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D’Hechter au Qatar : l’histoire tumultueuse du maillot du PSG

En retrait de l’actualité brûlante du ballon rond, Caviar magazine vous propose une série d’articles autour des couleurs et de l’identité des clubs, de Ligue 1 puis d’autres championnats. Honneur au club le plus titré du football français : le Paris Saint-Germain.

« Le vrai maillot, c’est celui que j’ai dessiné ». Ces mots sont ceux de Daniel Hechter, président du Paris Saint-Germain de 1973 à 1978, lors d’une interview accordée au Parisien en mars 2019. Interrogé sur l’histoire du PSG et les couleurs actuelles de la tunique du club de la capitale, il répond avec franchise et sans filtre : « Il est moche ! Il n’est pas pire que celui de 2016 qui était épouvantable en bordeaux et marine. » La légitimité pour s’exprimer ainsi sur le maillot parisien, Hechter l’a. Parce que sa présidence a durablement marqué l’histoire de ce club.

Face à l'OM, le mythique Safet Susic revêt la tunique historique du club de la capitale. [So Foot]
Face à l’OM, le mythique Safet Susic revêt la tunique historique du club de la capitale. [So Foot]

La naissance du maillot Hechter

Lorsque Daniel Hechter fait son arrivée à Paris en compagnie de Jean-Paul Belmondo ou Francis Borelli, le PSG est en seconde division. La saison 1973-1974 est un succès puisqu’elle permet aux Parisiens d’accéder à l’élite du football français à l’issue d’un match de barrage disputé face à Valenciennes. Jusqu’alors président du comité de gestion, Hechter prend les rênes de la présidence à l’occasion de la saison 1974-1975, la deuxième de l’histoire du club en première division.

Au-delà de son poids sur les résultats et la gouvernance sportive, Daniel Hechter joue un rôle central dans la construction de l’identité du Paris Saint-Germain. Si les couleurs rouges et bleues sont adoptées dès la fondation du club en 1970, c’est en 1973 qu’Hechter dessine un maillot qui fera date dans l’histoire du PSG, maillot qui conservera à jamais son nom. Ce modèle à dominante bleue est marqué par une large bande centrale rouge. Il s’inspire du maillot de l’Ajax Amsterdam à une époque où le club néerlandais vit un âge d’or : il s’impose à trois reprises en finale de la Coupe des clubs champions européens entre 1971 et 1973. Une inspiration de choix pour Daniel Hechter, un ami de Johan Cruyff, qui brille de mille feux sous le maillot amstellodamois.

Ami d'Hechter, Johan Cruyff porta à deux reprises la tunique du PSG lors d'un tournoi. [France Football]
Ami d’Hechter, Johan Cruyff porta à deux reprises la tunique du PSG lors d’un tournoi. [France Football]

Première rupture sous l’ère Borelli

Le premier à tenter de faire évoluer la tunique parisienne est Francis Borelli, président de 1978 à 1991. Une tunique blanche, ornée de deux fines bandes rouges et bleues, est choisie et portée pour la première fois en octobre 1981. Borelli décide de mettre sa pâte sur le Paris Saint-Germain, tout en ménageant son histoire : inversées, les couleurs historiques sont conservées, et le maillot Hechter devient le deuxième maillot. Le retour de ce modèle cette saison a semblé plaire au public parisien. Il est un des premiers maillots de l’ère qatarie à faire directement référence aux modèles historiques. Dans les années 1990, Borelli se permet une évolution graphique de taille : la Tour Eiffel vient prendre la place des deux bandes rouges et blanches.

Lorsque l’ère Borelli prend fin, le club de la capitale passe sous le giron de Canal+. En 1992 et 1993, les deux premiers maillots de cette nouvelle ère sont en rupture complète avec la tunique historique du club parisien. Le groupe télévisuel français, à la tête du club pendant plus de 15 ans, fait d’abord le choix d’une tunique blanche aux épaules bleues. Le modèle de 1993 est très différent : plusieurs bandes rouges verticales ornent une tunique bleue. Très peu apprécié par les fidèles du club parisien, qui le surnomment « la couverture », il est très vite remplacé par une réplique du maillot Hechter. Comme un symbole, le mécontentement général pousse le club à revenir à ses racines les plus profondes.

Javier Pastore lors de la saison 2011-2012, la dernière fois que le PSG porte une réplique du modèle Hechter. [CNN]
Javier Pastore lors de la saison 2011-2012. Depuis, le PSG n’a plus porté de maillot réplique du modèle Hechter. [CNN]

Le maillot Hechter comme un boomerang

La suite des années 1990 est plus conforme aux attentes des supporters. Un maillot bleu orné d’une bande centrale rouge est de nouveau adopté. En 2000, le bleu traditionnel fait place à un bleu marine qui laisse les fidèles du club de la capitale très perplexes. « Le maillot ne prend pas », lance les supporters sur une banderole affichée lors d’un match face à l’Olympique Lyonnais en 2001. Il faut attendre 2005 pour que le club choisisse de revenir à son maillot historique. Les modèles version 2008-2009 et 2011-2012 lui sont également fidèles. Mais le maillot Hechter a perdu sa primauté. Chaque année, la tunique parisienne évolue fortement, passant tantôt d’un modèle complètement rouge à un maillot bleu orné de fines rayures rouges.

Le maillot Hechter n’a désormais plus été utilisé depuis huit ans, lors de la première saison du PSG sous pavillon qatari. Mais une large majorité des suiveurs du club de capitale s’y réfère sans cesse avec nostalgie et espoir. Bleu et rouge, ce modèle représentait parfaitement les couleurs de la ville lumière, laissant une petite place au blanc royal de Saint-Germain-en-Laye. Les dirigeants parisiens semblent désormais bouder ce modèle, absent du Parc des Princes depuis 2012. Ils ont souhaité dessiner leur maillot, celui d’un PSG moderne et à l’aube d’une nouvelle page de son histoire. Au mépris parfois d’un club viscéralement attaché à ses racines et à ses couleurs. Les fidèles du club parisien gardent Hechter dans leurs mémoires et dans leurs cœurs. Ils désirent ardemment voir de nouveau son unique tunique sur les épaules de leurs joueurs.

Pierre-Louis Käppeli – @PLKappeli

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