Crédits: AS Monaco
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Niko Kovac à l’assaut du Rocher

L’AS Monaco a vécu un nouveau séisme la semaine dernière. Robert Moreno a été licencié et Niko Kovac l’a remplacé dans la foulée. Les dirigeants monégasques espèrent que l’entraîneur croate apportera un vent de fraîcheur en Principauté après deux saisons bien décevantes. 


Le goût du risque

Si la nomination de Niko Kovac fait figure de surprise et présente déjà des zones d’incertitude, elle présente une rupture nette avec le projet précédent qui s’essoufflait. @Mr.Taffinovic est un supporter monégasque actif sur Twitter et le créateur du MuneguMag. “Il n’y a pas besoin de prendre beaucoup de recul pour voir que ça n’allait pas. Il y a deux ans, on paye les mauvais choix accumulés depuis plusieurs saisons et on frôle la relégation. La saison dernière, on finit à une terne 9e place, bien loin des objectifs affichés. On espère retrouver le haut de tableau rapidement, car ces deux dernières saisons ont été assez éprouvantes pour nous”, analyse-t-il avec lucidité. Cependant, personne n’imaginait une telle secousse sur le Rocher. Arrivé le 28 décembre dernier en remplacement de Leonardo Jardim, Robert Moreno promettait du jeu et de la possession. Moins de sept mois plus tard, et alors que les compétitions ont été arrêtées à la mi-mars, le technicien espagnol sort par la très petite porte sans avoir pu réellement exprimer ses idées. “C’est tombé comme un coup de tonnerre”, affirme @Mr.Taffinovic. “Absolument personne ne s’y attendait. Cela peut s’expliquer par l’arrivée de Paul Mitchell au poste de Directeur Sportif. Il est arrivé avec les pleins pouvoirs. Il fait son travail et place les hommes en qui il a confiance”

Parmi ces hommes de confiance, Niko Kovac, que Paul Mitchell a eu le temps d’observer lorsqu’il était chef du recrutement et du développement du RB Leipzig puis superviseur du pôle football chez Red Bull (2018-2020). Outre-Rhin, le nouveau duo fort de l’AS Monaco possède une solide réputation. En revanche, en France, ils font leurs premiers pas. Sans expérience en club hors d’Allemagne, Kovac amène avec lui beaucoup de doutes. Lorsqu’on lui demande si ce choix est cohérent, @Mr.Taffinovic paraît plutôt sceptique. “Cohérent venant de Paul Mitchell. Cohérent pour l’AS Monaco, je ne sais pas. C’est un coach qui, malgré un passage mitigé au Bayern Munich, a tout connu dans sa carrière de joueur. Il jouit d’une réputation plus importante que Robert Moreno, pour sûr. Il a un “nom””

Des promesses à Francfort 

Les monégasques souhaitant se rassurer regarderont sans aucun doute la période francfortoise du croate, pendant laquelle il a affiché des promesses restées aujourd’hui sans lendemain. Il n’y a qu’à écouter les supporters de l’Eintracht pour mesurer les réussites de Kovac dans le Land de Hesse.

@FrEintracht est un supporter français de Francfort. Il garde un très bon souvenir du passage du nouveau technicien monégasque. “On retiendra surtout cette coupe d’Allemagne gagnée 3-1 face au Bayern et les festivités qui s’en suivirent dans Francfort durant plus d’une semaine”, se remémore-t-il. Après 30 ans de disette (20 ans si l’on compte le titre de deuxième division en 1998), l’Eintracht soulevait son premier trophée. C’était également le premier de Kovac en tant qu’entraîneur, venant récompenser deux saisons de travail et de progression (11ème place en championnat en 2016-2017, 8ème place en 2017-2018). “Son système favori restait le 3-5-2. 2 vrais axiaux derrière avec un bon 6 relanceur entre les 2 (Hasebe), 2 pistons, 2 récupérateurs, un bon 10 et on jouait avec 2 neufs devant, avec des profils complètement différents”, décrit @FrEintracht.

Onze de départ de Niko Kovac pour la rencontre Enintracht Francfort-Mayence (3-0) du 17 mars 2018.

Après une première expérience très mitigée en tant que sélectionneur de la Croatie (2013-2015), Niko Kovac voulait donc d’abord s’appuyer sur une maîtrise tactique irréprochable. Le 3-5-2 offrait à la fois la possibilité de se reposer sur une base défensive solide et d’exploser rapidement en contre-attaque grâce aux deux pistons. Septième et sixième défense lors de ses deux saisons sur les bords du Main, il peut donner à Monaco la chance de retrouver une stabilité là où ses arrières ont souffert lors des deux dernières années (pire défense du top 10 cette saison, 17ème en 2018-2019). Le mercato monégasque devrait d’ailleurs se concentrer sur ce secteur. “Ca a été notre plus gros point faible dernièrement. Il nous faut un joueur qui dégage une certaine sérénité, ainsi qu’un milieu défensif capable de faire les efforts, un type à “4 poumons”, selon @Mr.Taffinovic. 

L’obstacle munichois 

Alors que Jupp Heynckes part à la retraite à l’issue de la saison 2017-2018, les Bavarois choisissent Kovac pour le remplacer. Il donne son accord avant même la fin de saison et la finale de Coupe d’Allemagne face à son futur club. “Avec la saison 2017-2018 qu’il avait faite, ça semblait évident qu’il allait partir”, reconnaît @FrEintracht. Le Bayern Munich devait être la confirmation pour le Croate. Il fut finalement une marche beaucoup trop haute pour lui. Lors de sa nomination j’ai été rapidement sceptique. Un jeune coach presque  « inconnu » en tant qu’entraineur, bien qu’ancien joueur bavarois, m’a un peu dérangé. On sortait tout juste d’une période compliquée entre le départ d’Ancelotti et le retour de notre légende Jupp Heynckes. On s’attendait surtout à un top coach pour retrouver le toit de l’Europe que l’on attend depuis 2013”, nous dit @roro_dc, un supporter français du Bayern Munich, même s’il admet également les qualités tactiques de l’ancien milieu de terrain. “Il a été très convaincant à Francfort. Il a transformé l’équipe d’un relégable en un club européen”. 

Satisfait du système qu’il a installé à Francfort, Niko Kovac décide de l’importer en Bavière, sans faire l’unanimité, loin de là. Le jeune technicien avait des idées mais le Bayern possédait également les siennes, des bases sur lesquelles il n’a pas voulu s’appuyer. “Kovac est arrivé avec beaucoup d’idées pour le club. Une défense compacte, ce qui n’a absolument pas fonctionné, une mentalité de guerrier – encore une fois on ne l’a malheureusement pas vue, le moral de l’équipe était très bas –  la rotation dans l’effectif et la chance pour la jeunesse qui, là encore, n’a pas fonctionné. Il promettait du temps de jeu à certains qui n’en n’ont pas eu. Je ne peux que citer les exemples de James ou Renato Sanches. Il n’aura pas amené son style et n’aura pas correspondu à la philosophie du Bayern, ce qui fait que, pendant son passage, le Bayern ne ressemblait pas au Bayern. Certes, il y a eu le doublé national mais souvent on s’est demandé si c’était surtout grâce au talent individuel de l’équipe. Il a essayé de ramener son bagage de Francfort sans avoir la possibilité de pouvoir l’installer, du fait de la pression et des attentes d’un top club, tout en oubliant la philosophie munichoise”, résume @roro_dc. Le contre-attaquant croate s’est donc heurté à la possession bavaroise.  

Monaco, le moment ou jamais

La Principauté représente déjà un tournant dans la carrière d’entraîneur du natif de Berlin. Revenant à un standing plus bas que le Bayern Munich mais se plaçant dans un niveau d’exigences tout de même élevé, il doit confirmer les attentes vues à l’Eintracht, qu’il a quitté il y a deux ans. Alors que les reproches passés se sont beaucoup attardés sur son manque de charisme, le jugement se portera également sur sa capacité à diriger une équipe qui sort d’une période difficile. “La motivation de son groupe, c’est ce qui lui était souvent reproché. Chez nous, quand un match était terne, il ne disait rien, que ce soit sur le banc ou à la mi-temps”, déclare @FrEintracht. “ll lui a manqué le leadership, le vestiaire l’a mangé, ce n’était pas un meneur d’homme. Le Bayern est un club incroyable mais les égos sont parfois immenses, comme dans beaucoup de clubs. Kovac n’a pas réussi à gérer ça. On l’a bien vu dans sa gestion des cas Müller, James, Hummels, etc.”, confirme @roro_dc. “Quand les résultats étaient un dessous des attentes il devait réagir vite et ne faisait pas forcément les bons choix, car trop de pression. Ses changements tactiques étaient malheureusement inadaptés et incohérents. Disons simplement qu’il lui manquait du caractère”, poursuit-il. Et lorsque nous demandons à @Mr.Taffinovic quel sera le premier gros chantier de Kovac, il nous répond justement l’effectif. “Nous avons beaucoup de joueurs sous contrat, il va vite devoir tirer les conclusions qui s’imposent. Il n’a que très peu de temps pour dégraisser, et façonner une équipe à son image. Les derniers matchs amicaux vont dans ce sens, Kovac parle lui même de “revue d’effectif””


Le chantier est donc assez important pour le moment. Niko Kovac arrive à Monaco avec l’objectif et l’ambition de replacer l’équipe dans le top 5 du championnat. Mais il débarque aussi avec l’ambition personnelle de gommer ses défauts en parvenant à canaliser un groupe très étoffé dont le mental a fait défaut ces deux dernières saisons. Le Croate va donc devoir muscler son propre leadership car, sur le Rocher plus qu’ailleurs, les entraîneurs ont désormais pris l’habitude de voir leur temps compter à la minute près. 

Mudry Nicolas

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