2026, le jour où le football est devenu américain
La cage et le cuirLa Signature

Christian Jeanpierre : « Juste une histoire de foot racontée par un mec qui voulait faire plaisir aux gens »

Christian Jeanpierre, un nom et un visage bien connus des amateurs de ballon rond dans l’Hexagone. Ancien présentateur de l’émission Téléfoot, le journaliste a commenté les matchs de football et de rugby sur TF1 pendant plus de vingt ans. Le natif du Puy-en-Velay vient de dévoiler son premier roman intitulé « 2026, Le jour où le football est devenu américain ». Il se livre pour Caviar Magazine au sujet de cet ouvrage, accessible gratuitement en ligne.


On vous connait surtout comme commentateur et présentateur, mais vous écrivez également. C’est un exercice qui vous plaît ?

Je ne suis pas romancier, mais je me suis mis à écrire en décembre et c’est venu tout seul. J’avais l’impression que tout ce que j’avais en tête pouvait s’emboîter, que l’histoire tenait la route, que d’une histoire je pouvais rebondir sur l’autre. Ça m’a vraiment amusé de le faire. J’avais déjà fait deux livres. Dans le premier, qui s’appelait « 48 2/3 », je dressais le portrait de sportifs qui m’avaient marqué, des footballeurs ou des rugbymen. Ensuite, juste avant la Coupe du monde de rugby en 2019, j’ai fait un dictionnaire français-anglais du rugby, qui s’appelait « Sorry, Good Game ». Là, c’est la première fois que je m’essaie au roman. Je n’avais jamais écrit de roman, ce qui est un exercice complètement différent. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire, et j’espère que vous allez prendre beaucoup de plaisir à le lire.

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Quel est le point de départ de ce roman ?

Le point de départ du roman, c’est un voyage aux Etats-Unis cet été. J’ai découvert qu’il y avait maintenant des cages de foot absolument partout à New York, plein de terrains de 5×5 et des cages de foot partout. Certes, il y a eu la victoire de l’équipe féminine des USA lors de la Coupe du monde en 2019, mais quand tu vas aux Etats-Unis, tu te rends compte qu’il y a plein de gamins qui jouent maintenant au foot – pour eux le soccer. J’étais déjà aux Etats-Unis en 1994 pour la Coupe du monde. Il y avait beaucoup de monde dans les stades mais le soccer à la télé n’existait pas, il n’y avait que du football américain. J’ai donc constaté le contraste entre ces deux époques, à 25 ans d’intervalle. Le bond qu’a fait le soccer est absolument prodigieux, d’autant qu’il y a de la pub pour le soccer à la télé, dans les aéroports, il y en a partout. Je me suis dit que je pourrais écrire un roman là-dessus, donc l’idée est née comme ça. Après, il me fallait un petit gamin donc j’ai inventé l’histoire d’un petit gamin qui aurait été viré du football américain, parce que pas assez costaud, qui se retrouve à jouer au soccer et qui devient une grosse star pour la Coupe du monde 2026.

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L’Amérique du Nord, c’est en quelque sorte la dernière pièce du puzzle de la conquête du football ?

En tout cas, c’est une pièce super importante. La conquête des territoires est importante, pour la FIFA comme pour tous les sports. C’est vrai que l’Amérique du Nord est un bastion tenu par le football américain de manière très forte. A un moment ou à un autre, le soccer, qui est le sport n°1 au monde, c’est un fait, part à la conquête de cette Amérique du Nord. Je pense que le basculement aura lieu en 2026. Je pense qu’en 2026, le soccer aura vraiment là-bas une énorme place.

« Le soccer a beaucoup de qualités. Tu vas dans n’importe quel pays au monde, tout le monde peut jouer au foot avec un bout de chiffon dans la rue. Que tu sois au Pôle Nord, au Pôle Sud ou en Afrique, tout le monde peut jouer au foot. »

Vous imaginez un match d’ouverture entre l’Angleterre et les Etats-Unis dans ce roman. Il y a un symbole fort derrière ?

On n’arrête pas de dire que les Etats-Unis donnent des leçons au monde entier, que les Etats-Unis sont les maîtres du monde. Moi, j’aimais bien l’idée que la Vieille Europe se réveille et que ce soit un sport né en Angleterre qui parte à la conquête de l’Amérique du Nord. Je trouve que le message était assez marrant. Donc j’ai imaginé un match Angleterre-USA parce que c’était le Vieux Monde, avec son vieux sport, contre le Nouveau Monde. C’est un clin d’œil.

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Et le Vieux Monde arrive à imposer son sport au Nouveau Monde.

Exactement. Je pense que le soccer a beaucoup de qualités. Tu vas dans n’importe quel pays au monde, tout le monde peut jouer au foot avec un bout de chiffon dans la rue. Que tu sois au Pôle Nord, au Pôle Sud ou en Afrique, tout le monde peut jouer au foot. Après, il y a une réalité dans le foot américain, c’est le nombre de commotions et les énormes problèmes de santé qui vont avec. Je ne vais pas dévoiler le livre mais dedans, il est fortement question de ces problèmes de commotions cérébrales chez les joueurs de football américain.

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Quel regard portez-vous sur la trajectoire du football aux Etats-Unis ?

Il y a eu des joueurs qu’on connaît bien, comme Thierry Henry. Il y a eu Patrick Vieira, qui est allé en MLS pour entraîner. Il y a David Beckham, qui a été joueur en MLS et qui est maintenant dirigeant d’une franchise à Miami. Il y a eu Zlatan (Ibrahimovic). Je pense que c’est en plein boom, que ce n’est pas du tout un feu de paille. D’ailleurs, Kylian (Mbappé) y a fait une tournée avec ses sponsors il y a un an. Ce marché va s’ouvrir, c’est une évidence. Parce que le soccer a tout pour lui, parce qu’il est joué par les filles là-bas. Il faut aller sur le terrain pour s’en rendre compte, il est joué par énormément de gamins. Quand tu vas aux Etats-Unis aujourd’hui, il y a plein de kids qui ont des maillots de clubs européens comme le Real Madrid ou Manchester, de grandes stars comme Neymar, Messi ou Ronaldo. Ce n’est plus du tout un truc réservé à un petit nombre, le soccer là-bas est vraiment en plein boom.

« Je pense que le tremplin nécessaire pour le soccer aux Etats-Unis, c’est une Coupe du monde réussie. Ils ont tous les arguments pour être compétitifs en 2026. »

Vous citez plusieurs fois David Beckham dans le roman. Il joue un rôle important dans l’histoire du football aux Etats-Unis ?

Oui, je pense. L’impact de l’arrivée de David Beckham là-bas, c’est énorme. Il y a des trucs comme ça qui marquent le sport au plus profond de lui et c’est vrai que l’arrivée de Beckham aux Etats-Unis, ça a été un truc très fort. Il est super crédible, son projet est sérieux, il est énormément suivi par la communauté latino à Miami. Je pense vraiment que David Beckham va jouer un rôle là-dedans, c’est sûr.

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Les Etats-Unis avaient échoué à se qualifier pour la Coupe du monde 2018. Croyez-vous qu’ils auront les moyens d’être compétitifs en 2026 ?

Dans ma fiction, je dis qu’en 2026, le soccer sera en plein boom aux Etats-Unis. Je pense que le tremplin nécessaire pour le soccer aux Etats-Unis, c’est une Coupe du monde réussie. Ils ont tous les arguments pour être compétitifs en 2026, parce que c’est un pays immense avec de nombreux joueurs et des infrastructures, mais ils ont aussi le savoir-faire. Je ne dis pas qu’ils vont gagner la Coupe du monde en 2026, mais je pense qu’ils seront vraiment au point, je leur fait confiance.

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Arsène Wenger a été important pour vous dans ce projet de roman ?

Oui parce que c’est mon père spirituel et qu’il m’a appris beaucoup de choses, voire tout ce que je sais du foot. C’est surtout un mec qui est d’une probité magnifique. On est dans un monde où il y a beaucoup d’argent, où tout n’est pas toujours très sain. Arsène a pour lui d’avoir une image super propre. C’est le mec « clean » par excellence, donc je voulais que le président de la FIFA incarne tout ça. Une fois de plus, je suis dans une fiction. Ce n’est pas une prédiction, c’est une fiction, et ça me faisait plaisir de le camper d’un personnage de la présidence de la FIFA.

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Comment a-t-il réagi en apprenant que vous vous étiez inspiré de lui pour ce personnage ?

Il m’a envoyé des mots persos très sympas, que je n’ai pas à vous dévoiler (rires).

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Vous citez Jean Dujardin et Wilfried Mbappé dans vos remerciements. En quoi vous ont-ils aidé ?

Jean a été déterminant quand je suis rentré des Etats-Unis. J’ai eu la chance de le croiser, je lui ai raconté mon histoire et il m’a encouragé à écrire. C’est vraiment Jean qui m’a dit : « Ton histoire est géniale, écris-la, lance-toi ». Jean m’a totalement décomplexé là-dessus. Il m’a aussi donné un coup de main pour la couverture. Il a une vision super scénique. Il réagit au quart de tour, il est toujours très bon sur la mise en scène des projets. C’est lui qui a eu l’idée de cette couverture magnifique avec ce joueur qui a ce ballon de foot dans les mains. Wilfried et la famille Mbappé sont une source d’inspiration pour le livre, au même titre que Zizou, Deschamps ou d’autres gens comme ça.

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Vous avez décidé de diffuser ce roman gratuitement, en espérant pouvoir apporter un peu de joie à quelques personnes. Les retours que vous avez eus vont dans ce sens ?

Oui, je reçois des témoignages très touchants. On était déjà à 13 000 téléchargements en trois jours, ce qui est colossal pour un roman. Si ça fait plaisir aux gens, j’en suis ravi. Il n’y a aucune démarche commerciale, c’est juste essayer, dans ce monde qui vacille, d’amener des histoires de foot à des gens qui sont confinés. On nous demande de rester chez nous donc si ça peut faire le plaisir de quelques lecteurs en plus, j’en suis ravi. Ce n’est pas le Prix Goncourt, c’est juste une histoire de foot racontée par un mec qui est dans le milieu depuis trente ans et qui voulait faire plaisir aux gens, tout simplement.

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Vous attendiez-vous à une telle réception ?

Non, c’est une grande surprise ! C’est super agréable, les témoignages sont très chouettes. C’est drôle de voir comment les gens peuvent s’approprier l’histoire, imaginer Tom d’une manière ou d’une autre. C’est très drôle de voir comment les personnes qui l’ont lu s’approprient l’histoire et voient des choses que je n’avais pas forcément vues. Des journalistes anglais m’ont demandé une version anglaise. Je suis très touché que les Anglais s’intéressent au produit, ça m’amuse beaucoup. Arsène Wenger a fait la préface, donc ils sont friands de ça. Je ne vous cache pas que comme je suis confiné, je suis en train de bosser la version anglaise, mais il faut qu’elle soit bien. J’ai une petite semaine pour la finaliser et je suivrai le même principe, ça restera gratuit. Un tome 2 ? On verra, je n’en suis pas là du tout !

Quentin Ballue


Roman accessible à l’adresse suivante : https://chjeanpierre.wixsite.com/2026

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