Footballitik

Connectez-vous au Zoom du e-procès de PSG-Dortmund

Ce PSG-Dortmund du 11 mars fait encore jaser. Après la dénonciation de l’incivisme sanitaire des supporters parisiens s’étant rendus aux abords du Parc, les joueurs ont été à leur tour médiatiquement vilipendés pour leur chambrage. Fin mars, l’UEFA entre dans la danse, dénonçant une « conduite inapproprié ». Alors joueurs et supporters coupables ? Connectez-vous sur Zoom pour revivre l’audience.


Avec un nombre de prévenus considérable (les joueurs du Paris SG et les 4 000 supporters présents), le juge a préféré organiser une e-audience sur Zoom. Du fait de la légèreté des emplois du temps de chacun, la grande majorité des prévenus sont présents, à la grande surprise du procureur. Ironie de l’histoire, le huis clos a été demandé par la Cour afin d’éviter la publicité trop importante d’une affaire qui pourrait nuire aux bonnes mœurs du moment. « Pour Paris je perds la raison » après tout.

Le président de la Cour commence par présenter les faits reprochés aux accusés, en exposant les éléments qui ont été mis en lumière lors de l’instruction. Après l’audition de témoins habitant aux alentours du Parc, de quelques CRS, du peu de journalistes présents et des joueurs de Dortmund, la parole est maintenant aux accusés.  

Footix dans l’âme, le juge commence par le seul joueur qu’il connait : Neymar. En train de terminer la fête qu’il organise chez lui au Brésil, décalage horaire oblige, celui qui a planté la première banderille est appelé à activer sa caméra pour expliquer le pourquoi de sa célébration qui imitait celle de jeune Norvégien, d’autant plus que le Brésilien « aurait grandement influencé ses coéquipiers dans leur arrogance collective d’après-match ». Titubant en maillot de bain, l’auteur du premier but se contente de ressortir le désormais célèbre « ça va bien toi, bonjour. Aie aie ouille ouille !  J’ai parlé français » avant de fermer son ordinateur pour repartir teuffer avec les « Toiss ». Décidemment pour Neymar, c’est pas le PSG qui me quitte, c’est moi qui quitte le PSG.  

Garde du corps du clivant numéro 10, Paredes est dans la foulée amené à justifier son « la concha de tu hermana » (« la chatte de ta sœur », insulte très courante en Argentine). Tout en continuant de faire des abdos avec sa femme, il allume sa caméra et monte dans les tours en affirmant qu’il ne comprend aucunement ce qui lui est reproché et qu’il n’a pas de velléités de conquête à l’égard de la sœur de son coéquipier. Le nouveau bad boy du PSG peine à comprendre nos pudeurs de gazelles.

Dépité, le juge se tourne vers un autre Argentin, plus âgé mais non moins immature: « fideo » Di Maria, qui s’était emporté sur le but de l’homme providentiel Bernatinho en lâchant: « il faut en mettre six, sept… Tous les buts qu’on peut. Il faut les humilier, il faut humilier ces fils de pute » (propos retranscrit en français). Conscient de ses lacunes en français, alors qu’il habite depuis bientôt 5 ans à Paris, il se recule de la caméra pour se mettre debout en se trémoussant bizarrement, presque sensuellement ; une célébration qu’il avait pu faire lors d’un classique au Parc, une alternative du « cœur avec les doigts ».  

Remplaçant le temps d’une audience l’habituel avocat des supporters du PSG Pierre Barthélémy, Jérôme Rothen s’essaye à la plaidoirie pour défendre l’art du chambrage qu’il chérit encore et toujours. L’After Foot en attestera. Il pourfend, à raison, le développement d’une hypersensibilité individuelle qui serait tout à fait contradictoire avec l’affichage permanent que permettent et encouragent les réseaux sociaux, auxquels ces mêmes personnes s’adonnent (cf ce qu’avaient publié le community manager et les joueurs de Dortmund à la suite du match aller). Patte gauche dénonce l’avènement d’un football aseptisé dans lequel l’arrogance, le vice, la provocation n’auraient plus leur place. Triste ? Libre à chacun de juger s’il est facile, voire puéril de s’attaquer un jeune de 18 ans. Mais dans ce cas exit Materazzi, Motta, Simeone, Mourinho, Ramos, Ibrahimović mais aussi Neymar ?

Affalé dans son siège, le juge méprise silencieusement un romantisme dépassé exprimé dans une syntaxe à laquelle il n’est pas habitué et qu’il trouve par ailleurs très moyenne. La coupe est pleine. Pour se donner un peu de repos, il s’adresse au vieux sage que pourrait être Luis Fernandez, aka « Luis », lui aussi s’étant rendu aux abords du Parc. Celui qui pourrait représenter le PSG à lui tout seul rappelle cet aveu de Francis Borelli « qu’importe, on pourra même me traiter de fou. Il n’y a que ces couleurs parisiennes qui illuminent mon cœur », un ancien président (1973-1991) qui avouait considérer le turbulent milieu comme son fils. Enfin, concernant le fumigène qu’il s’est amusé à craquer, la LFP n’aura pas gain de cause puisque la pyrotechnie s’est déroulée en dehors du stade. Atteint du Covid-19 mais guéri depuis peu, l’ancien entraîneur et joueur ne regrette aucunement. L’histoire d’amour entre Luis et le PSG continue de s’écrire.

Désabusé, le juge est proche de la rupture mais doit, pour la forme, se résoudre à donner la parole aux milliers de supporters parisiens connectés.  En vain. Habituellement la minorité bruyante du Parc, ils étaient une totalité bruyante ce soir du 11 mars. L’audience est une cacophonie. Une magnifique façon de commencer une nouvelle décennie pour l’histoire des tribunes parisiennes après une fin des années 2000 entachée d’incidents graves et des « 2010s » grandement marquées par le plan Leproux avant la formation progressive du Collectif Ultras Paris.

Loin des yeux, près du coeur. « Notre seul virus, c’est le Paris SG » banderole du CUP mise devant le Virage Auteuil [France 3 Régions]

Trêve de divagations, revenons à l’audience. Ces derniers jours les jugements médiatiques et politiques dénonçant l’attitude irresponsable des supporters du PSG n’ont pas manqué. Les ayatollahs du bien, prompts à attaquer les supporters et le foot, n’ont que faire du maillage territorial et de l’ampleur de l’action solidaire que mène actuellement le CUP, ou d’autres groupes, en l’Île-de-France et ailleurs. Car il est en effet malhonnête de les accuser d’incivisme sanitaire puisque nous pouvons considérer que la véritable « entrée » de la France dans la crise sanitaire mondiale a symboliquement eu lieu après l’allocution présidentielle du lendemain. Mais tout va très vite dans le « coronacircus ».

Les 40 minutes de Zoom dépassées (la Justice française manque vraiment de moyens), le jury et les magistrats se retirent dans la Chambre des délibérations. Chez eux en fait. Forts de leur intime conviction, leur sentence sera annoncée le lendemain. 

Comme promis, la décision de la Cour est proclamée en audience publique sur un Facebook Live suivi par toute la planète foot ; le championnat biélorusse n’intéresse guère à vrai dire. Le tribunal a jugé que les prévenus étaient coupables mais déjà suffisamment touchés et pénalisés par la suspension de leur opium qu’est le football. Il a considéré que cette période de confinement était propice à une introspection pour faire une relecture des « comportement inappropriés, aussi bien de la part des joueurs que des supporters, qui ont émaillé la rencontre PSG-Dortmund du 11 mars 2020 ».


La frustration du confinement s’en ira lorsqu’il sera levé, l’émotion ressentie par les joueurs et les supporters présents, elle, restera. 

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