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Le football albanais en grève contre le Gouvernement

L’Albanie connaît en ce moment même une drôle de crise sur ses terrains de football. Le Parlement du pays a récemment voté une série de dispositions juridiques jugées dérisoires pour soutenir financièrement le monde du sport touché par la Covid-19. En réponse, la totalité des clubs de football de première division a décidé de boycotter la saison 2020-2021. 


Une fracture entre les mondes footballistiques et politiques

La France du football avait laissé l’Albanie le 17 novembre dernier lors d’un match des éliminatoires de l’Euro 2020 pour une victoire 2-0 (buts de Corentin Tolisso et Antoine Griezmann), également le dernier match des Bleus avant la pandémie. Celle-ci a eu un impact considérable sur le monde du ballon rond, plongeant de nombreux acteurs dans une incertitude économique suscitant des inquiétudes. En Albanie, les clubs attendaient avec impatience les mesures du Gouvernement pour apporter du soutien au monde du sport, alors que des promesses avaient été faites dès le 11 mars 2019. Plus d’un an après, les dispositions juridiques prises récemment ne les ont pas du tout convaincus. 

“Non seulement, le Gouvernement n’a pas soutenu le football, mais il l’a également ignoré”.

Armand Duka, président de la Fédération de football albanaise, lors d’une interview pour l’émission “Sport News Plus” sur News 24.

Aldo suit de très près l’actualité du championnat albanais, la Kategoria Superiore (Super Ligue Albanaise), et de l’équipe nationale, qu’il retranscrit sur le compte Twitter @FutbolliShqipFR. Pour lui, “la loi présentée par le Gouvernement albanais visait à apporter quelques changements, mais qui sont dérisoires et n’aident pas à améliorer l’économie du football en Albanie”. “La loi est assez confuse, on n’a pas trop les détails de celle-ci, et si les clubs n’avaient pas décidé de boycotter le championnat, on n’en aurait probablement jamais entendu parler”, poursuit-il.  Le 31 mai dernier, avant la reprise du championnat, le président de la Fédération de football, Armand Duka, avait été invité par l’émission “Sport News Plus” de la chaîne News 24 pour parler de la situation du football dans son pays. Il déclarait alors ne pas comprendre le comportement des dirigeants albanais. “Non seulement, le Gouvernement n’a pas soutenu le football, mais il l’a également ignoré. Je regrette que cela ne soit pas devenu une réflexion économique”.  

Un boycott et des questions

La réaction du football albanais a été rapide et a provoqué une onde de choc dans le petit pays des Balkans. Les dix clubs de Kategoria Superiore ont décidé de boycotter la saison 2020-2021, le Teuta Durrës ayant finalement rejoint la fronde de ses homologues. La précédente saison vient à peine de s’achever, le 29 juillet, avec un 25ème titre de champion pour le KF Tirana. “Le président de la Ligue de Football Albanaise a signé lui-même la lettre de boycott du championnat. Le président de la Fédération était présent en compagnie des présidents des clubs et de la LFP pour apporter son soutien”, précise Aldo. Le syndicat des joueurs de football albanais a également réagi à cette décision. “Bien que l’Union des footballeurs professionnels albanais ait été délibérément omise des réunions où des questions footballistiques étaient débattues, notre voix étant considérée comme “la musique d’un orchestre de pierre”, nous déclarons aujourd’hui que nous soutenons pleinement la décision de la Ligue de boycotter le championnat de football, car nous considérons que les exigences de la Ligue sont légitimes et pleinement réalisables”. “Mais en dehors de la fédération albanaise, aucun joueur n’a réagi, ni aucune autre fédération”, ajoute Aldo. Le boycott sera effectif à partir du 12 septembre prochain, date de la reprise du championnat. 

Pour sortir de la crise, la Ligue et les clubs albanais ont présenté quatre revendications. “Les clubs revendiquent une exonération fiscale pour les joueurs professionnels sur une durée de 2 à 10 ans et une nouvelle loi sur le sponsor des clubs. De plus, ils réclament une réduction des amendes et plus de délais dans les règlements des obligations fiscales, afin d’éviter l’effondrement financier des clubs, ainsi qu’une réduction de la TVA de 6%, à l’instar de l’agriculture et du tourisme”, détaille Aldo. Tant que ces revendications ne seront pas respectées, les clubs poursuivront le boycott. “La situation économique des clubs albanais est assez floue, contrairement à la France, où l’on a accès à des rapports très facilement, via la DNCG. Il est très difficile, voire impossible, d’avoir accès aux documents sur la situation économique des clubs albanais”, complète Aldo. 

Les contours de cette prise de position restent confus. “Aucune information n’a été communiquée concernant les coupes d’Europe, leur seule annonce étant le boycott du championnat à partir du 12 septembre”, déclare Aldo. Pour rappel, le champion, le KF Tirana, doit disputer le premier tour préliminaire de la Ligue des Champions, tandis que les deuxième et troisième du championnat, Kukësi et Laçi, ainsi que le vainqueur de la Coupe d’Albanie, le Teuta Durrës, joueront le premier tour des qualifications de la Ligue Europa.

Un avenir incertain en Albanie

La situation paraît pour l’instant bloquée alors que chaque partie campe sur ses positions. Et en attendant, le football albanais en pâtit. “Il pourrait y avoir de graves répercussions si le Gouvernement décide de ne pas écouter les clubs, puisqu’ils ne disputeraient plus aucune rencontre. Le Gouvernement pourrait éventuellement penser à sanctionner les clubs pour leur boycott”, prévient Aldo. 

Selon lui, “la réaction des clubs est compréhensible, puisqu’ils s’attendaient à une véritable aide. Ce qui est plus surprenant, c’est l’union de tous les clubs du championnat, ce qui est un fait très rare”. Reste à savoir si les dirigeants se risqueront à des sanctions qui auraient certainement pour effet d’envenimer un conflit déjà bien chaotique avec le monde du football albanais.    

Nicolas Mudry

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