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Olympique Lyonnais : à la conquête de l’Est

Un voyage à Lyon commence bien souvent par un passage à la gare de la Part-Dieu. À partir de là, la ligne de tram T3, inaugurée en 2006, dessert la partie Est de la métropole et permet aux habitants de cette partie de l’agglomération de venir travailler dans le centre-ville le matin et de rentrer chez eux le soir. Elle traverse successivement les villes de Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Décines-Charpieu puis Meyzieu. En 2007, c’est ce territoire nouvellement desservi qu’avait choisi Jean Michel Aulas pour y implanter les nouvelles installations de l’Olympique Lyonnais. 9 ans plus tard, en janvier 2016 étaient ainsi inaugurés le Groupama Satdium et le Groupama Training Centrer à Décines-Charpieu ainsi qu’un nouveau centre de formation dans la ville voisine de Meyzieu. L’OL délaissait alors le quartier de Gerland au Sud de l’agglomération. Aujourd’hui, alors que l’Olympique Lyonnais caracole toujours en tête des meilleurs centres de formations de France et que Ryan Cherki fait tourner la tête de toute l’Europe, force est de constater qu’en plus d’être le territoire choisi par JMA pour en faire son terrain de jeu, l’Est de Lyon semble aussi être un pourvoyeur de talents de choix, pour l’Olympique Lyonnais, mais pas seulement… L’occasion pour nous de monter dans l’une de ces rames du tram T3 et de partir à la découverte de ce terreau fertile en pépites, passées, actuelles, et futures, de Jean Djorkaeff jusqu’à Ryan Cherki !


Gare Part Dieu Villette / Lyon

Avant de monter dans le tram, une promenade aux alentours de la gare s’impose. Plus précisément, c’est en remontant l’avenue Thiers et en traversant le cours Emile Zola que commence notre voyage, dans le quartier du Tonkin à Villeurbanne. Ce quartier à la croisée du Parc de la Tête d’Or et du domaine étudiant de la Doua est le lieu qui a vu grandir l’actuel numéro huit lyonnais. Auteur de performances remarquées face à Manchester City la saison dernière ou la Juventus cette saison, c’est en effet ici, au cœur de Villeurbanne qu’Houssem Aouar est né et a grandi. C’est aussi ici qu’il s’est initié au football, à l’AS Tonkin devenu l’Athletic Club de Villeurbanne. L’actuel milieu relayeur et offensif de vingt et un ans n’est pas la seule star à avoir fréquenté les pelouses villeurbannaises. Quelques années avant lui, c’est un certain Nabil Fékir, qui signait sa première licence dans ce club. Près de vingt ans avant d’inscrire face au Barça son premier but sous ses nouvelles couleurs sévillanes, « Nabilon » entamait sa formation footballistique qu’il n’imaginait alors pas si tortueuse.

Portant les couleurs du FC Vaulx-en-Velin puis du Caluire Sporting Club, le jeune Nabil est alors repéré pour intégrer le centre de formation de l’Olympique Lyonnais en 2005. Malheureusement pour lui, en 2007, il n’est pas conservé par les encadrants du centre. Retour à la case départ donc, au FC Vaulx-en-Velin. C’est toutefois, quelques années plus tard, en 2011, à l’AS Saint-Priest que Nabil Fékir sera à nouveau repéré pour intégrer les équipes jeunes de l’OL. On connaît la suite de l’histoire, qui le mènera jusqu’au stade Loujniki à Moscou un soir de juillet 2018… L’AS Saint-Priest, basée elle aussi à l’Est de Lyon est une place forte de la formation qu’il convient aussi d’évoquer. Elle a vu passer sur ses pelouses de club amateurs pléthore de grands noms à l’instar de Jean Fernandez, Youri Djorkaeff, Nabil Fékir, Rayan Cherki, Bouna Sarr, ou encore l’actuelle joueuse de l’OL, Delphine Cascarino. Mais, là n’est pas le sujet, il est temps pour nous de regagner les quais de la Part-Dieu. Engouffrons-nous dans l’une des rames du tram T3 et de ses flots de passagers.

Bel Air – Les Brosses / Villeurbanne

Quelques arrêts plus loin, il est temps de descendre pour notre première escale. Pour cette première visite, le périphérique lyonnais fait office de décor. À quelques pas de l’Astroballe, antre de l’ASVEL (l’équipe de basketball de Villeurbanne vainqueur de la Pro A en 2019), et du quartier de Cusset au bord du Rhône, nous voici au croisement de deux des plus grands destins lyonnais. Au sud de l’arrêt, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau, c’est le quartier de Terraillon qui a vu grandir un certain Karim Benzema. Au nord, à quelques centaines de mètres, c’est la cité Jacques Monod d’où est originaire Nabil Fékir.

Ayant déjà évoqué le parcours footballistique de Fékir, le joueur, à l’arrêt précédent ; le thème de cette visite-là porte sur Nabil, le jeune garçon. La cité Jacques Monod donc, dans le quartier de Cusset à Villeurbanne se trouve au bord du Rhône, faisant face à la ville de Vaulx-en-Velin, sur l’autre rive. La plupart du temps, c’est cette dernière ville qui est (incorrectement) retenue pour parler des origines du meneur de jeu lyonnais. Cela ne reste toutefois pas infondé. En effet, c’est au FC Vaulx-en-Velin que « Nabilon » est arrivé à l’âge de huit ans. C’est dans ce même club qu’il est retourné à la suite de son premier passage infructueux à l’Olympique Lyonnais, six ans plus tard, croisant ainsi la route de Kurt Zouma (lui aussi formé au club). C’est toujours à Vaulx-en-Velin que l’emblématique numéro dix-huit est revenu au mois de juillet 2018, tout fraîchement auréolé de son titre de champion du monde. Cette fois ci, il n’est pas revenu au FC Vaulx pour rebondir à la suite d’un échec, mais est bel et bien accueilli en héros par les jeunes du club dirigés par Mohammed Fékir (le père), et entrainés par Saïd Mehamha (l’ami de toujours rencontré au centre de formation), et qui a un temps compté dans ses rangs, un certain Gressy Benzema, le frère cadet mais aussi l’agent de Karim.

Tout sauf un hasard puisque la famille Benzema a longtemps habité au quartier de Terraillon à Bron, de l’autre côté du périf’, à quelques minutes de là à peine. Avant de côtoyer Booba et Cristiano Ronaldo, c’est au bas de ces immeubles trônant au cœur de la ville de Bron que Karim Benzema a grandi et s’est initié au football, au club du quartier, le SC Terraillon. S’en suivront, une intégration de l’académie lyonnaise en 1997, un premier match professionnel face au FC Metz en 2005, quatre championnats de France et tous les cadors européens à ses pieds. Ce sera finalement le Real Madrid à l’été 2009, deux victoires en Liga et quatre victoires en Ligue des Champions ! Ajoutées à cela, ses quatre-vingt-une sélections sous le maillot bleu et d’innombrables distinctions individuelles et nous tenons là, le symbole de cet Est lyonnais pourvoyeur de joueurs de classe mondiale. Il faudrait des heures et des heures pour entrer dans les détails de la vie et de la carrière de Karim Benzema, il est temps de remonter dans le tram…

Karim Benzema devant son quartier d’origine, celui de Terraillon, à Bron

Décines – Grand Large / Décines-Charpieu

Le parvis du stade n’étant desservi que les jours de matchs par des rames prévues à cet effet, c’est à la station la plus proche des installations que se poursuit notre voyage. À deux pas du Grand Large, petit lac artificiel jouxtant un canal du Rhône, le long duquel les joueurs effectuent habituellement leur sortie d’avant match, se trouve l’esplanade de Décines-Charpieu. Coincée entre le lycée Charlie Chaplin, le quartier du Prainet, la mosquée de Décines et le Mac Donald’s bondé les soirs de matchs, cet espace très fréquenté vit toutes les semaines au rythme de l’Olympique Lyonnais, étant donné sa localisation, à deux pas du stade et du centre d’entraînement.

Mais avant d’accueillir les installations du club de Jean Michel Aulas la ville de Décines-Charpieu est aussi celle qui a vu grandir Youri Djorkaeff ou encore Rachid et Abdelkader Ghezzal. Par le passé, Décines a accueilli dans la première moitié du XXe siècle de très nombreux travailleurs venus d’Arménie et travaillant dans le tissage de la soie notamment, au point d’être surnommée la « petite Arménie ». Aujourd’hui, on estime que près de quarante pourcents des 28 000 habitants de la ville de Décines est issue de cette communauté arménienne. Parmi eux, on retrouve tout naturellement Youri Djorkaeff et son père, Jean (ou « Tchouki ») Djorkaeff. Deux très belles carrières footballistique avec, entre autres, un titre de champion du monde en 1998 et de champion d’Europe en 2000 pour le premier et une victoire en Première Division en 1970 avec l’Olympique de Marseille pour le second. Depuis, la famille Djorkaeff s’est largement impliquée dans la vie de Décines-Charpieu. Youri a alors été un temps président de l’Union Générale Arménienne Lyon-Décines, l’un des deux clubs de la ville, alors que son frère Denis siège toujours au Conseil Municipal comme adjoint à la culture.

En ce qui concerne Rachid Ghezzal, l’actuel joueur de la Fiorentina, prêté par Leicester, il a lui aussi grandi dans la ville qui accueille aujourd’hui les installations lyonnaises, en compagnie de son frère Abdelkader, lui aussi footballeur professionnel, passé par Parme et Bari notamment. L’un comme l’autre, sont passés par le FC Vaulx évoqué lors du précédent arrêt, puis par le centre de formation de l’OL. Seul Rachid connaîtra la chance de porter les couleurs de son club formateur en professionnel. Comme un symbole, il inscrira un but le 9 janvier 2016 face à Troyes (4-1) à l’occasion de l’inauguration du nouveau stade de l’OL, à quelques pas de son lieu de naissance !

Meyzieu Z.I / Meyzieu

Le dernier arrêt de notre périple est le terminus de la ligne T3. De l’autre côté de la route vous pouvez apercevoir la commune de Pusignan, celle qui a vu grandir Rayan Cherki, le dernier prodige en date de l’Olympique Lyonnais. À quelques pas de cet arrêt s’érige la tribune du stade des Servizières, le complexe sportif municipal qui accueille depuis quatre ans maintenant les terrains de l’académie lyonnaise. Les équipes de jeunes de l’OL qui partagent quotidiennement leurs terrains avec les équipes de l’US Meyzieu, l’équipe locale dont le directeur sportif, Abdeljelil Redissi, est aussi le responsable des kinés du club lyonnais. Un club local qui n’est d’ailleurs pas en reste dans le domaine de la formation puisqu’il a accueilli, par le passé, Youri Djorkaeff notamment, mais plus récemment le milieu de terrain Florent Da Silva et le gardien Lucas Margueron. Deux enfants de la ville, figures de proue de l’équipe lyonnaise cette saison en Youth League (NDLR : l’OL s’était qualifié pour les quarts de finale avant la suspension de la compétition). Déjà courtisé par Manchester United et plusieurs fois sélectionné en équipe de France jeune, Florent Da Silva est en passe de devenir la nouvelle icône de la formation lyonnaise. Grandes sont donc les chances de le voir briller dans quelques années sur les pelouses de France et d’Europe, même si les exemples de jeunes joueurs brillants devenus anonymes sont très nombreux à Lyon aussi. Ayant atteint le terminus, notre voyage au cœur de l’Est lyonnais et sa pépinière s’arrête donc ici, merci de descendre de la rame.


À l’avenir, la nomination (hypothétique pour l’instant) de Tony Parker à la place d’un Jean Michel Aulas de plus en plus soucieux d’assurer sa succession pourrait consolider encore plus cet « axe Est » de l’Olympique Lyonnais. L’emblématique numéro 9 des Spurs a, depuis sa retraite, pris la direction de l’ASVEL, le club de basketball de Villeurbanne, autre acteur sportif majeur de ce territoire. Enfin, un autre axe de développement vers l’Est pour l’Olympique Lyonnais sera incontestablement la formation de joueuses locales. La multiplication des sections féminines dans les clubs locaux devrait, à terme, pouvoir apporter un certain nombre de joueuses de qualité, capables de venir fournir les rangs de la constellation d’internationales rassemblées par Jean Michel Aulas (toujours lui !) sous les couleurs lyonnaises depuis près de quinze ans maintenant.


Texte : Julien Monveneur

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