Actu

Lionel Laporte, de primeur à agent de joueurs

Le père d’Aymeric Laporte vient de lancer son activité dans le monde du ballon rond, après 40 ans derrière son étal de fruits et légumes au marché couvert d’Agen.


Le réveil sonne chez lui à 5h tous les matins depuis l’âge de 14 ans. Aux côtés de sa grand-mère et de sa mère, Lionel Laporte découvre le métier de primeur sur le marché couvert d’Agen. L’adolescent s’initie aux ficelles du commerce alors qu’il se rêvait gendarme. Le large choix de fruits exotiques, denrées rares en métropole il y a quelques années, classe l’étal du Jardin Tropical comme l’un des plus beaux du pays. Occupé à reprendre les rênes de la boutique et son lot de fruits et légumes issus des exploitations familiales, le primeur a vu son fils Aymeric connaître la même trajectoire fulgurante mais dans le monde du ballon rond, au pays de l’ovalie. Si bien que Lionel Laporte se retrouve à jongler entre son activité et les déplacements pour suivre l’évolution de son fils chaque week-end, jusqu’à le voir prendre son envol à Bilbao. « Je n’avais pas le temps de me reposer, je suivais tout, mais nous avions peu de moments en famille », insiste la figure paternelle, son regard bleu perdu dans les souvenirs des photos qui défilent sur son portable. Il y a près d’un an, c’était un peu la fin des haricots dans les rues agenaises : l’institution Laporte, dans la famille depuis quatre générations, changeait de propriétaire. « Je n’avais plus la même niaque qu’à mes débuts et les clients ronchons, ça peut user », plaisante-il aujourd’hui.

Une reconversion “naturelle”

À l’aube de ses 55 ans, c’est tout « naturellement » qu’il a trouvé son second souffle et s’est lancé dans de nouvelles activités : agent de joueurs, préparateur physique et entraîneur. « Sans peur de s’éparpiller », assure-t-il. Le monde sportif ? Au-delà de son expérience avec son fils Aymeric, il le connaît pour avoir joué au SUA avant que « Pierrot » Fernandez ne le dise « trop fou » pour ce sport et le mette au rugby. « J’ai aussi entraîné » souligne-t-il. Le jeune Lionel Laporte a notamment eu sous ses ordres Damien Cler, passé par l’équipe de France de rugby à VII, au même titre que Vincent Inigo. Les souvenirs sont intacts et les nombreuses traversées des Pyrénées ont servi de déclic pour cette nouvelle vie. Mais l’ancien primeur n’a encore jamais traversé La Manche pour voir son fils sous les couleurs de Manchester City. Et il y a peu de chance de voir Lionel et Aymeric parapher un nouveau contrat ensemble. « Il a embauché un directeur financier », explique le père Laporte voulant préserver une part de son jardin secret.

Une seconde chance

Lionel Laporte compte bien s’appuyer sur ses nombreux contacts au sein des différents clubs avec lesquels il était en contact à l’époque, notamment Bordeaux ou Marseille mais aussi Bilbao, pour placer ses nouveaux poulains, qu’il compte entraîner depuis chez lui, à Saint-Hilaire-de-Lusignan. Et Lionel Laporte n’est pas à son coup d’essai. L’ancien rugbymen agenais a installé un terrain synthétique pour que son fils cadet, Léo, puisse améliorer ses gammes. « Je lui interdisais de jouer du droit quand il était petit pour qu’il sache utiliser son pied gauche » raconte Lionel. L’avant-centre de 16 ans évolue à Marmande en R1 et compte rebondir après un essai non concluant chez les Stéphanois il y a deux ans. « Il m’assure que je serais son agent plus tard » s’amuse Lionel Laporte. En contrebas, la cage de foot fabriquée par le grand-père pour Aymeric trône comme une relique au milieu de hautes herbes. En attendant le succès de Léo, Lionel Laporte collabore avec l’Ukrainienne Iryna De Rosa et le Bordelais Guillaume Valladeau pour étoffer sa liste de joueurs à suivre. L’oeil expérimenté de commerçant en quête du produit idéal écume désormais les stades et les entraînements pour dénicher un nouveau talent. Diplôme en poche depuis janvier, Lionel Laporte a déjà participé à la signature d’Anthony Rouault au TFC et celle de Cehaib El Moutawakil chez les Girondins. « Quand j’appelle un responsable d’une cellule de recrutement, on ne me prend pas pour n’importe qui », annonce fièrement celui pour qui son ancienne vie semble loin.

Loïc Bailles

0