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Rétro’ EP3 : 26 mai 1993, les petites histoires de la soirée munichoise

Du 26 mai 1993, les Marseillais se souviennent de la tête de Boli, d’un bruit sourd après le but, des drapeaux flottant dans le ciel de Munich, de la fête sur le Vieux Port. De ce jour-là, l’Europe se souvient d’un succès arraché face au grand Milan de Capello, et avant lui de Sacchi. Mais qui se souvient des petits secrets de cette soirée munichoise ? Soirées arrosées, anecdotes de match, d’avant match, de vestiaire, qui font rire ou pleurer : retour sur une nuit qui est rentrée dans l’histoire.


Du 25 mai 1720 au 26 mai 1993 : du dernier soupir à la gloire

Le 25 mai 1720, le navire Grand-Saint-Antoine débarque dans le Port de Marseille, après un voyage dans le soleil du Levant dont il est reparti en janvier. Mais il s’agit là de son dernier voyage, du voyage fatidique, puisqu’après avoir perdu neuf de ses membres subitement, il fait escale dans la cité phocéenne.

Marseille, ville alors modèle dans toute l’Europe en matière de lutte contre la peste, met en quarantaine le navire sur l’île de Pomègues. Mais pour le capitaine Chataud, comme pour ses échevins, c’est un drame commercial qui se joue (il y avait l’équivalent de 75 millions d’euros de marchandises dans le navire). Les autorités publiques et les possédants font le choix du risque plutôt que de la santé et le 3 juin, la quarantaine se termine prématurément.

La peste se propage dans les quartiers déshérités, pauvres, où les gens vivent les uns sur les autres, mais aussi où les émeutes ont lieu. Et c’est bientôt toute la Provence qui sera touchée.

On se souviendra donc qu’à Marseille, le 25 mai 1720, “la mort est venue de la mer” – pour reprendre les mots de Patrick Mouton – et a tué le petit peuple qui en vivait justement. Mais qu’un 26 mai 1993, le peuple phocéen a connu son jour de gloire, une gloire pour l’éternité.

Avant d’arriver à son jour de gloire, un héros doit cependant patienter. En attendant donc l’apogée du 26 mai, le jeudi 20 mai 1993, les Marseillais se rassurent avant Milan en l’emportant 1-0 face à Valenciennes, sur un but de l’inévitable Alen Boksic, pour ce qui deviendra l’affaire OM-VA.

Le samedi 22 mai, les Marseillais quittent la ville phocéenne pour l’Allemagne. Dans l’avion, le départ se fait en musique et Eric Di Meco, jamais avare de blagues en tout genre, manque de peu de mettre le feu au journal que lisait Basile Boli. La bagarre est toute proche d’éclater mais les amoureux de cette équipe le savent : c’est la façon pour ces deux-là de se dire je t’aime.

Avant de prendre l’avion, les Olympiens n’oublient pas de passer par Notre-Dame de la Garde pour y déposer un cierge. Di Meco s’abstient : “Je l’avais fait deux ans avant à Bari et cela n’avait servi à rien“. Quelques jours plus tard, la Bonne Mère, même loin de la Bavière, veilla sur les héros marseillais comme elle le fait chaque soir sur sa cité par son regard et son habillage romano-byzantin.

Entre les exploits de Barthez, les ratés improbables des attaquants milanais ou encore le but juste avant la mi-temps sur un corner qui n’avait pas lieu d’être, on peut aisément dire que la Bonne Mère a joué son rôle dans cette finale. Quelque chose dépassait la raison ce soir-là. Assurément…

OM 1993 - Deschamps Notre-Dame de la Garde
Didier Deschamps, ici à l’image, dépose un cierge à la Bonne Mère avant de s’envoler en direction de Munich.

Sur les conseils de Rüdi Voller, qui avait indiqué cette adresse aux dirigeants car il avait l’habitude d’y prendre ses quartiers en sélection, les Marseillais se mettent au vert à 70 kilomètres de Munich. “C’était un terrain de village entouré d’une simple main courante : un type débarquant là-bas n’aurait jamais su qu’on allait disputer une finale de Coupe d’Europe deux jours après“, se souvient Jean-Christophe Thomas.

Bunkerisés à Bari, pour le résultat que l’on connaît, Tapie et les siens ont retenu les leçons de 1991. Le lieu est, certes, à plus d’une heure du stade en car, mais au grand air et dans une ambiance décontractée. Il ne s’agissait pas d’une équipe qui allait jouer un finale de Coupe d’Europe, mais d’un groupe de copains qui louait un gîte et s’amusait.

Une atmosphère qui n’était pas sans rappeler la préparation des Danois à l’Euro 92 et de l’Allemagne à la Coupe du Monde 1990. La Mannschaft fut championne du monde, les Danois champions d’Europe. La route était toute tracée…

Soccer: OM Players After Victory On Milan A.C. On May 27th, 1993. : Photo d'actualité
Rüdi Voller, ici soulevant la Ligue des Champions, lui qui a conseillé, la résidence au grand air dans laquelle les olympiens se sont mis au vert. Une décision décisive…

Mise au vert durant laquelle un certain Chris Waddle est venu décontracter ses partenaires sur demande de Tapie, ce qui fut l’occasion de retrouver l’inséparable duo Boli-Waddle, Papin ayant quitté le navire lui aussi. Bernard Tapie justement, toujours électrique à l’approche du Jour J, participe aux séances d’entraînements et apparaît au moins aussi excité que ses joueurs.

Par précaution, les repas servis aux Marseillais lors de leur séjour près de Munich avaient été préparés par le cuisinier du Maracana, restaurant du Vélodrome. Deux tonnes de nourritures emmenées. Toutes les conditions matérielles et les précautions du monde avaient été prises pour jouer “décontracté et concentré” comme aimait alors le dire Tapie…

Les derniers préparatifs avant le Jour J…

25 mai 1993, 3 heures du matin. Hôtel marseillais, veille de finale de Ligue des Champions. Tout le monde dort, ou presque. Jean-Pierre Bernès fait un dernier tour dans les couloirs, comme un parent qui s’assurerait que la prunelle de ses yeux dort paisiblement, ou pour s’en aller surveiller, tel un professeur lors d’une sortie scolaire.

Il voit de la lumière, c’est la chambre de Fabien Barthez. Il entre et trouve Fabulous Fab, avachi sur son lit, à regarder la télévision. Bernès hallucine et, après un court échange, repart tout doucement de la chambre du gardien, puis regagne la sienne.

Barthez n’avait qu’une seule chose à penser en se réveillant : emmener ses gants de gardien pour jouer ce qui devrait être un des plus grands matchs de sa vie. Mais alors que l’équipe se dirige vers Munich en bus, il se rend compte de les avoir oubliés. Gants qu’il oubliera à nouveau dans le rond central lors de la présentation des équipes.

Ce qui ne l’empêchera pas de dormir profondément tout au long du voyage le menant vers le stade. Tapie s’assoit à côté de lui et pense : “le mec doit jouer une finale de Coupe d’Europe et il est en train de dormir, ça n’est pas possible“.

Soccer - Champions Cup Final - Marseille vs AC Milan : Photo d'actualité
Fabien Barthez, ici au milieu de ses coéquipiers, avec la plus belle de toutes les Coupes et ses fameux gants. Avant d’en arriver là, le jeune gardien a enchaîné les bourdes avant le match et les exploits pendant. C’était finalement ça le plus important…

En ce 26 mai au matin, l’effervescence est indescriptible dans la résidence olympienne qui ressemble à une vraie fourmilière. Du cuisinier à l’intendant, en passant par le staff ou Bernard Tapie, tout le monde est sur le qui-vive. Tout le monde, peut-être, sauf les joueurs, toujours aussi décontractés et avec le bon mot pour chambrer.

D’ailleurs, des journalistes ont même été dépêchés dans la résidence olympienne. Certains, dont Roger Zabel, ont même été accueillis, en ce jour de finale, avec des seaux d’eau sur la tête et non sans chambrer, pour une équipe qui était coutumière du fait.

Dans l’Hexagone, la pression mise par les médias et l’espoir sont de mises. TF1 installe un dispositif exceptionnel tout au long de la journée du 26 mai avec des flashs spéciaux et des correspondants à Munich, qui coupent les sacro-saintes émissions de la chaîne en pleine diffusion.

Emission du Club Dorothée le 26 mai 1993. Toute la chaîne était aux couleurs de l’OM en ce jour de finale.

Jean-Pierre Pernault et son homologue PPDA arborent fièrement des écharpes de l’OM dans leurs journaux respectifs comme tous les animateurs de la chaîne.

Christophe Dechavanne anime même une émission spéciale depuis le stade olympique de Munich ! TF1 a aussi la grande idée d’inviter, pour ce qui doit être le jour de gloire de la ville de Marseille, le supporter du PSG Enrico Macias, qui, sans surprise, se souviendra de son accueil houleux.

Munich, nous voilà ! Milan nous revoilà !

C’est tout Marseille qui veut se rendre à Munich et faire tomber le grand Milan, pour la deuxième fois, après le quart de finale de 1991. Les billets s’arrachent, pour le stade comme pour le train ou l’avion.

Cinq trains spéciaux ont été affrétés par la SNCF pour se rendre à Munich tandis qu’on enregistre pas moins de 120 mouvements d’avions supplémentaires à Marignane le 26 mai, dans une ambiance volcanique. Tout Marseille est à Munich… ou presque. Les plus malheureux se consoleront avec l’espoir d’une fête sans lendemain sur le Port et dans les quartiers de la ville.

Deux cars de supporters ont aussi pris le départ de Gênes et Turin en direction de Munich pour… supporter l’OM.

Tous à Munich ! Ou presque… Les Marseillais, ici au départ de la gare Saint Charles, sont montés en nombre et une grande partie du stade olympique de Munich sera bleu et blanc.

Pourtant, peu donnent cher de la peau de l’OM. France Football avait sondé les 34 clubs engagés en C1 cette saison-là : 23 donnaient le Milan gagnant, seulement 6 l’OM et 5 préféraient s’abstenir. Thierry Roland, commentateur du match, lui, ne s’abstient pas et laisse une note dans le bureau du Président Tapie : “OM 1-0 Milan AC“. Le buteur ? : “ah ! faut pas exagérer quand même“, lancera-t-il après le match, non sans une émotion qui lui était si propre.

500 policiers en uniforme et en civil étaient mobilisés pour assurer la sécurité autour de la rencontre – à peine la moitié d’un effectif requis pour les PSG-OM du début des années 2000, c’est dire… Tout est donc réuni pour une belle fête.

L’avant-match se déroule dans une ambiance, chaleureuse et fraternelle. La chanson des Gipsy Kings Volare, diffusée en avant-match, a par exemple soulevé la clameur de tout le stade olympique de Munich. Milanais et Marseillais ont déposé les armes le temps d’un refrain, reprenant en chœur le fameux air d’une chanson qui a tout d’une mélodie de chant de stade.

Une fête qui aurait pu être grandiose à Milan puisqu’en cas de victoire, les Rossoneri devaient recevoir 360 000 euros chacun. Une somme qu’ils ne toucheront jamais puisque les Phocéens, dont le secret de la prime reste bien gardé, ont mis fin à leur domination sans partage en Europe.

Les espions de Tapie, la prophétie d’Abedi : les coulisses du succès marseillais

Tapie le sait : pour choisir qui jouera et comment l’OM jouera, il lui faudra des arguments face au sorcier belge Raymond Goethals. Pour ce faire, il contacte avant le match Guy Roux, Wenger ou encore Courbis. Rien n’y fait. “Là où Raymond était fort c’est qu’il arrivait à composer l’équipe tout en faisant croire à Tapie que c’est lui qui l’a faisait“, raconte Di Meco.

Le Président de l’OM propose même Ivic comme espion de luxe, mais Goethlas se refuse à être conseillé par son prédécesseur, malgré que celui-ci ait observé pas moins de quatre matchs.

Pourtant, Bernard Tapie l’avait promis : les joueurs alignés à Valenciennes trois jours plus tôt seront ceux qui commenceront à Munich. Basile Boli, pas sur le terrain ce soir-là, s’inquiète. Mais heureusement pour le futur héros de Munich, le boss le rejoint dans sa chambre, alors qu’il boudait, et lui assure qu’il jouera.

Au départ de la cité phocéenne, on ne comptait donc qu’un groupe de 16 joueurs, laissant de côté Amoros, Olmeta et Drobovolski. Le gardien s’est pourtant rendu à Munich dans l’avion des femmes des joueurs en compagnie du génie Dragan Stojkovic, blessé. Comme Bernard Pardo deux ans plus tôt à Bari.

Pascal Olmeta a pu observer, depuis le banc des remplaçants, les exploits de Fabien Bathez face à Van Basten, Papin & cie du haut de ses 21 printemps. Sans aucun doute, avec n’importe quel autre gardien, le Milan aurait mené d’une large avance à la mi-temps. Mais ce soir-là, il y avait Fabien Barthez et une équipe prête à se sacrifier sur chacun des tirs milanesi.

Porté en triomphe, Bernard Tapie peut savourer. Ses manœuvres pour la composition d’équipe, Tapie en est persuadé, ont joué dans la victoire finale.

Côté milanais, Ruud Gullit s’est affiché très énervé auprès du staff et en particulier de Berlusconi, quand il a vu son nom en dehors de la feuille de match. Berlusconi expliquera après la rencontre à TF1 qu’il n’était pas au maximum de ses capacités physiques.

On aurait pu dans ces conditions espérer Gullit sur le banc, a minima, et Papin pour accompagner Van Basten, mais il n’en fut rien. Autant de choix de Capello qui ont fait parler après la rencontre. JPP qui, d’ailleurs, avait changé de numéro de téléphone dix jours avant la finale, officiellement pour s’éviter les questions des journalistes français. Mais officieusement pour s’éviter tout contact avec ses anciens partenaires, dont il n’avait que très peu goûté les déclarations d’avant-match.

Dans le tunnel, les Marseillais font du classique : les plus grands et les plus impressionnants devant et au contact pour impressionner une équipe de Milan qui culminait bien au-dessus de la moyenne des équipes en Europe. Raison pour laquelle Abedi Pelé glissera à Basile Boli “Eh Base, pas la peine d’aller au second poteau, tu as vu comme ils sont grands ! Fais semblant d’aller au second et va au premier !

Peu avant la mi-temps, la prophétie d’Abedi Pelé se réalise : Boli s’élève dans les airs et catapulte le ballon au fond des filets. En tribunes, les trois quarts de virage bleu et blanc sont en fusion. Et alors que son ami est parti leur chercher deux hot-dogs, Chris Waddle ne voit pas le but puisque tout le stade se lève comme un seul homme. Son ami finira avec les deux hot-dogs et la moutarde sur les vêtements, mais qu’importe. L’OM a marqué et vient de faire le plus dur.

Boli aux percussions, Deschamps et Sauzée au micro : “Et but ! But pour l’Olympique de Marseille ! ”

Le Milan de Capello ne trouvera jamais l’ouverture face au pressing haut des Marseillais, la qualité du bloc dans le piège du hors-jeu et sa solidarité sans faille, les exploits à répétition de Barthez, le travail à la récupération du duo Deschamps-Sauzée. Mais aussi les percées en solitaire d’Abedi Pelé qui ont usé les organismes. Sans compter le duo de renards des surfaces Völler-Boksic, qui a laissé planer une épée de Damoclès sur la défense milanaise durant toute la partie.

Après avoir répondu aux questions de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, Sivlio Berlusconi reconnaît la victoire marseillaise avec fair-play. L’homme d’affaires termine son tour en se rendant dans le vestiaire adverse pour féliciter les vainqueurs.

Au même moment, Michel Platini, en zone d’interview auprès de Larqué et Roland, saluait la performance des Marseillais et espérait désormais voir les Bleus sur le toit du monde à leur tour. L’ancien numéro 10 avait aussi enjoint le capitaine Didier Deschamps, en cas de victoire, à prendre tout son temps pour monter sur l’estrade qui le menait à la Coupe aux grandes oreilles.

Le leader, qu’il était déjà, a retenu la leçon et l’a appliquée à la lettre, invitant les siens à ne pas se bousculer sur le podium. Sorti sur blessure peu après l’heure de jeu, Jocelyn Angloma parvenait quant à lui à rejoindre ses coéquipiers et soulever la Coupe, faisant presque oublier sa fracture du tibia.

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Marcel Desailly et Alen Boksic n’attendent plus qu’une chose : quitter le stade ! En attendant ils célèbrent la victoire avec la fameuse tradition qui consiste à boire le champagne dans la Coupe.

Après avoir soulevé le trophée et pris quelques clichés, les Phocéens n’avaient qu’une hâte, fêter leur victoire. Mais ils ont pourtant dû se résoudre à patienter pour quitter le stade, Eric Di Meco ayant mis du temps à satisfaire le contrôle anti-dopage.

Si la délégation marseillaise n’avant pas caché son stock important de bières, le champagne pour boire dans la Coupe avait, lui, bien été dissimulé.

Fort heureusement, ils ont pu se rattraper ensuite puisque ce n’est qu’à 4 heures du matin que les joueurs ont fini par se coucher, au terme d’une soirée d’anthologie dans la boîte de nuit de leur hôtel. Boli aux percussions, Deschamps et Sauzée au micro, Desailly pour chambrer. Voilà pour l’orchestre improvisé du soir.

Pourtant, le lendemain, dès 10 heures, les Olympiens étaient au décrassage. Trois jours plus tard, ils écraseront leur concurrent parisien. Si le réveil fut difficile, c’est là le symbole d’une équipe qui s’amusait la semaine aux entraînements et renversait tout sur son passage le week-end, mais aussi d’une époque.

French Soccer Player Basile Boli : Photo d'actualité
Basile Boli, sous la bâche “Fier d’être marseillais” devant le trois quart de virage marseillais, dans ses œuvres d’ambianceur de vestiaire, peut savourer : ils l’ont fait !

Après la nuit arrosée du 26 mai, la chanson We are the Champions de Queen est rapidement devenue l’hymne du succès marseillais. Freddie Mercury était devenu le parolier officiel de l’OM, si bien qu’il fut rapidement impossible d’en trouver un exemplaire sur Marseille et sa région. I will survive fut le We are the Champions de France 98.

Dans l’euphorie, personne n’a pourtant oublié le plus important : la Coupe ! Pour ne pas faire de jaloux entre les joueurs et le staff, c’est finalement Louis Vasalucci, le secrétaire général du club, qui a eu le privilège de passer la première nuit avec Madame Coupe aux grandes oreilles.

A quelques centaines de kilomètres du tumulte de Munich et de Marseille, Elton John, en concert à Bercy, a interrompu son show pour donner le résultat et jouer la Marseillaise au piano. Les chaînes d’informations étrangères ont même interrompu leur programmation pour saluer l’exploit, et toute l’Europe a parlé marseillais le temps d’une soirée, selon la légende urbaine.

On ne compte plus les témoignages de Marseillais qui n’ont pas pu se rendre au travail le lendemain, ont sauté dans le Port, sans parfois pouvoir en sortir sans l’aide de passants, ou bien ont dormi sur place, faute de pouvoir rentrer chez eux. La légende veut même que des personnalités politiques aient sauté à leur tour dans le Vieux Port.

OM 1993 - Les Marseillais célèbrent la victoire sur le Vieux-Port
C’était le 26 mai, sur le Vieux Port. “Ensemble on l’a gagnée” dit la chanson. Une nuit de joie, d’ivresse, de bonheur.

Le 27 mai, dans le bus en direction de l’aéroport de Munich, les joueurs ont le droit à une petite séance de maquillage, d’après une idée de la femme de Jean-Christophe Thomas, remplaçant ce soir-là. C’est ainsi que Basile Boli s’est vu dessiner la Coupe d’Europe et chacun des joueurs son numéro ainsi qu’un symbole associé sur la nuque.

Le jeudi 27 mai au soir, dans une attente interminable, pour le retour des héros à Marseille, un public de plus de 30 000 personnes a pu revoir la finale dans son intégralité sur écran géant. En parallèle, les héros accusaient plus de trois heures de retard en raison de la Super Caravelle affrétée par Air Provence.

OM 1993 - La Coupe sur le Vieux-Port
Les Olympiens savourent sur le Vieux Port. A noter qu’Abedi Pelé et Eydelie arborent une casquette du Commando Ultra, groupe qui marqua la soirée notamment par la petite camionnette Ultras.

Le retour, quoique harassant et long, fut toutefois triomphal, pour un homme notamment : Eric Di Meco. L’ancien minot lâchera au micro devant un Vélodrome comble : “J’étais comme vous au départ, j’ai gagné la Coupe, mais croyez-moi, je ne vais pas changer“.

Très ému, au bord des larmes et exténué, il frôlera le malaise lors du tour d’honneur après avoir lâché le micro. Tour d’honneur durant lequel les joueurs ont tenté, en vain, de porter Bernard Tapie, lequel se débattra tellement qu’il en cassera sa montre.

Qu’importe, Tapie a réussi, et il est ému comme jamais. Boli ne pleure plus, Tapie si ! D’après sa femme, il n’avait jamais pleuré en 25 ans de vie commune. Il aura fallu que l’OM remporte la Ligue des Champions…

Au-delà de la partie maîtrisée et difficile, vue et revue, le succès marseillais a reposé sur de petites histoires, des anecdotes qui font sa gloire. Autant de secrets dont il est bon de se souvenir, pour se rappeler que le jour de gloire se construit sur des détails et une aventure humaine unique.

Un 25 mai, Marseille a connu le point de départ d’un drame encore vivace dans les mémoires. Un 26 mai, son jour de gloire. L’un est une bonne raison pour la solidarité, l’autre pour un sentiment de fierté.


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