mou aux Pays-Bas. L’idéal pour qu’Happel puisse tester ses idées, sans pression aucune.

Six années durant, il instaurera une discipline de fer, lui qui était si indiscipliné comme joueur et comme homme. Mais aussi son goût pour les entraînements à la dure et le pressing. Déjà, il révolutionne le jeu en prônant un marquage en zone que développera plus encore Niels Liedholm, avant qu’Arrigo Sacchi ne le fasse triompher au plus haut niveau.

“La révolution de la Haye par Ernst Happel”, titre le journal de l’époque. Happel, apparaît, ici au milieu de ses joueurs.

L’Autrichien est également l’un des premiers à introduire le 4-3-3, qui deviendra la marque de fabrique des “Etats de par-deçà” [origine historique des “Pays-Bas”, désignant les territoires qui étaient au-delà de la Bourgogne, Ndlr].

Après deux saisons insipides, le travail chirurgical d’Ernst Happel porte ses fruits puisque La Haye intègre quatre fois de suite le Top 4 en Eredivisie. Avant de remporter la Coupe des Pays-Bas en 1968, face au grand Ajax de Rinus Michels. Performance inédite pour le club, défait lors de ses trois dernières finales de Coupe (1963, 1964 et 1966), qui sortait ainsi de l’indifférence.

ADO La Haye remporte en 1968, grâce à Ernst Happel, sa première Coupe des Pays-Bas. Historique.

En 1968, le technicien autrichien trouve un club de son standing avec le Feyenoord Rotterdam. Si sa discipline de fer avait fait parler à La Haye, ses faibles compétences linguistiques et managériales deviennent un sujet pour nombre d’observateurs à Rotterdam. Le sujet est cependant rapidement évacué. Les joueurs le disent : les exercices d’Happel se suffisent à eux-mêmes.

Happel se contente donc de mots simples, n’use de la parole que lorsque c’est utile, n’ayant parfois pas besoin de faire une phrase. Il fait essentiellement en sorte que ses joueurs se retrouvent dans des situations auxquelles ils feront face en match. Il est de ceux, parmi les Bielsa ou Bilardo, qui enseigne le comportement à adapter face à des situations de jeu données, et veut confronter ses joueurs au maximum d’entre-elles. Tandis que d’autres tels César Luis Menotti ou Tuchel préfèrent donner les moyens intellectuels à leurs joueurs de s’adapter à n’importe quelle situation de jeu, arguant qu’elles sont infinies.

Theo van Duivenbode, qui fut sous les ordres de Rinus Michels puis sous ceux d’Happel, racontera que le second n’avait rien d’un théoricien. Contrairement à son homologue ajacide, qui concevait sa tactique préalablement. En revanche, Happel surpassait Rinus Michels dans la lecture des matchs, et pouvait trouver la solution qui ferait gagner son équipe en une poignée de secondes. Son Feyenoord n’a pas excellé par des concepts compliqués, mais par des situations qu’avait connues Happel par le passé, et qu’il continuait d’appliquer.

“Vous devez toujours rester à jour, car le jeu change dans les trois, quatre, cinq ans. Habituellement, un nouveau système ou de nouvelles variantes sont ajoutés. Bien sûr, cela ne signifie pas que vous devez appliquer cela”.

Ernst Happel, quand on lui parle de ses capacités à lire le jeu.
Ernst Happel, ici en 1978, n’est pas un mathématicien ni même un théoricien, mais il a pour lui d’avoir un instinct et une sensibilité sans faille.

Tactiquement, le 4-2-4 des Rotterdamers était trop vulnérable à la perte du ballon avec un milieu en infériorité numérique, et trop suspendu aux caprices des quatre joueurs offensifs. Happel y remédia avec son 4-3-3 fétiche.

Lors d’un voyage en Union Soviétique, alors qu’il était joueur, Happel affronta des équipes qui jouaient avec le même esprit collectif que le régime communiste. Viktor Maslov, puis son brillant élève Lobanovski, avaient compris qu’un joueur devenait moyen avec moins de temps et d’espace. Ce qui donna à Happel son goût pour le pressing collectif.

C’est aussi après le fameux voyage en Amérique du Sud de 1949, et un match face à Vasco de Gama, qu’Ernst Happel, marqué par cette défaite cinglante, instaurera le piège du hors-jeu. Avant lui, Flavio Costa, à Vasco de Gama, et le Hongrois Dori Kürschner s’y étaient essayés.

Vice-champion en 1968, le Feyenoord remporte le doublé Coupe-Championnat la saison suivante, avant d’être de nouveau sacré en 1970. Jamais le Feyenoord sous les ordres d’Happel ne fera pire que la deuxième place. Il devient même la première équipe des Pays-Bas à remporter la Coupe des Champions en 1970, face au Celtic. La même année, ils remportèrent la Coupe Intercontinentale.

Au-delà de ces succès, cette équipe inspire directement celle qui dominera de la tête et des épaules l’Europe entière pendant la prochaine décennie : l’Ajax Amsterdam. La saison qui suivit le couronnement continental du Feyenoord vut en effet l’Ajax remporter à son tour la Coupe aux grandes oreilles, avec un jeu similaire face au Panathinaïkos.

Après un match nul 3-3 entre les deux équipes, Rinus Michels se saisira même du piège du hors-jeu, si cher à Ernst Happel. Tout ce qu’avait entrepris le Viennois se retrouvait chez Michels. Il faut dire qu’à La Haye comme à Rotterdam, Happel aura souvent battu son homologue. Et les équipes qu’il a entraînées auront été parmi les rares à proposer des débats équilibrés face à l’Ajax. Happel n’a assurément pas théorisé le football total tel un mathématicien, en revanche il l’a directement pratiqué. Ce qui fera dire à un journaliste hollandais : “Ernst Happel a déjà joué au football total et c’était au Feyenoord dans les années 70“…

Roi chez les Belges et défait par la dictature militaire argentine

Après un rapide passage en Andalousie qui prit fin dans le derby sévillan perdu face au Bétis, c’est en Belgique que l’Autrichien atterrit. Suivant les conseils de Henk Houwaart, qui avait connu Happel à La Haye, le club de Bruges le recrute.

Sur les bords de la Mer du Nord et de la Mer Baltique, Happel revit. Des latéraux rapides, un milieu solide, toujours en surnombre, et trois attaquants qu’il avait préparés physiquement pour une pression constante sur l’équipe adverse. Happel est comme chez lui. Jusque-là, il n’était pas rare, en effet, que les milieux avancent plusieurs dizaines de mètres sans encombre.

Ernst Happel, dans son style si particulier, en 1976 à Bruges.

Avec les De Cubber, Vandereycken ou Lambert, dont certains forment une des plus belles sélections belges de l’histoire, Happel remporte une Coupe de Belgique. Ils seront surtout champions trois fois de suite -une première.

La consécration n’est pas loin en Coupe d’Europe, mais les Blauw-Zwart échouent d’abord en finale de Coupe de l’UEFA en 1976, contre le Liverpool de Kevin Keegan. Puis en 1978, en C1 cette fois, face aux Reds de Kenny Dalglish, décidément les maîtres incontestés de la fin de la décennie 1970. Le Real Madrid, l’Atletico Madrid, Milan ou encore la Juve tombèrent pourtant face à l’armada belge. Le Club Brugge revint même des enfers en seizième de finale de la Coupe de l’UEFA. Battu 3-0 l’aller par Ipswich Town, ils l’emportèrent 4-0 au retour. Déroutant.

Roi chez les Belges, Happel se retrouve confronté à quelques turbulences quand il décide, en 1977, de s’engager avec la sélection Oranje. Le temps de quelques mois, il entraîne simultanément Bruges et les Pays-Bas, chose qui ne sera que très peu appréciée. D’autant que les Néerlandais croisent la route des Belges lors des qualifications pour la Coupe du Monde 1978.

Happel, tout sourire, va faire perdre le sourire aux dirigeants de Bruges en rejoignant simultanément la sélection Oranje.

Pourtant orphelins de Cruyff, marqué par la déception de 1974, les Pays-Bas éliminent leurs voisins, qui jamais ne verront le Mondial. La rupture est consommée. Timides au premier tour, les Hollandais atteignent la finale après deux victoires et un nul au second tour [en 1978, un second tour réunissait deux groupes de 4 équipes et les premiers des chaque poule se retrouvaient en finale, Ndlr].

Comme en 1974, les Pays-Bas seront défaits par le pays hôte, non sans avoir pratiqué un jeu léché. Battus par la RFA de Beckenbauer en 1974, ils s’inclinent cette fois face à l’Argentine, dont la victoire fait scandale. Quoique brillante, l’Albiceleste de Menotti, emmenée par Mario Kempes, voit son titre entaché par la dictature militaire qui sévit alors, et de sérieux soupçons de matchs truqués.

Dans le cadre de l’Opération Condor, l’Argentine et le Pérou conviennent ainsi d’une victoire par plus de quatre buts d’écarts. Le pays hôte, qui a besoin de l’emporter par au moins quatre buts d’écarts, l’emporte 6-0… Treize opposants au régime seront tués lors d’un de ces fameux “vols de la mort” [des exécutions sommaires lors lesquelles la victime était jetée depuis un avion ou un hélicoptère, Ndlr]. Scandalisés, Happel et ses joueurs refuseront d’assister à la cérémonie de clôture de la finale.

Les Argentins peuvent célébrer, ils viennent de remporter la Coupe du Monde 1978. Mais dans quelles circonstances…

Epopées hambourgeoises homériques : Happel sur le toit de l’Europe

La Coupe du Monde terminée, la confiance perdue et les résultats ne suivant plus, Happel quitte Bruges en décembre 1978. Après une courte parenthèse au KRC Harelbeke, il part deux ans au Standard, où il remporte une Coupe de Belgique et joue le titre tous les ans. Un certain Eric Gerets portait alors le brassard de capitaine. Nul doute que l’élève a retenu la leçon pour son après-carrière.

Celui qui avait rejoint Bruges sur conseil d’un ancien joueur va, une nouvelle fois, jouer de sa réputation en rejoignant Hambourg en 1981. Günter Netzer avait affronté Happel dans les années 70, quand il jouait au Borussia Mönchengladbach. Marqué et fasciné par l’opposition du Feyenoord, c’est spontanément que Netzer cite le nom d’Happel lors d’une réunion pour trouver le futur entraîneur.

Félix Magath, numéro 10 dans le dos et Ernst Happel à droite. Ces deux là vont rapidement s’entendre…

Cette histoire aurait pu ne jamais voir le jour lorsque la Fédération allemande, pour ne pas se retrouver dans la situation de Bruges, s’opposa à ce que le natif de Vienne prenne simultanément les rênes de la sélection autrichienne et de Hambourg.

Et puisque Happel ne faillit jamais à sa réputation, la légende raconte que lors du premier entraînement, il demanda à son attaquant Horst Hruesbech de placer une canette de coca sur la barre transversale. Happel posa son ballon aux vingt mètres, et toucha la canette. Il se retourna alors vers cet effectif de stars, ébahi, et exigea d’eux pareil exploit. Seul un certain Franz Beckcenbauer y parvint.

“Je suis un champion du football offensif. Avec des adversaires forts, vous ne pouvez pas jouer défensivement, vous devez prendre l’initiative. L’adversaire doit toujours être chassé tôt, ensemble”.

Ernst Happel quand on l’interrogea sur le style qu’il allait apporter avec lui.
Happel, ici à Hambourg, toujours dans sa tenue à trois bandes et lancé dans de grandes explications tactiques.

L’épopée hambourgeoise commence fort avec une quatrième place dès la saison 81-82. Mais c’est lors de l’exercice suivant que l’armada du Nord de l’Allemagne va tout écraser sur son passage. Du 30 janvier 1982 au 29 janvier 1983, l’équipe des Felix Magath, Kaltz et du buteur Hruesbech restera invaincue durant 36 matchs – la série prenant fin face au Werder Brême de Rudi Völler.

Sacré champion devant son rival à la différence de buts, Hambourg se lance dans une épopée homérique dont Happel a le secret. Avec, au cours de la campagne 82-83 de la Coupe des Champions, Felix Magath dans le rôle d’Achille, Hruesbech dans celui d’Ulysse et Happel en tant qu’Homère.

Hambourg se détache successivement du BFC Dynamo, des Grecs de l’Olympiakos et du Dynamo Kiev, avant de réaliser l’exploit au retour face à la Real Sociedad. En finale, Felix Magath, buteur, et les siens disposent de la Juve de Platini. Happel devient le premier entraîneur à gagner la Coupe des Champions dans deux clubs différents.

Ernst Happel est venu, il a vu et vaincu. Son passage à Hambourg aura marqué les esprits de toute une génération.

Mais quand on atteint les sommets et qu’on arrive en haut d’une colline, il faut s’attendre à devoir la descendre. Hambourg perd son duo d’attaquants et rate le titre de peu en 83-84. Cinquièmes en 1985 puis septièmes en 1986, éliminés par des amateurs en Coupe, l’impression ne fut pas trahie par les faits : Hambourg n’était plus.

Pour sa dernière saison au club, le compositeur de génie de Vienne termina toutefois sur une belle note avec une Coupe et une deuxième place. Happel quitte Hambourg en raison de problèmes de santé, à tel point qu’il refusa le Napoli de Maradona et préféra retourner dans son pays natal.

Revoir l’Autriche et mourir : “Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage”…

“Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, ou comme celui-là qui conquit la toison. Et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge ! “, écrivait Joachim du Bellay en revenant de la ville éternelle. Après un voyage long de plus de trois décennies, Ernst Happel, plein d’usage et raison, s’en est allé retrouver son pays natal, le reste de son âge.

Ce n’est pourtant pas à Vienne mais à Innsbruck qu’il pose ses bagages puisque l’Austria de Vienne, intéressée, ne pourra s’aligner financièrement. Quatre saisons au Swarovski Tirol, le temps de réaliser un doublé Coupe-Championnat, 20 ans après celui réalisé avec Rotterdam. Et de mettre fin, par la même occasion, à la domination viennoise avec un deuxième titre en 1990.

Plus en état d’assumer les entraînements quotidiens avec son cancer des poumons, il prend la sélection autrichienne pour ce qui sera, il le sait, sa dernière aventure. Quelques résultats décevants en vue de la Coupe du Monde 1994 viennent semer le doute mais surtout, son cancer gagne du terrain de jour en jour.

Happel se présente parfois en public dans des états qui en inquiètent plus d’un. Il décède en novembre 1992, quatre jours avant un Autriche-Allemagne qui se terminera sur un score nul et vierge, que l’intéressé n’aurait que très peu apprécié.

La légende se retire, laissant derrière elle des succès inestimables et des matchs d’anthologie.

Dix championnats remportés dans quatre pays différents, cinq coupes nationales, deux Coupes des Champions, une Coupe Intercontinentale et des finales perdues, dont une de Coupe du Monde… La liste est interminable. L’héritage, en matière de jeu, inestimable.

On se souviendra d’Happel comme d’un voyageur qui a narré le football, les villes et les peuples. Comme un amoureux du jeu, qui a rendu le meilleur hommage à ceux qui font ce sport, en leur proposant un spectacle de tous les instants. Depuis sa mort, le plus grand stade d’Autriche porte son nom, et des Rapid-Austria enflammés s’y jouent encore. Sûrement le plus bel hommage que pouvait lui rendre le football…


Episode 1 : Ricardo la Volpe, l’histoire d’un inconnu mentor des plus grands

Episode 2 : Gusztáv Sebes, “football socialiste” et Guerre Froide

Episode 3 : Jack Reynolds, l’architecte de l’Ajaxschool

Episode 4 : Vic Buckingham, figure paternelle de l’Ajax de Barcelone et du génie Cruyff

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