ActuLa SignaturePasse D

“On a une arme qu’aucun autre club n’a en France”, au coeur de la stratégie de formation du FC Metz

Mané, Pjanić, Koulibaly, Sarr … Tous sont à l’affiche lors des plus belles rencontres de football contemporain . Ces joueurs de talent n’ont pas que cela en commun. Ils sont les produits du centre de formation du FC Metz. Formateur de joueurs mais surtout d’Hommes, quel est le secret du club de l’Est de la France pour se construire un tel collectif, qui leur permet cette saison d’accrocher le maintien ? Entretien avec Olivier Perrin, l’actuel directeur du centre. 


“Oscar, viens là !”. Une voix s’élève dans les bureaux 3 allée Saint-Symphorien à 9h ce mardi matin. Mais Oscar n’a pas l’air décidé à obéir et préfère dire bonjour à tous les salariés présents. “Je l’ai eu juste avant le confinement, il pesait deux kilos. Aujourd’hui c’est la reprise, il est content de revenir au travail avec moi” explique Olivier Perrin, propriétaire du chiot Oscar et directeur du centre de formation du FC Metz. C’est avec lui que nous avions rendez vous pour discuter des spécificités de la formation mosellane.  

Non loin du centre ville de Metz, au bout d’un chemin arboré, triomphe un bâtiment aux couleurs du club : blanc et grenat. Cette association de couleurs fait l’identité du club professionnel depuis 1932. L’intérieur du siège, tout aussi sobre que l’extérieur, semble reprendre doucement vie après plusieurs mois d’interruption. Le 30 juin sonne pour les joueurs et le staff comme la reprise des entraînements après avoir passé la veille une batterie de tests de dépistage au Covid 19. “Aucun cas à déplorer chez nous !” savoure M.Perrin. 

Olivier Perrin, directeur du centre de formation du FC Metz, dans son bureau – Ana Gressier

L’équipe encadrante met de cette manière à l’abri de la maladie ses jeunes joueurs pour la reprise. Cette équipe, pilotée par Olivier Perrin, est justement au centre du processus de formation et est en contact permanent avec les jeunes. “Autour du joueur on essaye d’avoir des spécialistes à tous les niveaux : dans les domaines scolaire, social, socio-éducatif, le suivi médical… On essaye de ne pas dispenser que du foot mais aussi des valeurs et un état d’esprit qui se conjugue au quotidien, dans la méthode d’entraînement jusqu’aux entretiens avec les joueurs. Ce qui nous permet de prendre le garçon qu’on a en formation comme un homme et pas uniquement comme un joueur de foot. Tout le monde dit ça partout mais il faut l’appliquer après. Plein ne le font pas. La socialisation est quelque chose d’important, qui est un plus mais après c’est l’état d’esprit qu’on y met autour aussi : les valeurs de partage, les fruits de l’effort”. Des valeurs de la région, la Lorraine, selon le Vosgien d’origine. “C’est une région minière, qui aime bien l’effort, qui a la capacité de se dépasser. Quand les gens viennent au stade ils aiment bien voir des gens qui se battent, qui donnent d’eux même donc le dépassement de soi”. 

“La bible des coachs”

Et avant le recrutement des jeunes prodiges du football, la qualité et l’exigence passe aussi par le recrutement des éducateurs. “Si on prend des gens qui ont la capacité, mais qui ne peuvent pas répondre humainement à ce que tu cherches : t’es mort. Si le message ne passe pas auprès des jeunes : t’es mort. Ce n’est pas un truc de gourou mais ce que je dis là c’est ce qu’on ne voit pas, c’est comme un entrainement invisible : dormir, manger, boire de l’eau, s’étirer, faire la sieste… Tu n’es pas en train de travailler mais tu travailles : là c’est la même chose. Tout cela se retrouve dans ce que le messin appelle “la bible de coachs”. Le projet de formation du club qu’il a lui même scrupuleusement rédigé et qu’il brandit entre ses mains à tout bout de champs. Une vingtaine de pages résumant la ligne de conduite à suivre par tous et pour tous, jusqu’à la comptable du club. “La philosophie de Metz, c’est d’abord d’établir des valeurs, et seulement après parler de football”. 

Blason officiel du FC Metz depuis 1967, il reprend les deux symboles de la ville. La croix de Lorraine utilisée pendant la Seconde Guerre Mondiale, et le Graoully dragon légendaire messin – Ana Gressier

Ici tout est pensé pour le bien être du jeune qui va venir grossir les rangs du FC Metz, dès son adolescence. Un internat au club mais une scolarité en établissement public pour ne rien enlever au jeune de sa vie sociale “il doit pouvoir rencontrer d’autres sportifs, des filles…” ajoute Olivier Perrin. Le club est l’un des rares en France à ne pas disposer de son école privée et à fonctionner avec l’éducation nationale. L’emploi du temps est tout de même aménagé, grâce à la section sportive. “On arrive à aménager une matinée, le mardi ou le mercredi, et tous les après midi pour les entrainements. Et ils jouent le samedi” explique le coach Perrin. Pour ceux qui ont fini les études, le rythme est un peu plus soutenu : “lundi c’est récup’, mardi/mercredi deux entraînements dans la journée, jeudi et vendredi après midi : une séance. Samedi entrainement ou match, dimanche repos ou match” déroule-t-il. Les jeudis et vendredis après midi sont libres pour que ceux qui passent des BTS par correspondance par exemple puissent travailler, un créneau de neuf à douze heures par semaine.

Circuits courts 

À l’internat, “les locaux peuvent arriver très tôt, dès l’école de foot”, affirme le directeur. “Mais moi je fais tout pour que les jeunes aillent à l’internat le plus tard possible. J’estime qu’un garçon qui est en sixième, cinquième à Sarreguemines, c’est bien qu’il soit chez ses parents. C’est un vrai point d’équilibre. Sauf si on estime que le joueur a des difficultés familiales, à ce moment là il aura une place dans notre internat. Pjanić, Koulibaly c’est comme ça qu’ils fonctionnaient : c’étaient des locaux, ils rentraient tous les weekends à la maison (ndlr : l’un au Luxembourg, l’autre à Saint-Dié-des-Vosges). C’est un vrai critère d’équilibre et l’équilibre est un critère de réussite”. 

Forte de son districte de football, la Moselle est un terrain de choix pour les recruteurs. En ce sens, en partenariat avec le département est né le FC Metz Moselle. Cette collaboration vise à développer les clubs mosellans, et faire entrer les jeunes espoirs locaux en préformation. “Depuis que je suis ici je souhaite qu’on ait une grande partie de mosellans qui entrent en préformation et qu’on place les autres joueurs dans d’autres centres de préformation en France pour ne les récupérer qu’à leur 16 ans” raconte le lorrain. 

Cependant le club s’étend même à l’international avec la création en 2000 de Génération Foot, l’antenne du club de Metz au Sénégal, et en 2013 un partenariat avec le RFC Seraing, en Belgique. 
Et cela fonctionne. “On est montés de l’équivalent de Nationale 2 à la ligue 1 du Sénégal, on a gagné six titres nationaux. Des gars comme N’Diaye, Niane qui sont là maintenant : ils ont joué à 16 ans et demi en pro!” s’exclame le futur directeur des trois centres de formation.
“On sort des joueurs ! Comme une future star qui va arriver, qui est en train de signer qui s’appelle Pape Matar Sarr. Il a 18 ans, il est demandé par Manchester City, Barcelone et il vient chez nous puisqu’il est en contrat avec nous. À 16 ans je leur fait signer un contrat, ils appartiennent à Génération Foot et par conséquent ils sont obligés de venir au FC Metz” poursuit-il. “Aujourd’hui tous nos joueurs lorsqu’ils arrivent, passent directement chez les pros. On a un gain de temps énorme. Et donc de performance, ce qui remplit l’objectif du FC Metz qui est de jouer en ligue 1”.

“Metz” que un club – Ana Gressier

Pour résumer : “on a une équipe de Ligue 1 avec Metz, nos meilleurs joueurs qui ont fini leur formation mais qui ne sont pas prêts pour jouer en ligue 1, on les envoie à Seraing en Ligue 2 Belge, ils sont prêtés. Et il y a deux équipes qui préparent les plus jeunes encore à l’élite française, c’est Génération Foot et la deuxième équipe du FC Metz, en nationale 2. On a une arme qu’aucun autre club n’a, ça n’existe pas ailleurs en France. Génération Foot, Seraing, FC Metz. Voilà” sourit Olivier Perrin. 

Argent : attention, danger

Mais tout n’est pas rose, ou plutôt “grenat” à Metz, comme dans les autres centres de formation du monde. Le football subi “la société de zapping” dans laquelle on vit comme l’appelle l’éducateur. “Tous ces gens qui sont autour des joueurs très tôt. Ca ne me plait pas. Beaucoup sont dans le football pour se faire de l’argent. Pour faire court, Ils se disent agents, mais ils n’en ont aucune compétence et leur seul objectif est de faire passer un joueur d’un club à un autre pour se faire de l’argent. C’est insupportable” constate-t-il.

“Il faudrait que les clubs formateurs soient plus protégés”

Olivier Perrin, directeur du centre de formation du FC Metz

“Malheureusement, aujourd’hui, les parents et  le joueur sont capables de passer à autre chose au bout de deux mois si ça ne leur convient pas. Mais ce n’est pas ça une formation. C’est du long terme, de la durée. On est sans arrêt en équilibre avec les agents ou les parents et ça va à l’encontre de la formation quelle qu’elle soit. Une formation c’est du temps, de la patience, de la passion, de la persévérance. C’est ce qu’on essaye de leur inculquer mais ce n’est pas parce qu’on leur a inculqué que ça marche”.
Concrètement cela se traduit ainsi pour Olivier Perrin : “Voyez il y a trois jours l’agent d’un joueur m’appelle pour me dire que le Real Sociedad venait d’envoyer un projet financier au joueur, qui est cinq fois supérieur à ce qu’on lui donne nous. Le joueur vient de reprendre hier, je me retrouve avec un joueur déstabilisé mais qui est sous contrat avec nous donc si je ne lui dis rien il est obligé de rester avec nous, mais mentalement il ne va pas être bien”.

C’est au quotidien et cela détruit le roulement économique d’un club. “Il faudrait que les clubs formateurs soient plus protégés. Il faudrait que les joueurs puissent partir mais pour des sommes beaucoup plus importantes” propose le Lorrain.
“Là on a un messin qui vient de nous quitter pour Fribourg, on va toucher 50 000€ : c’est que dalle ! Pour un club allemand ou anglais, c’est un pourboire. Ils ont tellement d’argent ! Pour eux c’est un jeu, ils vont chercher 10 gamins dans des clubs français, ils payent 350 000€ et s’il y en a un qui perce, c’est tout remboursé. C’est un jeu pour eux, c’est une marelle! Les joueurs croient tous qu’ils sont pris parce que c’est les meilleurs du monde : mais non! Ils en prennent 10 comme eux!” s’emporte-il. 
“Moi une année j’en ai perdu trois comme ça. Un pour Porto, un pour Newcastle et un pour la Juve. Sauf que sur les trois, aucun n’a réussi, alors qu’on avait un grand espoir français dans le lot. Il y en a un qui joue à peine au foot, en semi amateur, un en ligue 2 et un à peine en ligue 2 à Ajaccio” rage Perrin. Les Corses apprécieront.


“Des gens comme Mané, Koulibaly, Pjanic, c’est des gens qui ont choisi de rester ici jusqu’au bout. Et voyez ce que ça a donné”. Comme on dit là bas, “Moselle sans limite” et ce n’est pas Olivier Perrin, père spirituel de tous ces jeunes hommes entrant dans cette fabrique à joueurs qui nous dira le contraire. Alors, FC Metz : the place to be ? 

Ana Gressier

0