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James, ton combat nous a permis de nous épanouir au Parc

James, notre génération de supporters parisiens t’est reconnaissante et se souviendra toujours de toi.


James Rophe s’est éteint dans la nuit de mardi à mercredi. Son nom vous est sûrement inconnu, il l’est en revanche moins pour les supporters du Paris Saint-Germain, son club de toujours. Hier, les hommages ont défilé. Le club, des anciens joueurs, des journalistes, des leaders de tribunes et des groupes ultras… 

Mais un hommage manque à l’appel. Celui des jeunes habitués du Parc qui, comme moi, se sont véritablement épanouis avec le retour des ultras à l’automne 2016, après une longue absence remarquée. Une génération, qui après avoir découvert l’incandescence du Parc à l’enfance, l’a brutalement vue disparaître à l’adolescence. La cause ? Le plan Leproux qui entre 2010 et 2016 a empêché la constitution et le regroupement de groupes de supporters en virages.

Tu as ressuscité nos rêves déchus

Les jeunes supporters parisiens âgés de la vingtaine ont découvert le PSG avec une équipe franchement nulle (qu’aurait donné d’un Mohamed Henni parisien à cette époque ?), mais pouvaient au moins se targuer d’avoir un stade qui était un îlot de fierté dans un océan de la nullité. Peu importe le classement, vous alliez au Parc pour la première fois, les virages vous donnaient des frissons. À l’instar du Covid-19, ce virus est contagieux et n’a pas de vaccin. Que faire ? « Ce qu’on ne peut empêcher, il faut le vouloir » nous conseille astucieusement Machiavel. Vous deveniez donc fou du Parc, vous en rêviez, impatients d’y aller avec vos amis à l’adolescence pour chanter et participer à cette messe bimensuelle. Mais non. Avec l’annonce du Plan Leproux, tout s’arrête, l’élan est brisé, les rêves s’évanouissent. Alors on se refuge dans les vidéos YouTube, de mauvaise qualité car filmées par des téléphones à clapets, pour regretter et pleurer la ferveur d’un Parc entrevu à l’enfance mais qui a aussitôt disparu à l’adolescence. Dans la cour du collège, on tente péniblement de convaincre les camarades supporters lyonnais et marseillais que « le Parc, c’était mieux avant ». Alors trop jeunes pour pouvoir agir, d’autres l’ont fait pour nous et nous ont permis d’aller au bout de nos rêves d’enfants en organisant des manifestations ou des « contre-parcages » à travers la France pour montrer que les mesures liberticides visant les supporters du PSG étaient inefficaces, en plus d’être contestables. Grâce à James et d’autres, notre génération a enfin pu découvrir à partir de 2016 un Parc avec une ambiance, qui certes n’atteindra jamais les sommets d’avant, mais qui a le mérite d’exister. À nous de la faire nôtre, de la faire vivre et de l’embellir. À cet égard, le dernier PSG-Dortmund restera dans les mémoires de cette génération.

PSG-Dortmund, une dernière belle ambiance avant de plonger dans le confinement [Yahoo]

Tout ça grâce à ton combat 

Ton combat était celui de la perpétuation, de la transmission des us et coutumes qui ont fait du Parc sûrement l’une des plus belles ambiances de France pendant 20 ans. Figure de la contestation parisienne, James appartient à une génération qui a vu naître Auteuil sous le regard, bientôt jaloux, du grand frère Boulogne dans les années 1990, avant de voir l’apothéose des virages, qui s’est malheureusement terminée dans un honteux bain de sang avec les morts de Julien Quemener (2006) puis de Yann Lorence (2010) aux abords de la Porte de Saint Cloud.  « Que faire du PSG ? » titrait l’Équipe un mars 2010 après la mort de Yann Lorence qui « oblige à s’interroger sur l’avenir du club parisien ». Les mots sont forts et durs, la réponse répressive le sera tout autant. Le 8 mai 2010, le couperet tombe : le Parisien révèle les dessous du plan Leproux. Comme un symbole, le jour de l’anniversaire de la victoire européenne de 1996. Une décision injuste, mais dont la radicalité était peut-être l’unique échappatoire au climat délétère. Les années tribunes de 13 000 personnes volent en éclats, balayées d’un revers de main. 

Alors que l’enchainement du plan Leproux puis du rachat qatari en 2011 était la voie royale pour la transformation sociologique du public parisien, James et d’autres ne lâchent pas pour que le Parc retrouve un jour la splendeur de ses tifos, et de l’écho de ses chants d’antan. Ne jamais rien lâcher, toujours contester. Alors que le Parc était passé de cocotte-minute à la risée, à juste titre, des tifoseria rivales françaises. De 2010 à 2016, chaque amoureux rouge et bleu entendait avec désolation les « Il est mort le Parc des Princes ! » résonner des parcages visiteurs. Sans groupes, sans capos, sans mégaphone, le public était las, sans réponse face à ce qui constituait une humiliation suprême. Aujourd’hui, le Collectif Ultras Paris n’est plus à l’état embryonnaire et s’agrandit d’années en années. Encore impossible et inconcevable il y a ecnore quelques années, le dialogue revient progressivement entre les groupes épars à Boulogne et le club.

Le tifo du Collectif Ultras Paris en hommage à Poucky et Momo en mai 2017 [PSG Society]

Après le départ de « Momo » en 2017, animateur sur Skyrock mais surtout photographe des Supras Auteuil, une autre figure générationnelle des supporters parisiens, moins connue mais non moins importante, a été à son tour emportée par la maladie.


J’espère juste que tu pourras entendre et regarder le Parc d’en-haut lorsqu’il pourra enfin déployer un tifo en ton honneur.   

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