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Roberto Firmino, simply the best ?

S’il marque moins que Mohamed Salah et Sadio Mané, Roberto Firmino n’en est pas moins indispensable à Liverpool. Ses 3 buts et 7 passes décisives en 11 matchs cette saison le montrent bien. Mais les statistiques ne suffisent pas à rendre compte de l’apport du Brésilien à son équipe. Au point que sans affoler les compteurs, il s’est imposé comme l’un des meilleurs attaquants de la planète. Voire le meilleur de l’avis de certains.

Je manque de mots pour le décrire. C’est un joueur incroyable. Je l’ai dit avant, il est inestimable pour nous. C’est un joueur de classe mondiale“. Trent Alexander-Arnold est dithyrambique, et il y a de quoi. Nous sommes le 14 septembre, Liverpool reçoit Newcastle pour le compte de la cinquième journée de Premier League. Les Reds sont à la peine, Jürgen Klopp sort Roberto Firmino du banc dès la 37e minute. La suite ? Une masterclass du Brésilien. Dans tous les bons coups, il récupère le ballon dans les pieds de Christian Atsu avant de transpercer la défense adverse d’une passe laser pour permettre à Sadio Mané de donner l’avantage aux siens 2 minutes après son entrée. Poison constant pour les Magpies, il ajoutera en deuxième période une passe décisive pour Mo Salah, d’une merveille de talonnade, histoire de couronner une performance XXL. D’où les louanges de son coéquipier.

Un n°9 hors-catégorie

Celui qui est surnommé Bobby n’est pas un “simple” numéro 9 comme les autres. L’international auriverde est un attaquant créatif, audacieux, capable de sortir des coups de génie de son chapeau. Mais il ne reste pas en pointe, ce qui explique en partie qu’il ne soit pas une implacable machine à marquer. Auteur de 16 réalisations en 2018-2019, il avait inscrit 27 buts la saison précédente, son record. Pas de quoi donner le tournis si l’on compare avec Lewandowski, Agüero et consorts. Sauf que l’apport de Firmino est bien plus large que le seul fait de marquer. Doté d’une vista et d’une vision du jeu remarquables, il travaille pour son équipe et met véritablement de l’huile dans les rouages des Reds. Par ses appels, ses déviations, ses remises, ses déplacements, le Brésilien se révèle précieux pour Salah et Mané, qui profitent de son sens du collectif pour enfoncer le clou dans les défenses.

Firmino s’intègre à merveille dans le jeu des Reds, basé sur l’agressivité. Jürgen Klopp demande généralement à ses hommes de prendre ses adversaires à la gorge, d’imposer un pressing haut pour les contraindre à jouer vite, dans la précipitation, et ainsi les pousser à la faute. Rôle dans lequel Firmino excelle. Premier défenseur de l’équipe, le Brésilien multiplie les retours défensifs et impose une pression quasi-constante. Jamais avare d’efforts, il a bouclé la saison 2018-2019 avec une moyenne supérieure à 11 kilomètres parcourus par match. Il avait ainsi couvert 11,9 kilomètres contre Arsenal le 29 décembre 2018, match où il avait étalé toute sa classe avec un triplé. Le Brésilien avait alors offert une démonstration de samba à l’arrière-garde des Gunners, à l’image de son deuxième but. Deux crochets pour mystifier Sokratis et Mustafi, une frappe rasante du gauche pour crucifier Leno, et un second but en l’espace de deux minutes pour faire chavirer Anfield. 

Adepte du dépassement de fonction, le Brésilien sait tout faire. Il harcèle son vis-à-vis et se bat pour récupérer les ballons comme un milieu défensif, oriente et distribue comme un milieu offensif, marque et pèse sur les défenses comme un attaquant. Premier défenseur de l’équipe, Firmino conjugue dévouement sans faille et qualités techniques hors pair. Un n°9 qui a aussi des faux airs de n°10, qui fait jouer les autres, n’hésite pas à descendre au milieu de terrain pour déstabiliser la défense, créer du mouvement et des espaces dans lesquels Mané et Salah prennent un malin plaisir à s’engouffrer. Ajoutez à tout cela un brin de folie qui le conduit par exemple à marquer tout en détournant le regard – les fameux “no-look goals” – et vous obtenez un joueur à part.

En pointe de l’attaque et au cœur du jeu

Roberto Firmino participe activement au jeu de son équipe et à la construction des actions, ce qui explique qu’il touche énormément de ballons par rapport aux autres attaquants. Depuis le début de la saison, il tourne à une moyenne de 31,13 passes par match en Premier League. Bien plus que Harry Kane (17,13), Tammy Abraham (13,00), Sergio Agüero (17,50) ou Pierre-Emerick Aubameyang (22,88). La tendance ne date pas d’aujourd’hui. En 2018-2019, le Brésilien affichait 37,62 passes par match, déjà largement au-dessus de Kane (19,68), Agüero (23,36) et Aubameyang (19,22).

Omniprésent dans le jeu des Reds, Firmino participe aussi à l’effort défensif. Il réalise beaucoup plus de tacles que ses homologues, rivalisant même avec certains de ses coéquipiers pourtant positionnés plus bas sur le terrain. Sur l’ensemble de l’année 2018, seuls Andy Robertson (92) et James Milner (86) ont davantage réalisé de tacles que Firmino (75) parmi les joueurs de Liverpool. L’ancien joueur d’Hoffenheim était également le deuxième joueur du club en termes d’occasions créées et le troisième au nombre de duels remportés (230), derrière Virgil Van Dijk (304) et Sadio Mané (301). Indéboulonnable, au point d’être le joueur le plus utilisé par Jürgen Klopp depuis l’arrivée du technicien allemand sur les rives de la Mersey. Du haut de ses 197 apparitions, il devance en effet James Milner (179) et Gini Wijnaldum (151).

Jürgen Klopp ne manque jamais une occasion de mettre en valeur son attaquant, “un joueur incroyablement important” selon ses mots. Mais Firmino ne fait pas seulement l’unanimité à Melwood. Le mois dernier, l’attaquant de Watford Troy Deeney s’était exprimé en des termes particulièrement élogieux à son encontre au micro de Sky Sports : “Pour moi, il est certainement le meilleur n°9 du championnat. Si vous êtes manager, vous voulez quelqu’un comme lui. Avec ces deux-là [Mané et Salah] qui prennent la lumière tout le temps, on a tendance à diminuer son importance. Mais je pense que quand il n’est pas dans l’équipe, vous le voyez. Considérablement“. Il l’avait prouvé contre Newcastle, il l’a démontré une fois de plus le 2 octobre contre Salzbourg à Anfield, le jour de ses 28 ans. 

Le Monsieur Plus des Reds avait alors été impliqué dans trois des quatre buts des siens. Deux passes décisives – un décalage pour Mané lors de l’ouverture du score du Sénégalais et un délice de déviation de la tête pour Salah – ainsi qu’une tête repoussée par le gardien adverse dans les pieds de l’Egyptien. Manchester United est prévenu : le véritable diable rouge portera peut-être un maillot frappé du Liverbird dimanche à Old Trafford.

Quentin Ballue

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