Football - Tottenham Hotspur v Manchester United - Premier League 95/96 - White Hart Lane - 1/1/96 Eric Cantona of Manchester United Mandatory Credit: Action Images
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Rétro’ EP1 : Le jour où… Cantona a jeté son maillot

C’était un 28 Janvier 1989, lors d’un match amical. Depuis avril 1986, l’OM est désormais dirigé par un homme d’affaires qui sera le grand artisan d’une période de succès historique : Bernard Tapie. L’ère Tapie, ouverte il y a presque trois ans, a déjà vu beaucoup de choses se passer. Notamment une défaite en finale de Coupe de France face à Bordeaux sur un but de Giresse qui, tiens donc, rejoindra l’OM la saison d’après. Comme pour annoncer le ton de la présidence Tapie : aller chercher les meilleurs joueurs à ses adversaires directs. Jean-Michel Aulas, aussi en avance sur le football français soit-il, n’a donc rien inventé…


Emmené par un Papin qui ne cesse de progresser et d’empiler les buts, mais aussi les Huard, Di Méco, Sauzée, Förster, Vercruysse, Germain et Allofs, l’OM 1988-89 vise le titre en championnat et la victoire en Coupe. Gérard Gilli a repris l’équipe en août et parmi ces stars, se trouve celui qui doit devenir LA star du foot français : Eric Cantona. Formé à l’école Guy Roux dans un club où naissent les meilleurs jeunes joueurs de l’Hexagone, l’AJ Auxerre, il n’en finit plus d’étonner par ses facilités et son franc parler.

En ce début d’année 1989, l’OM semble lancé vers le titre de champion. Un match amical de bienfaisance est prévu à la fin janvier. Les stars de l’OM sont en tournée, à Sedan ce soir-là, pour la bonne cause. Voilà le pitch. Un match a priori anodin, devant seulement 8 000 spectateurs au stade d’Emile Albeau à Sedan. Rien ne présageait donc une scène qui, pour le moins, a marqué l’histoire du foot français, et un match aux coulisses historiques ô combien ignorées par le grand public…

La grande promesse du football français à l’OM : le mariage parfait ?

L’OM et Canto , Canto et l’OM. Dans un sens ou dans l’autre. Papin et Cantona, Cantona et Papin. Dans un sens ou dans l’autre. On peut le prendre comme on le veut, comme on le souhaite, après tout peu importe. Sur le papier, le mariage était parfait. L’OM et Cantona, et par extension Cantona et Papin , c’est ce couple dont on se dit dès les premières secondes que c’est une évidence. Les principaux intéressés ne le savent pas, mais leur entourage le leur répète, ils sont faits l’un pour l’autre. Mais c’est aussi le couple pour qui on dira : “ah non pas eux, c’est pas possible, tout le monde mais pas eux”. Et si. L’OM et Cantona, c’est Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Je t’aime, moi non plus. Je vais et je viens, mais à la fin je pars.

Les premières lignes à peines lues, on sait déjà que ces deux-là finiront ensemble à la fin. Mais comme dans tout bon livre, on y apprend que les évidences, c’est ce qu’on oublie le plus vite. L’évidence cesse d’être au fil des pages et vient le temps des malentendus, de ces heures qui tuaient parfois à coups de pourquoi comme chantait Brel. Pourtant, l’histoire était belle. Né à Marseille en 1966, Cantona rejoint la pépinière de l’AJ Auxerre. Personne ne lui en voudra tant l’écart est abyssal entre les deux centres de formation.

Celui qui a joué plus de 200 matchs et inscrivit des centaines de buts pour le club de son quartier, les Caillols, du nom des frères qui achetèrent une propriété au pied de la colline de Saint-Julien dans ce qui deviendra un symbole de la cassure entre les deux Marseille, fait ses débuts à Auxerre dans les années 80.

Et puis le voilà prêté en terres martégales, terre des attaquants olympiens décidément et “Venise provençale” pour qui veut s’enthousiasmer et s’enamourer de la région. Ça tombe bien, le grand Eric en avait besoin. Martigues, ça n’est pas encore Marseille certes, mais c’est déjà ça. Son accent, qu’il n’a pas perdu en Bourgogne, ne le trahit pas : la Provence, on y goûte une fois, après on y pose bagage. Et quand on y a grandi, qu’on y est né, ou qu’on y a multiplié les allers-retours étant jeune, ça n’est plus une découverte de laquelle on ne se détache pas. C’est un destin.

J’avais besoin de me convaincre que cela existait. De me convaincre que Marseille est un destin. Le mien. Celui de tous ceux qui y habitent et n’en partent plus“, écrivait le grandissime Jean-Claude Izzo dans le très Massilia Sound Sytem Chourmo. Le “King” avait besoin de savoir. Savoir que Marseille et la Provence, c’était son destin. A vrai dire, il le savait. Il est de ces choses que l’on sait évidente mais que l’on questionne toute une existence jusqu’à ce qu’elles arrivent enfin. Marseille en était une pour Cantona. Il reviendra à Marseille, il le sait.

D’ici là, un contrat pro après un match face à l’OL lors de son retour à Auxerre, un but libérateur en septembre face à l’ASSE, et le voilà lancé. 17 buts toutes compétitions confondues dont 13 en championnat qui lui ouvrent la porte de l’Equipe de France Espoir. Décisif face à la Hongrie, puis l’URSS dans la foulée, il emmène aussi les siens en quart de finale de l’Euro Espoir, avec notamment un grand match face à la Norvège. Puis l’Equipe de France A. Enfin. Henri Michel l’appelle au début de la saison 87-88. Canto est aligné aux côtés d’un certain JPP et inscrit un but.

Ce dont rêve Cantona, Papin l’a déjà. Papin est à l’OM pour sa seconde saison après une première mitigée et 13 buts, quelques noms d’oiseaux, une Coupe du Monde 1986 en dents de scie. Une seconde saison à 19 buts, le voilà lancé pour finir meilleur buteur du championnat avec 22 unités. Il ne quittera plus son trône de si tôt. On y est. Ce duo Cantona – Papin, on le tient. La promesse de riches et belles années.

Définitivement lancé, le minot des Caillols n’en perd pas pour autant un goût certain pour les montagnes russes. Défaits 3 à 0 avec l’AJA par le Panathinaïkos à l’aller du Premier Tour de la Coupe de l’UEFA 1987-1988, il promet une victoire au retour pour redorer le blason du club. Victoire 3 à 2 des Bourguignons et évidemment, Cantona marque la rencontre de son empreinte, y allant entre autres de son but. Mission accomplie. Et puis évidemment, parce qu’il est comme ça et que dans le fond, on l’aime pour ça, Canto finit son passage auxerrois sur ce qui fait le reste de sa réputation : un tacle assassin sur Michel Der Zakarian en Coupe de France. Comme si le King savait l’entraîneur absolument pas à son goût qu’il deviendrait…

Si la légende veut que Tapie se soit rendu chez Cantona alors que celui-ci s’adonnait à la peinture pour lui lancer un “Tu es né où Eric ? A Marseille ? Alors tu sais où tu va jouer“, le principal intéressé raconte : “Non, c’est moi qui me suis dit je suis Marseillais, j’ai envie d’aller à Marseille. J’ai pas eu besoin qu’on me le dise. Je suis Marseillais et je le sais“. Qu’importe, la grande promesse du football français, dont l’association avec JPP fait frissonner d’avance, rejoint l’OM à l’été 88 pour 22 millions de francs, somme record à l’époque, alors que Monaco et surtout le Matra Racing lui faisaient les yeux doux.

Les débuts s’avèrent difficiles.Je commençais à douter de moi” expliquera Cantona a posteriori. Mais Canto le promet, il va travailler “comme un forcené”. Et c’est ce qu’il fait plutôt bien à la trêve 88-89, jusqu’à ce match à Sedan…

Un match pour l’histoire, une scène historique : quand un match de bienfaisance prend des formes géo-politiques

Derrière la scène d’un Cantona jetant son maillot, il y a un match pour l’histoire. Et sans cette scène, c’est de cette cause que l’on aurait parlé. Ce match, ce qu’on oublie trop souvent, était avant tout un match de bienfaisance en faveur des sinistrés d’Arménie, entre l’OM et le Torpédou Moscou -URSS- (ce qui a son importance !).

Le 7 décembre 1988, en effet, à 11h41 heure locale un séisme de 6,9 sur l’échelle de Richter cause une faille qui s’étend sur plus de 20 kilomètres en seulement 8 secondes. Bilan : entre 25 000 et 30 000 morts, plus de 15 000 blessés, et des dégâts matériels mettant plus de 500 000 personnes à la rue. Alors que le génocide arménien est encore dans toutes les têtes et peine encore à être reconnu comme tel, la diaspora arménienne se mobilise et mobilise puisque l’aide des organisations humanitaires et des Etats de toute la planète afflue.

Le séisme de 1988 a ravagé tout un pays. Les dégâts ne se comptent plus.

Outre le tremblement de terre en mémoire duquel est organisé ce match de bienfaisance, cette date du 28 Janvier 1989 a toute son importance puisque l’OM affronte le Torpédou Moscou, équipe de l’URSS. L’URSS est alors toujours au centre d’une Guerre Froide qu’elle semble avoir perdue tant elle est sur le déclin. Face à sa déliquescence et son déclin certain, l’Union soviétique fait machine arrière sur bon nombres de choses, tant dans ses relations avec les autres Etats (à l’image des nombreux accords de désarmement ou de paix signés, notamment avec les Etats-Unis) et son modèle politique – un retour à la propriété privée et au pluralisme politique sont engagés, la critique du pouvoir de plus en plus tolérée.

Ce match poursuit donc l’objectif de redorer l’image de la communauté internationale face à la communauté arménienne, après avoir longtemps minimisé le drame national que fut le génocide arménien, mais aussi pour l’URSS de redorer la sienne vis-à-vis de l’ensemble de la communauté internationale .

Cette date et ce match correspondent donc non seulement à la commémoration des sinistrés arméniens mais aussi aux dernières heures de l’URSS. La même année, en novembre, le mur de Berlin chute avant qu’en 1991 l’URSS ne se disloque. Outre ce poids historique, la période voit l’émergence d’une tendance à la prolifération de matchs de bienfaisance, nouvelle forme de charité par le football, sport populaire si il en est un.

Les faits : les sifflets pour Canto, le pétage de plomb d’un joyau

En tournée en France à l’été 88 pour son film Homeboy, qui raconte l’histoire d’un cow-boy passionné de boxe qui devra faire le choix entre l’amour et l’amitié et dont on ne sait si il remontera sur un ring suite à des dommages cérébraux, Mickey Rourke dégaine comme lui seul sait le faire : “celui qui s’occupe des Oscars à Hollywood est un sac à merde”. L’épisode peut paraître anodin tant l’acteur est coutumier du fait, mais cela présume de sa carrière de boxeur de 91 à 95 qui lui coûtera nombre d’opérations comme Johnny Walker, rôle principal de Homeboy qu’il incarna.

Plus significativement, en 1999 sort en France un film intitulé “Les enfants du Marais”, qui met en scène l’histoire de deux amis après la Première Guerre mondiale qui, insatisfaits sentimentalement, trouvent leur jouissance dans des petits boulots et dans la liberté que leur offre leur petit coin de paradis : le Marais. Bien qu’il n’ait pas le rôle principal, un certain Eric Cantona joue Joseph, dit Jo Sardi, un boxeur dont on ne sait s’il pourra combattre…

Acteurs, grandes gueules à souhait, le verbe aiguisé, la moindre virgule qui vous balafre, des formules dont seuls les principaux intéressés ont le secret, philosophes quand la lumière se fait basse, pitre la seconde d’après, élégants ou virulents selon l’humeur, subversifs, symboles du do it yourself , de l’urgence, de l’improvisation homérique et géniale, brillants dans leurs domaines respectifs, la boxe comme passion, les joies de la grandeur et les bas fonds de la décadence : décidément, ces deux- là se sont bien trouvés, se dit-on.

Cantona à gauche, Mickey Rourke à droite. Le regard est complice, l’amitié et l’admiration respective évidente. Ces deux là se sont connus un soir de la décennie 1980…

Alors qu’il enchaîne les bonnes performances en Equipe de France, notamment lors d’un match face à l’Espagne en mars 1988, qu’il signe à l’OM à l’été 88 et qu’il vient d’inscrire un but face à Strasbourg la veille, Cantona n’est pas sélectionné par Henri Michel face à la Tchécoslovaquie. La suite ne vous étonnera pas. Ami avec Mikey Rourke qui donc fait la promotion de son film durant l’été, Cantona, déçu, déclare dans ce qui fait partie désormais des grandes pages du foot français : “Je lisais un truc de Mikey Rourke, parce que c’est un gars que j’adore, qui disait que celui qui s’occupait des Oscars à Hollywood là, était un sac à merde. Je pense qu’Henri Michel n’en est pas loin”.

Avant de poursuivre : “Moi je ne conseillerai jamais à un jeune de faire ou de vivre ce que j’ai vécu. C’est dur et j’ai souffert. J’y ai laissé des plumes. […] Je conseillerai ça à personne parce que je pense que si j’avais pas vécu cette vie, j’aurais fait mieux même si quelque part ça m’a motivé. On ne saura jamais si Cantona aurait fait mieux ou s’il aurait fait pire, mais une chose est sûre : ses débuts sont difficiles à l’OM et dans tout les stades de France, celui qui deviendra idole de Manchester est sifflé et conspué.

L’image est entrée dans la légende : Cantona insulte Henri Michel de “sac à merde”.

Alors qu’on croit ce soir-là que Cantona connaîtra un peu de répit, il n’en est rien. Le contexte : un match amical, sans enjeu, pour la bonne cause, à Sedan et devant seulement 8000 supporters, qui plus est face à une équipe étrangère qui ne donne donc aucune raison aux spectateurs de se prendre d’affection pour les adversaires de Cantona et des siens.

Une fois de plus cependant, Cantona est conspué, insulté, sifflé et peut-être encore plus virulemment que d’habitude. Dès le début du match, sur chaque prise de balle, pas une seconde de répit. “When the seagulls follow the trowler, it’s because they think sardines will be thrown into the sea“… Plus que jamais.

Après quelques 25 minutes de jeu, Cantona sort du terrain et jette son maillot au sol.J’en ai eu assez. Normalement, on ne devrait pas en avoir assez quand on est sur un terrain, mais là je n’ai pas résisté. Assez d’évoluer sur une aire de jeu exécrable où il était impossible de s’exprimer. Assez des réactions d’un public hostile alors que nous étions venus à Sedan dans un but humanitaire […] J’ai jeté MON maillot, pas celui de l’OM. Le geste peut prêter à confusion mais je n’y ai pas pensé dans le feu de l’action“, rapporte Laurent Oreggia.

L’éviction de Cantona : symbole de la “méthode Tapie”

Il jette son maillot parce qu’il a fait le mauvais garnement qu’il avait l’habitude de faire avec Guy Roux et avec moi c’est interdit. Il jette son maillot, je lui dis : ‘Tu ne le porteras jamais plus’. Et voilà“. Ce sont les mots de Bernard Tapie dans le documentaire extraordinaire “c’est l’histoire d’un but qui raconte l’épopée marseillaise jusqu’à la victoire de 1993. Si un épisode symbolise la “méthode Tapie”, c’est celui de l’éviction de Cantona. Seulement 15 jours après ce match, le Marseillais est prêté à Bordeaux. Avec Tapie, la discipline collective ne se négocie pas. On s’y plie ou on part.

S’adressant à Basile Boli, il ajoute : ” Si j’agis pas comme ça […] tu m’expliques comment je soutiens l’équipe et comment je soutiens Gérard Gilli si, quand le mec jette son maillot par terre parce que l’entraîneur le sort dans un match amical, je le laisse faire ? Si j’ai pu obtenir tout ce que j’ai obtenu de vous, c’est-à-dire le meilleur, c’est parce que vous saviez que j’allais aller au bout. Parce que j’ai montré que j’allais au bout, meilleur joueur du monde ou pas. […] Il ne s’est pas plié à cette discipline collective, il part”.

Didier Deschamps, lui aussi grand adepte de la discipline collective comme moteur d’un groupe, poursuit : “Avec Tapie , il y avait cette organisation, cette discipline pour aller au succès. Il y avait cette culture de la gagne. Il y avait cette force collective mais parce qu’on était tous sur la même longueur d’onde à savoir on est là pour gagner“. Et Pardo de conclure : “c’était un Président relativement exigeant mais je crois qu’il nous mettait dans les meilleures conditions“.

Quelques années plus tard quand on lui parle de la décision de Tapie, Canto répond : “Il ne m’a jamais soutenu. Si je dois aller en clinique après ce que j’ai fait , comme l’a dit Tapie ? Oui bah on pourra s’y retrouver comme ça“. Mais plus que cette réponse cinglante du King, il faut rappeler que contrairement à ce qui put être longtemps raconté par Tapie le premier, Cantona non seulement ne jette pas son maillot à la 70ème minute, mais à la 25ème et dans un contexte particulier.

Et surtout, il ne le fait pas car Gérard Gilli ose le sortir mais parce qu’il est conspué par le public, comme depuis des mois, et ce malgré le but humanitaire du jour. Qu’importe, Canto a jeté son maillot, Tapie estime qu’il n’a pas respecté la discipline collective qu’il avait instaurée, il part. L’histoire entre l’OM et Cantona, même s’il reviendra, se termine véritablement ce soir-là.

L’histoire entre Cantona et l’OM, un “je t’aime, moi non plus” de bout en bout ?

We love you Canto, we don’t know why, but we love you Canto

Quelques coups de sang, quelques déclarations fracassantes et surtout quelques succès plus tard en Angleterre, Cantona déclare : “Je trouve qu’avoir besoin des autres, c’est ce qu’il y a de pire. Le plus grand bonheur c’est d’être heureux avec soi-même“. Canto s’est construit dans l’adversité, pas contre les autres mais sans les autres, de façon solitaire mais jamais dans la solitude qui tue.

Déjà, le petit Eric se prend de passion pour un oncle, qu’il ne connaît pas, et qui vit comme un ermite. L’idole de Canto, ce n’est pas lui-même, c’est son oncle. “Ma grand-mère a le don de me raconter des histoires, de me faire rêver. Elle est arrivée à me faire aimer quelqu’un que je ne connais pas. Enfin dans mon imaginaire c’est mon idole. Mon idole est un inconnu, quelqu’un que je ne connais pas. Sans l’avoir connu c’est mon idole“, raconte-t-il sourire aux lèvres car oui, Cantona ce n’est pas le refus, c’est un grand oui nieztchéen à la vie, une poésie prosaïque au quotidien.

25 Janvier 1995 à Crystal Palace. Le “kung-fu” de Cantona comme on l’appelle. Pour l’éternité.

Il raconte : “Je peux très bien vivre ici, en ville, tout en étant seul. Je veux dire, à Marseille je suis jamais allé aux Château d’If mais je sais qu’il est là. C’est un privilège de savoir qu’on peut faire plein de choses, avoir la possibilité de le faire de temps en temps et de pouvoir s’isoler au milieu des gens, au milieu du monde […] et moi je suis super heureux quand je suis seul et que je rêvasse“. Cantona rêvasse, se passionne, s’emporte, s’énamoure de la simplicité, fait des bêtises puis nous donne le sourire.

Ce qu’il recherche ? La simplicité.J’ai connu le besoin puis j’ai gagné de l’argent. C’est important de pouvoir tout acheter ne serait-ce que pour se rendre compte que ça n’est pas l’essentiel. C’est important mais c’est pas l’essentiel. […] J’essaie de comprendre ce qui est au-delà du visible“. Il est aussi le neveu, la nièce ou le fils à qui on met la main sur l’épaule pour lui “ça va pour cette fois”, le professionnel qui joue comme un amateur, avec son innocence, sa passion , son rapport aux événements unique. Il est l’enfant qui n’a jamais cessé de rêver. “Dans le fond, je suis un enfant, barbu, mais je suis un enfant“, en rit-il.

De ses débuts à Auxerre à son succès sur les planches ou en tant qu’acteur, en passant par l’OM, l’Angleterre, son duo avec Papin, l’épisode “sac à merde”, celui du maillot et celui du kung-fu à Crystal Palace, Cantona a vécu 1001 vies. Tout lui va bien. N’importe quel rôle. A tel point qu’il aurait pu enfiler les 2472 costumes de personnages de la Comédie Humaine de Balzac. Cantona, traversé, toute sa vie des “passions tristes” spinozistes, les a pourtant exprimées dans une vie dense, riche et de façon la plus brillante qui soit. Lui, l’anticlérical de nature, fait pourtant écho à l’oeuvre de Jérôme Bosch, symbole s’il en est un, des œuvres denses, à la verve imaginative unique et pourtant à la religiosité inébranlable.

Son chef d’oeuvre “le jardin des délices, qui sort de l’iconographie traditionnelle en extériorisant également ses obsessions pessimistes dans une oeuvre d’une extrême richesse, c’est Cantona sur les planches, le rectangle vert ou sur grand écran.Moi j’aime les gens qui font les choses avec le cœur, qui font les choses avec ce qu’ils ressentent […] ce que j’ai fait je l’ai fait parce que j’en avais envie, pas pour faire plaisir“, lancera-t-il. Les choses avec le cœur et ce qu’il ressent, le grand Eric les a faites. Avec la réussite qu’on lui connaît…

Cantona n’a peut-être pas toujours été admirable, il ne fait peut-être pas l’unanimité. Mais dans un pays où les Thierry Henry, David Trézéguet, Eric Abidal éventuellement voire Franck Ribéry, entre autres, ont été mis au ban alors qu’ils sont prophètes partout ailleurs, Canto peut sans doute se dire que ce qu’on pense de lui n’importe que peu. Et puis, “avoir besoin des autres c’est ce qu’il y a de pire“.


Le King n’a pas besoin des autres, ça n’est pas une distanciation sociale misanthropique, c’est un amour de soi pour pouvoir aimer, pour pouvoir être heureux. C’est SA recette du bonheur. Alors pour toutes ces raisons, laissons Canto à Cantona et même si parfois il énerve, déçoit ou divise, dans le fond, comme tu as si bien su le dire, We love you Canto, we don’t know why, but we love you Canto.

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