Olivier Sorin, gardien incontournable du paysage de la Ligue 1 des années 2000-2010
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Olivier Sorin : « On me disait tout le temps que je finirais entraîneur »

Vainqueur de la Coupe de la Ligue 2006 avec Nancy et homme clé de l’épopée ayant mené l’AJ Auxerre jusqu’en Ligue des Champions en 2010, Olivier Sorin a mis fin à sa carrière en 2016 après plus de 300 matchs chez les professionnels. L’entraîneur des gardiens du Stade Rennais se livre avec sincérité et humilité.


Comment êtes-vous devenu gardien ?

Mon père m’a raconté l’anecdote parce que j’étais trop petit pour m’en souvenir : j’ai commencé dans le champ et un week-end, le gardien n’est pas venu. Le coach a demandé si quelqu’un voulait bien aller dans les buts, je me suis désigné et je n’ai plus quitté les poteaux (rires) ! Ça s’est fait comme ça, c’était à l’ASPTT Orléans.

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Aviez-vous un modèle à ce poste ?

Bernard Lama. Pour moi, c’était le meilleur. Il a fait partie de ces gardiens qui ont changé le poste. Quand il jouait au Paris Saint-Germain, c’était mon idole. J’avais des posters de lui partout dans ma chambre. Je suis rentré au centre de formation, j’avais des posters de lui aussi. Il y avait beaucoup de pro-Barthez, moi j’étais pro-Lama. À la Coupe du monde 1998, je pensais qu’il serait titulaire. J’étais triste qu’il ne soit que remplaçant mais après, la France a gagné donc j’étais super content. Fabien Barthez faisait partie des meilleurs gardiens au monde. Mais pour moi, Bernard Lama restera toujours Bernard Lama. Il a été mon idole de jeunesse.

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Gardien, c’est un poste très exposé. Comment avez-vous géré cet aspect tout au long de votre carrière ?

Je trouve que les gardiens d’aujourd’hui sont beaucoup plus exposés que nous à l’époque. Maintenant, les médias sont beaucoup plus présents, il y a les réseaux sociaux. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas tout ça. On était moins exposés, moins médiatisés. Après, c’est vrai qu’en France, Fabien Barthez, Hugo Lloris et Steve Mandanda ont fait que les gens se sont plus appropriés le poste et s’y sont intéressés de plus près. Mais à partir du moment où vous faîtes un métier sujet à la critique, et à la critique populaire, vous connaissez les règles et vous faîtes votre carrière avec. Même si certaines vont être plus blessantes que d’autres. Le plus important pour moi, c’était que ça touche le moins possible ma famille.

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Vous avez débuté votre carrière à Nancy, où vous avez remporté la Ligue 2 puis la Coupe de la Ligue, et disputé la Coupe UEFA. Vous avez vécu une belle histoire avec l’ASNL.

Avec le recul, on s’en rend un peu plus compte. Pablo Correa, le coach à l’époque, nous avait prévenus qu’on s’en souviendrait toujours. Ça a été une aventure de potes. La Coupe de la Ligue 2006 et la Coupe d’Europe la saison d’après, avoir éliminé Schalke puis être entré dans les poules, ça a été le final d’une bande de potes. On était très nombreux à avoir été formés au club. D’autres joueurs étaient arrivés deux, trois ans avant cette épopée-là. On a vécu avec un noyau dur de 10-15 joueurs pendant cinq ans. On se voyait tous les jours. Il y avait des joueurs comme Gennaro Bracigiliano, Mickaël Chrétien, Pape Diakhaté, Jonathan Brison, Moncef Zerka, Cédric Lecluse, Fred Biancalani… Vivre ça dans son club formateur, avec des potes, c’est fabuleux.

Le natif de Gien est passé professionnel à l’AS Nancy Lorraine en 2000.

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Quel est votre plus beau souvenir avec Nancy ?

La Coupe de la Ligue parce que c’était seulement la deuxième coupe nationale remportée par le club. La première avait été remportée en 1978 par Olivier Rouyer, Michel Platini, Carlos Curbelo… Nous, on était seulement les deuxièmes à pouvoir apporter un trophée majeur au club.

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Vous aviez 25 ans lors de cette finale de Coupe de la Ligue en 2006. Que représentait ce match pour vous ?

C’était magique pour moi, surtout que j’étais le gardien remplaçant et que l’entraîneur Pablo Correa faisait un turnover des gardiens entre le championnat et les coupes nationales. Moi, je jouais la Coupe de France et la Coupe de la Ligue, Gennaro Bracigliano jouait le championnat. Gennaro était capitaine en championnat, moi j’étais capitaine en coupe. C’était la première fois que j’allais au Stade de France, je n’y étais même pas venu en tant que spectateur, donc jouer dans un stade de 80 000 places, je n’avais jamais fait ça. On avait réussi à ramener toute la Lorraine au Stade de France ! On gagne avec du suspense parce qu’on mène 1-0, Nice égalise, on se prend un rouge donc on finit à 10, mais on marque un deuxième but et on réussit à tenir. Si je suis un peu plus égoïste, il y a aussi le fait d’être capitaine qui me permet de soulever le trophée. J’en ai encore beaucoup de souvenirs. D’en parler, ça me fait vraiment chaud au cœur. Le lendemain, il y a eu la fête place Stanislas. C’est quand même l’une des plus belles places d’Europe. Elle était bondée de supporters et nous, on était à l’Hôtel de Ville, où on avait été reçus. C’était mémorable.

Olivier Sorin, brassard de capitaine au bras, soulevant la Coupe de la Ligue le 22 avril 2006 après une victoire 2-1 contre l’OGC Nice.

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Vous avez quitté Nancy en décembre 2006 pour Auxerre. Pourquoi cette décision, alors que le club était plutôt performant ?

J’estimais que quitter Nancy pour Auxerre était une progression. Auxerre faisait partie des grands clubs français et il ne faut pas oublier qu’à Nancy, j’étais remplaçant de Gennaro Bracigliano. J’avais fait les deux tiers de la première partie de saison parce qu’il s’était blessé mais tout le monde savait à Nancy que le jour où il reviendrait de blessure, il jouerait. Quand j’ai eu cette opportunité, je me suis dit que c’était le moment de partir et que cela pouvait être une bonne chose pour ma progression.

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À Auxerre, vous rencontrez Jean Fernandez, l’entraîneur pour lequel vous jouerez le plus durant votre carrière. Quelle était votre relation ?

Une excellente relation. Il a quand même fait évoluer ma carrière. Il est venu me chercher alors que j’étais remplaçant à Nancy. Peu de monde aurait misé sur moi à l’époque. Lui a cru en moi, je pense que je lui ai bien rendu par mon travail et mon investissement au quotidien. On avait vraiment une relation très proche. On adorait le football tous les deux. C’était vraiment une passion pour nous. Il y a eu des hauts et des bas mais il m’a toujours fait confiance. Ça a toujours été respectueux. Il a fait partie des personnes qui ont fait évoluer ma carrière dans le bon sens.

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Il a vraiment su tirer le meilleur de vous ?

Oui, c’est là où j’ai connu mes plus belles années. Quand je suis arrivé, c’était la première fois que l’AJ Auxerre faisait appel à un gardien qui n’était pas issu de son centre de formation pour être numéro 1. Les critiques des anciens avaient été plutôt acerbes, mais lui m’a toujours soutenu et il m’a donné ma chance. Grâce à lui, j’ai fait cinq ans et demi en Ligue 1, on a joué la Ligue des Champions… Pour moi qui arrivais de Nancy, c’était exceptionnel.

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Vous avez porté le brassard de capitaine à Auxerre. Est-ce facile d’assumer ce rôle tout en étant gardien ?

Il y a souvent un débat là-dessus. Certains disent qu’un gardien ne peut pas être capitaine parce qu’il est loin des actions sur le terrain… Moi, je suis plutôt de ceux qui disent qu’un gardien peut être capitaine d’une équipe parce qu’un capitaine n’est pas seulement un joueur avec un brassard sur le terrain. Un capitaine, c’est le capitaine d’un groupe, c’est celui qui tient la barre pendant toute une saison. Ce n’est pas seulement 90 minutes pendant un match, c’est aussi dans les vestiaires, à l’entraînement, dans la vie de tous les jours. Je me souviens que quand j’étais capitaine à Auxerre, l’arbitre me demandais souvent à qui il pouvait faire appel en cas d’action litigieuse. Et moi, je lui donnais le nom d’un coéquipier, les messages passaient par là. Un gardien de but capitaine, ça ne change pas son rôle parce que le gardien est par son poste déjà plein de responsabilités et être capitaine, c’est aussi être responsable de son groupe. Donc je ne vois pas en quoi ça puisse gêner qu’un gardien soit capitaine. Sous Jean Fernandez, j’étais vice-capitaine derrière Benoît Pedretti. Quand il est parti à Lille, Laurent Fournier m’a mis capitaine. J’ai été capitaine à Nancy et à Auxerre, ça prouve qu’on m’estimait en tant que professionnel mais aussi en tant qu’homme pour pouvoir remplir au mieux possible cette fonction.

Olivier Sorin a disputé 227 rencontres avec le maillot de l’AJA entre 2006 et 2014.

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Le match contre Sochaux en 2010 est l’un des plus particuliers que vous avez vécus à Auxerre puisque c’est celui à l’issue duquel vous obtenez votre qualification pour la Ligue des Champions. Quels en sont vos souvenirs ?

C’était incroyable. Cédric Hengbart marque un doublé. Rien que ça, c’est incroyable (rires). On mène 1-0, ils égalisent et on marque à la fin. Le parcage visiteur était blindé. Dans le bus, c’était trop bien ! On est arrivés à Auxerre, c’est parti dans tous les sens. Ça a été à l’image de toute notre saison, tout a été exceptionnel, du début jusqu’à la fin.

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Vous disputez ensuite un barrage face au Zénith Saint-Pétersbourg, et vous vous qualifiez en gagnant 2-0 au retour, après une défaite 1-0 en Russie.

Le match retour, avec le recul, on l’a gagné au match aller. À l’aller, à Saint-Pétersbourg, habitué de la Ligue des Champions, on s’est dit qu’on allait se faire ramasser. Ils étaient en plein championnat, ils avaient d’excellents joueurs. On perd 1-0 à l’aller, ils marquent au bout de 3 minutes. On a dominé ce match, chez eux. On est arrivé dans le vestiaire après le match et Benoît Pedretti, notre capitaine, prend la parole pour dire : « Les mecs, ils n’ont rien de plus que nous. Dans une semaine, on les torpille chez nous et c’est nous qui passons ». Le match retour, on l’a gagné là. Le capitaine avait eu les mots justes et il nous avait fait basculer du bon côté. Quand ils sont arrivés à l’Abbé Deschamps, on a bien vu qu’ils nous prenaient un peu de haut. Ça nous a excités encore plus et le stade plein a parfaitement joué son rôle de 12e homme. Tout s’est très bien goupillé. Cédric Hengbart marque, encore, puis c’est Jelen. À l’image, encore, de cette aventure humaine exceptionnelle. Comme à Nancy, j’ai eu la chance de vivre une aventure avec une bande de potes. Cette saison-là, avec la Ligue des Champions, ça a été l’apothéose pour cette bande de copains.

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Vous avez réalisé un parcours honorable lors de la phase de poules en battant l’Ajax Amsterdam à domicile et en résistant face au Real Madrid et au Milan AC.

Oui, on a résisté, mais c’était des équipes supérieures. Ça nous a permis de côtoyer le haut niveau, de s’apercevoir ce que ça demandait. On a donné tout ce qu’on avait, on n’a rien regretté à la fin, malgré une seule victoire sur les six matchs. On a tout donné, on a donné une bonne image de l’équipe, du club et de la ville. Rien que ça, c’était déjà une victoire pour nous. Cette Ligue des Champions, même si elle nous a usés pendant la phase aller, elle nous a quand même permis, sur la phase retour, de gagner des points à droite à gauche, quand les matchs étaient un peu plus serrés ou les enjeux un peu plus élevés. Ça nous a permis de passer tous ces obstacles et de pouvoir se maintenir à la fin de la saison.

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En 2010, vous étiez le gardien de la meilleure défense de Ligue 1. Ne jamais avoir été appelé en équipe de France, est-ce un regret ?

Non, non. Aucun regret. Il y avait des gardiens beaucoup plus forts, beaucoup plus talentueux que moi. Aucun regret. Cédric Carrasso, Steve Mandanda et Hugo Lloris avaient été appelés pour la Coupe du monde. Il y avait aussi Stéphane Ruffier, Mickaël Landreau, Nicolas Douchez… Il y avait du monde à la porte. Oui, on avait fait plusieurs saisons excellentes, mais si je n’ai pas été appelé, c’est qu’il y avait de bonnes raisons. Je n’ai aucun regret là-dessus.

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Après Auxerre, vous avez rejoint Rennes, où ce fut plus compliqué sportivement.

Oui parce que je n’ai jamais joué en pro, mais les buts étaient très bien gardés [par Benoît Costil, ndlr]. J’aurais aimé faire différemment mais on ne refait pas l’histoire. Par contre, j’y ai connu un club encore plus développé que ce que j’avais pu connaître à Nancy et à Auxerre. J’y ai vu des joueurs vraiment talentueux. Je me suis aussi fait des amis dans le groupe. Malgré tout, j’ai vécu une belle aventure. Lors de la deuxième saison, j’ai un peu joué avec la réserve, qui était en N3, et l’équipe est montée en N2. Ça amenait un peu plus de joie dans un quotidien pas si évident parce qu’on aimerait faire un peu plus en termes de compétition, mais je n’en garde aucun regret aujourd’hui. Je n’ai pas de regret sur l’ensemble de ma carrière.

Olivier Sorin a participé à la montée de la réserve du Stade Rennais en CFA lors de la saison 2015-2016, sous les ordres de Julien Stéphan. Il mettra fin à sa carrière de joueur à l’issue de cette saison.

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Vous n’avez pas eu de problème à accepter de jouer avec la réserve ?

Pas du tout. J’avais besoin de jouer et le plus important, c’est que j’en avais envie. Refuser aurait été irrespectueux vis-à-vis de l’entraîneur de la réserve mais surtout des jeunes joueurs. Si on me demandait d’aller jouer, c’était déjà pour moi, pour garder le rythme, mais aussi pour amener un plus à cette équipe. Pour toutes ces raisons, j’allais jouer avec la réserve avec un grand plaisir, je n’y suis jamais allé à reculons. J’aimais trop le football pour ça. Et puis à l’époque, il y avait une super ambiance dans cette équipe, j’étais très bien accueilli à chaque fois que je descendais, et l’équipe était phénoménale. Il y avait Joris Gnagnon, Sega Coulibaly, James Lea-Siliki, Jérémy Gélin, Denis Poha, Adama Diakhaby… Il y a même eu Ousmane Dembélé, avant qu’il passe en équipe première. Il y avait une équipe de dingue. Cette année-là, elle est montée en N2 et l’année suivante, elle a été championne de N2. Il y avait un niveau incroyable et le coach était Julian Stéphan. Tout était réuni pour que ça se passe comme ça.

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Vous êtes d’ailleurs resté au club pour votre reconversion, donc c’est que vous vous y sentez bien.

Oui, j’ai pu entamer ma reconversion au club auprès des jeunes gardiens. J’ai pris beaucoup de plaisir, c’était vraiment très bien. Le président Ruello, Landry Chauvin, qui était directeur du centre de formation, et Patrick Rampillon m’ont bien accompagné pour cette reconversion. J’ai pris énormément de plaisir. En n’ayant pas joué en pro depuis deux ans, je savais que ce serait compliqué de trouver un challenge intéressant ailleurs. À 35 ans, vous avez cette opportunité-là, alors tout était réuni pour que je reste. Ma famille et moi-même nous plaisons énormément ici.

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Ce fut difficile de prendre la décision d’arrêter votre carrière de joueur ?

Non, ça n’a pas été compliqué. C’est venu comme ça. J’entends parfois que c’est une petite mort mais ça s’est fait naturellement. Je suis resté dans le bain en passant de gardien de but à entraîneur des gardiens chez les petits. Les journées étaient beaucoup plus remplies donc je n’ai pas eu le temps de gamberger, et je ne regrette pas du tout ce choix-là.

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Vous n’avez pas vécu d’expérience à l’étranger. Par envie ou par manque d’opportunités ?

Les deux. Ça ne m’a jamais fait envie plus que ça, et puis j’ai eu très peu d’opportunités. Par contre, les opportunités que j’ai eues étaient vraiment concrètes, avec de belles propositions. J’ai eu des opportunités avec un club turc, un club russe, et aussi un très gros club croate. Ce sont des pays qu’on connaît un peu moins mais les challenges étaient excitants. J’ai préféré à chaque fois rester en France, j’estimais que c’était tout aussi excitant pour mon avenir personnel, donc ça ne s’est pas fait.

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Pourquoi avoir choisi de vous reconvertir comme entraîneur des gardiens ?

Ça m’a tellement semblé naturel que ça n’a pas été réfléchi. Je pense que ça s’est installé en moi petit à petit tout au long de ma carrière de joueur. Quand j’étais pro, je passais parfois une heure à faire des petits spécifiques avec les jeunes gardiens qui étaient inscrits aux stages de vacances. J’allais aussi parfois faire les séances avec les gardiens du centre de formation, souvent à la demande de l’entraîneur des gardiens du centre. Je passais des super moments. À Nancy, j’ai passé mes premiers diplômes d’entraîneur à 21 ans. Et puis en discutant avec Pablo Correa, Jean Fernandez, ainsi que des entraîneurs des gardiens que j’ai côtoyés à Nancy et à Auxerre, on me disait tout le temps que je finirais entraîneur. Ça s’est peut-être ancré à force de l’entendre. Je me plaisais à entraîner les plus jeunes, à distiller des conseils, à être de l’autre côté. Je me suis dit que ça pouvait être une belle reconversion, c’est un projet dans lequel je peux m’épanouir à 100%.

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Comment travaillez-vous avec vos gardiens ? C’est quoi la méthode Olivier Sorin ?

Il n’y a pas de méthode (rires). Je le fais en fonction de mes réflexions et de mes sensations, comment je vois le poste, en fonction des gardiens. C’est une réflexion et des sensations. Joueur, j’étais un gros travailleur et je peux vous assurer qu’en tant qu’entraîneur, ça n’a pas changé. On cherche, on creuse, on essaye. Comme je le dis tout le temps aux gardiens, on va passer plus de temps ensemble qu’avec l’ensemble du groupe, donc je leur demande beaucoup de concentration, beaucoup de sérieux, de tout faire à haute intensité du premier au dernier ballon, et surtout de toujours le faire avec bonne humeur et plaisir. Parce qu’on peut allier le sérieux et la concentration avec le sourire et le plaisir. Quand j’ai tout ça à l’entraînement, je suis le plus heureux.

Olivier Sorin, 39 ans, se félicite de voir une équipe du Stade Rennais « qui défend très bien » et « des gardiens qui sont très performants dès qu’on fait appel à eux ».

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Qu’est-ce qu’un bon entraîneur des gardiens ?

Pour moi, c’est quelqu’un qui arrive à répondre aux besoins de tous ses gardiens, pas seulement du numéro 1. C’est quelqu’un qui arrive à faire performer son numéro 1, son numéro 2, son numéro 3, son numéro 4 quand on fait appel à eux. C’est quelqu’un qui arrive à leur inculquer des valeurs, parce que c’est aussi une histoire d’hommes, qui leur permettent de performer et de progresser.

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Comme vous l’aviez fait avec Pépé Bonet contre Cluj, en allant vous mettre derrière son but ?

Ça a pu surprendre, ça a fait parler. Des choses fausses ont été dites, je lui disais soi-disant ce qu’il devait faire, à gauche ou à droite, un peu comme un joueur de PlayStation. Mais ce n’était pas du tout ça. Il est rentré dans un contexte particulier et il ne faut pas oublier que Pépé avait à l’époque 16 ans, qu’il avait intégré le groupe professionnel depuis seulement 4 mois. Il est rentré au bout de cinq minutes de jeu dans un match d’Europa League, il a pris un but alors qu’il n’avait pas encore touché le ballon. Dix minutes après, je suis allé le voir pour savoir si tout allait bien, comment il se sentait, et lui ramener de quoi boire. Je suis resté derrière parce qu’il faut savoir qu’à l’entraînement, quand il y a des jeux, l’entraîneur des gardiens est très souvent derrière un but ou sur un côté pour ramasser les balles. Je voulais qu’il retrouve cette même configuration. C’était une réflexion et une sensation, ça s’est fait comme ça.

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Imaginez-vous un jour être entraîneur numéro 1 d’un club ?

Non, jamais. Je ne me sens pas du tout l’âme d’un entraîneur principal. J’adore le poste de gardien de but, je m’épanouis entièrement. Entraîneur d’une équipe professionnelle, c’est un job de malade. Ce n’est pas du tout un chemin que j’envisage de prendre.

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Sur Facebook, vous partagez pas mal de photos du dessin animé Olive et Tom. Vous aimiez regarder quand vous étiez plus jeune ?

Ah oui, j’adorais ça ! Je n’aime pas trop mettre des photos de moi. Je trouvais qu’Olive et Tom, c’était un bon compromis parce que c’est un dessin animé où il y avait deux gardiens de but qui étaient aussi des héros. Etant gardien de but, on s’identifie aussi à ça quand on est petit.

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D’ailleurs, comme le gardien Thomas Price, vous avez porté un pantalon pendant toute votre carrière !

Ça a sûrement joué (rires) ! En fait, à l’entraînement, j’étais tout le temps en pantalon, je me sentais très à l’aise là-dedans, plus qu’en short. J’étais à l’aise comme ça à l’entraînement donc j’ai décidé de jouer aussi comme ça en match. Je peux vous dire que beaucoup de coéquipiers m’ont chambré ! Beaucoup d’adversaires aussi, mais ça a toujours été pour rigoler.

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Digestif
Le meilleur gardien du monde : « Si je dis Edouard Mendy, vous n’allez pas me croire (rires). Sincèrement, je trouve que (Marc-André) ter Stegen, de Barcelone, est peut-être le gardien le plus complet aujourd’hui. »
Le stade le plus marquant : « On va dire le Stade de France, parce que je n’y ai que de bons souvenirs, comme joueur et comme entraîneur [il faisait partie du staff rennais lors de la victoire en Coupe de France en 2019, ndlr] ! Mais je tiens à dire que ces dernières années, le Roazhon Park, c’est exceptionnel. Le stade est super beau et les supporters mettent une ambiance de dingue. À chaque fois qu’on joue à domicile, on s’éclate. »
L’adversaire le plus marquant : « Karim Benzema m’a mis pas mal de buts, quand il était à Lyon puis à Madrid. Il m’en a mis un paquet, donc Benzema. »
Le coéquipier le plus marquant : « En 1, Moncef Zerka. On s’est connus à 8-10 ans, on a joué ensemble à Orléans, on s’est retrouvés au centre de formation à Nancy en 1998 et on s’est quittés quand je suis parti en 2006. Il a été mon témoin de mariage, c’est plus qu’un coéquipier. Après, purement footballistiquement, Benoît Pedretti m’a beaucoup marqué. Il voyait tout avant tout le monde sur le terrain. Il nous amenait sa confiance et sa science du jeu. L’homme est top et le joueur exceptionnel. »

Quentin Ballue (couverture réalisée par Pauline Girard)

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