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Boca-River, une rivalité fratricide

“Somos rivales, no enemigos ” (“Nous sommes rivaux, non pas ennemis”). Tels sont les mots sortant de la bouche des supporters de Boca Juniors et de River Plate lorsqu’ils sont interrogés sur leurs relations réciproques. Pourtant, en se remémorant les incidents qui avaient entraîné le report de cette rocambolesque finale de la Copa Libertadores 2018 entre les deux voisins bonairiens, il semble que cette formule pacifiste ne soit plus vraiment de mise à l’approche d’un Superclásico. Il convient donc de se pencher sur les arcanes d’un derby des plus célèbres et passionnés que certains nomment en toute simplicité : “le plus grand spectacle de la planète”.


par Gabriel Blondel.

Diego Maradona, en pleine séance de plongée dans la River.

“Derby” qu’èsaco ?

En préambule du premier article de cette série, il est nécessaire d’apporter quelques précisions que l’on ne prend pas souvent le temps de mentionner. Qu’est-ce qu’un “Derby” ? D’où vient ce terme devenu si courant ?

Cet adjectif que l’on emploie communément pour qualifier un match entre deux équipes d’une même ville, ou par extension de deux villes voisines, s’inspire de la rivalité entre les paroisses Saint Peter et All Saints de la ville de Derby, située dans le centre de l’Angleterre. Pour reprendre la définition faite par Christian Bromberger, ethnologue français qui s’était donné pour défi, en 1995, de dresser une Ethnologie du match de football : « le vrai derby, conforme à son acception originelle, est le match qui oppose deux équipes de la même ville. Souvent cette partition reflète et accuse des divisions majeures dans la population urbaine : tantôt des antagonismes religieux entre catholiques et protestants […], tantôt des différences d’origines (le Barça – le FC Barcelone – contre l’Espanyol, l’un symbolisant l’autochtonie et la revendication catalanes, le second ralliant les faveurs des fonctionnaires castillans et des ouvriers andalous de la SEAT) ».

Pour prolonger cette acceptation du terme, on peut ajouter que ces “divisions majeures” peuvent également être catalysées par des écarts d’origine sociale et géographiques. Dans l’imaginaire collectif d’un derby, il est souvent convenu que l’un des deux clubs soit affilié aux “pauvres”, c’est-à-dire les classes populaires ou laborieuses qui, à l’époque de la fondation des clubs, peuplaient les usines et les chaînes de montage, tandis que l’autre représenterait plutôt les “riches”, membres de la classe moyenne ou des élites économiques de la ville. Ces disparités économiques se manifestant fréquemment par des disparités géographiques, les rivaux d’un derby sont donc avant tout des “équipes de quartier” dont les premiers supporters habitent à proximité immédiate du stade où l’équipe évolue.

Toutefois, les succès sportifs de clubs tels que Boca Juniors et River Plate, font que l’intense passion qui leur est portée n’est pas restée circonscrite à leurs quartiers d’origine bien longtemps. Loin de là. Si on en croit les dires du sociologue argentin Diego Murzi, recueillis par nos confrères de France Football : ” Selon des sondages récents, plus du 30% des Argentins supportent Boca et plus de 25% supportent River. On peut donc dire qu’environ 60% des gens, dans ce pays, s’intéressent de près au sort de ces deux clubs ” . Il serait donc inexact et obsolète, tant ces deux clubs sont devenus populaires en Argentine et ailleurs, de les distinguer par l’un des critères précédemment évoqués. Boca-River, c’est bien plus qu’un simple derby. Pour le comprendre, un petit tour en DeLorean s’impose.

Boca-River, retour aux sources

Pour revenir aux origines de cette rivalité, il faut remonter au début XXe siècle dans le quartier portuaire de la capitale argentine, la Boca à Buenos Aires. Le football était alors un jeu importé par les immigrés européens qui divertissait ouvriers et marins durant leurs pauses syndicales. C’est ainsi que le 25 mai 1901, deux clubs locaux Santa Rosa et La Rosales, fusionnent pour donner naissance au Club Atlético River Plate, traduction anglaise du nom du fleuve qui borde la ville le Río de la Plata. Quelques années plus tard le 3 avril 1905, des immigrés italiens de la ville de Gênes, créent dans le même quartier le Club Atlético Boca Juniors. Le nom du club reprend le nom du quartier la ”Boca” auquel le président, Esteban Baglietto, a voulu ajouter ”Juniors” pour rappeler les racines britanniques du football. Les joueurs de l’équipe sont surnommés les “Xeneize“, en hommage à une dénomination dialectale des habitants de Gênes, et portent un maillot bleu foncé orné d’une bande horizontale jaune. Ce choix esthétique émanerait d’un pari lancé par les fondateurs du club alors présents sur les quais du port de Buenos Aires : “les couleurs du premier bateau qui entrera dans le port seront celles qu’arboreront le club” comme celui-ci bateau fut suédois, la légende se tient…

Dans les années 1920, l’ensemble des clubs jouaient dans différentes ligues amateurs, une situation ne permettant pas à Boca et River de se rencontrer. Or en 1930, le football argentin est en grève à la suite du coup d’Etat militaire mené par le général Uriburu. Pour calmer les ardeurs populaires, la premier championnat national de football est créé et offre enfin l’occasion aux deux rivaux de quartier de s’affronter sur le rectangle vert. C’est ainsi que le premier affrontement entre les deux voisins, en match officiel, a finalement lieu en 1931. Le match se termine sur une victoire de Boca Juniors (2-1) mais au-delà du résultat sportif, c’est surtout la légende du derby qui venait de naître ce jour-là. En effet, à la suite du deuxième but des Xeneize, trois joueurs de River sont expulsés pour contestation et le reste des Rojo y Blanco décide alors de quitter le terrain. Le match est donc interrompu au bout de 30 minutes de jeu et une bagarre générale éclate entre supporters dans les tribunes du stade. Le Superclásico venait de naître.

Extrait de Looking for Buenos Aires, reportage Canal+ Sport.

 “Ce match est le générateur de toute cette rivalité qui continue encore aujourd’hui, depuis plus de 80 ans.”

– Tony Sierpa (journaliste au Diario Ole de Buenos Aires).

Deux clubs, deux classes sociales ?

La lutte incessante pour la suprématie du quartier pousse les deux rivaux à prendre des trajectoires différentes. River Plate, battu dans le derby et dans la course aux dépends de Boca Juniors, décide de quitter son fief d’origine pour s’installer dans un quartier huppé du nord de la ville, Núñez. Les riches propriétaires du club décident d’investir massivement dans le club pour redorer son blason notamment en s’offrant l’attaquant star de l’époque, Bernabe Ferreira, pour 10 000 pesos. Dès lors, le club est perçu comme un “club de riches” et ses joueurs sont surnommés “Los Millonarios” (“les millionaires”). Cela contraste fortement avec l’ancrage populaire de Boca Juniors qui devient quant à elle l’équipe favorite des masses laborieuses de Buenos Aires. Cela lui vaut l’attribution du surnom péjoratif “los Bosteros“, que l’on pourrait traduire en français par “les bouseux”, mais celui-ci est rapidement accepté par le club dans l’affirmation de son identité et surtout de son opposition avec son rival plus fortuné.

Les derbys Boca-River ont rapidement pris une dimension extra-sportive et sont entre autres devenus de véritables chocs de quartiers à l’échelle de Buenos Aires. Or, comme expliqué précédemment, si les inégalités économiques et sociales entre les deux rivaux ont forgé leur identité, un Superclásico ne peut pas être perçu comme un nouveau terrain de la lutte des classes où Boca serait le club du peuple ouvrier et River celui de l’élite bourgeoise. Affirmer cela serait nier la réalité dans la mesure où plus de 60% des fans de football argentins sont soit “Boca” soit “River” et qu’il y a, par conséquent, des supporters des deux équipes issus de toutes les catégories sociales et de toutes les villes du pays. Toujours dans les colonnes de France Football, Fernando Segura Trejo, autre sociologue argentin spécialiste du supportérisme argentin estime que : “Le cliché pourrait présenter Boca comme l’équipe du peuple et River comme l’équipe des riches. Cela a peut-être été ainsi à une époque lointaine. Mais depuis des décennies les deux équipes sont ultra populaires et traversent toutes les couches sociales. Il y des supporters aisés tant du côté de River que de Boca. Et l’inverse est aussi vrai“.

La mythification du derby et la tragédie de la porte 12

puerta 12
Photo de la porte 12 prise le lendemain de la tragédie.

Boca-River, est devenu l’étendard de la culture footballistique de tout un pays. Mais l’histoire du Superclásico bascula dans le registre tragique et prit une dimension supplémentaire à la suite des événements du 23 juin 1968, au stade Monumental de River Plate, à la fin d’un match nul et vierge (0-0) entre les deux équipes.

Certains supporters des Xeneize, alors rassemblés dans le parcage visiteur, s’empressèrent de quitter le stade avant le coup de sifflet final afin d’éviter la cohue habituelle de fin de match. Or, ces derniers se retrouvèrent bloqués dans le long couloir étroit et obscur menant à la sortie car la porte 12 (puerta 12) était verrouillée depuis l’extérieur et empêchait les supporters, entassés à l’intérieur, de sortir. En raison du mouvement de foule suscité par l’afflux de nouveaux spectateurs, plusieurs d’entre eux suffoquèrent et moururent écrasés contre la porte. L’enquête policière qui suivit le drame fût incapable d’expliquer la raison de la fermeture de cette porte qui était d’ordinaire toujours ouverte. Certains parlent de policiers vexés de s’être fait uriner dessus depuis le haut des tribunes accueillants les supporters de Boca. D’autres témoins affirment avoir vu des drapeaux à l’effigie de River Plate brûlés par des supporters de Boca, puis lancés sur les tribunes inférieures, cette provocation aurait alors suscité un geste de représailles. Néanmoins, aucune preuve n’a pu valider l’une de ces hypothèses et le mystère reste entier quant aux causes exactes de la fermeture de la porte 12.

Naturellement, les supporters de Boca accusèrent ceux de River d’avoir volontairement fermer cette fameuse porte 12. Cette tragédie, responsable de la mort de 72 supporters de Boca, âgés en moyenne de 19 ans, et de 150 blessés, décupla l’animosité entre les partisans des deux clubs et fût un véritable tournant dans l’histoire du Superclásico, élevé au rang de légende sportive.

Des titres, des stars et des années fastes

Après la plongée, Maradona marque et s’envole.

Boca Juniors et River Plate règnent quasiment sans partage sur le championnat argentin, aujourd’hui appelé la Superliga. Ils cumulent à eux deux pas moins de 62 titres nationaux, dont 35 Superliga pour River et 27 pour Boca ainsi que de très nombreux titres continentaux dont 3 Copa Libertadores pour les Rojo y Blanco et 6 pour les Xeneize. Il existe bien d’autres grands clubs argentins comme ceux faisant partie des “cinco grandes del fútbol argentino” comme le CA Independiente (14 Superliga et 7 Copa Libertadores), le San Lorenzo (12 Superliga et 1 Copa Libertadores ou encore le Rácing Club (8 Superliga, et 3 Copa Libertadores). Mais tous restent dans l’ombre des deux géants, des deux institutions que sont Boca et River qui s’accaparent du soutien, voire parfois de l’amour, de près de trois quarts des hinchas argentins.

Ces deux clubs attirent également les plus grands noms du football argentin, que cela soit parmi les joueurs ou les entraîneurs. On ne peut évidemment entamer une énumération des nombreuses gloires de Boca sans parler de la légende. Diego Armando Maradona, “el Pibe de Oro” (le gamin d’or), a depuis toujours le cœur bleu et jaune. Arraché à prix, encore une fois, d’or à son club formateur, los Argentinos Juniors, le jeune prodige rejoint la Bombonera à l’été 1981 pour deux saisons restées éternellement dans les mémoires de tous les amoureux de Boca. Grâce à “la main de Dieu”, les Xeneize remportent à nouveau le championnat mais surtout humilient River (3-0) dans une rencontre inscrites dans les livres d’histoire en raison de la performance de haute volée de Diego. Celui-ci marque deux des trois buts de la victoire avant d’être fortement impliqué dans le troisième. Lors de cette faste saison, il inscrit 28 buts en 40 rencontres. Rien que ça. D’autres grands noms du football argentin figurent parmi les légendes de Boca : Juan Roma Riquelme, véritable idole du club pour sa fidélité au blason et actuel vice-président du club, le grand Gabriel Batistuta,  Martin Palermo, meilleur buteur de l’histoire des Xeneize ou plus récemment “l’Apache” Carlos Tevez, récemment entré dans l’histoire de Boca pour des raisons que nous expliquerons un peu plus bas.

Le grand Enzo Francescoli, à qui Enzo Zidane doit son prénom, pas besoin d’en dire plus.

De l’autre côté, on se doit de citer en premier lieu le nom d’Enzo Francescoli, surnommé el Principe (le prince), dans la mesure où il est parvenu à enlever à River Plate son image historique de perdant, qui lui valait le sobriquet de “gallinas ” (autrement dit les “poules mouillées”). L’Urugayen faisait partie de l’équipe qui brisa la malédiction en remportant sa première Copa Libertadores après de multiples défaites en finale. On évoquera également le légendaire Alfredo Di Stephano révélé aux yeux du monde lors de ses matchs sous les couleurs Rojo y Blanco avant de partir continuer sa carrière au Real Madrid. Mais on nommera aussi Hernan Crespo, buteur d’une équipe qui remporta 4 Superligas, ou encore Gonzalo Higuain, Javier Mascherano, des visages connus de la Ligue 1 comme Fernando Cavenaghi, Lucas Ocampos ou encore l’attaquant international français David Trézéguet. Ce dernier avait volontairement quitter l’Europe pour aider le petit peuple de River au moment de la seule descente en deuxième division de son histoire, à l’issue de la saison 2010/2011. Un traumatisme dont les hinchas riverplatense font apparemment encore des cauchemars.

Enfin, la renommée du football albiceleste s’est forgée sur la ferveur de ses supporters qui sont sans aucun conteste parmi les plus passionnés et bruyants du monde. Les travées de l’Estadio Monumental de River Plate, où se déroulent également les rencontres de l’équipe nationale, sont aussi légendaires que celles de la Bombonera (“la boîte à bonbons”) de Boca Juniors, stade célèbre pour sa forme atypique, munie d’une tribune verticale. Là où les cultes religieux demandent à leurs fidèles de réaliser des pèlerinages dans des lieux saints, l’Argentine déclare en substance qu’un “Argentin ne peut pas mourir sans avoir vu une fois dans sa vie un Boca-River”. C’est pourquoi beaucoup d’observateurs considèrent ce Superclásico comme le “derby le plus important du monde”. Des milliers de “papelitos” jetés sur le terrain, des fumigènes de la couleur des maillots, des tifos et des rubans par dizaines, des encouragements et des chants assourdissants et ininterrompus de la première à la quatre-vingt quinzième minute, c’est à peu de choses près ce qui vous attend le jour où vous aurez la chance de pénétrer dans l’enceinte d’un Superclásico.

Les “Barras Bravas”,  part d’ombre du football argentin

Dans un pays où le football est considéré par certains comme une religion, il faut accepter le fait que sa pratique puisse aussi bien être génératrice de passion que de folie. Deux affects de la psyché humaine dont la frontière entre l’une et l’autre est très poreuse. Si les tribunes des stades argentins sont capables de créer des ambiances parmi les plus belles du monde, les barras bravas sont également responsables de plusieurs centaines de morts et d’affrontements réguliers aux abords des stades d’Argentine. Il suffit malheureusement d’une minorité de fanatiques pour ternir l’image d’un pays et de son football. Selon Nicolas Cougot, rédacteur en chef du site Lucarne Opposée et spécialiste du football sud-américain : « Le foot argentin est magnifique sur le terrain, mais il est complètement gangrené en dehors par ces barras, qui ne sont pas des ultras  c’est important de le souligner  mais bien des membres d’organisations criminelles qui gèrent des trafics de drogue, d’armes, de revente de billets, etc. »

Les barras, nées à la fin des années 1950, sont devenues de plus en plus influentes et violentes depuis la dictature de la junte militaire, dirigée par le général Videla, entre 1976 et 1983. Dorénavant, ces groupes s’apparentent à de véritables mafias et jouissent d’un puissant pouvoir sur le football argentin grâce à leurs accointances avec certains dirigeants de clubs ou d’instances footballistiques nationales. “A la différence des hooligans anglais qui étaient plus anti-systèmes […], en Argentine, les barras bravas s’incorporent au système, au pouvoir politique qui par conséquent les protège.” d’après Ezequiel Fernandez Moore, historien argentin (propos recueillis par Canal + Sport dans un reportage intitulé Looking for Buenos Aires). Lors de la décennie qui vient de s’achever, pas moins de 93 personnes sont mortes à cause d’affrontement entre barras . L’attaque du bus des joueurs de Boca, sur la route menant au stade Monumental, avant la finale retour initialement prévue le 24 novembre 2018, par des barras de River, ne fait que confirmer le mal profond dont est infecté le football argentin.

La finale de la Copa Libertadores, preuve que la violence n’est jamais bien loin.

Affrontements entre forces de l’ordre et supporters de River aux abords du Monumental avant la finale retour de la Copa Libertadores 2018.

Cette finale de Copa Libertadores, équivalent de la Ligue des Champions en Europe, était, avant même d’être jouée, historique. Pour la toute première fois, les deux clubs mythiques du football argentin se retrouvaient face-à-face à ce stade de la compétition et partageaient le même rêve : décrocher la couronne continentale sud-américaine, en lieu et place du frère ennemi. Alors que le match-aller à la Bombonera s’était soldé par un match nul (2-2), le dernier acte devait se tenir, une semaine plus tard, dans l’écrin de River. Le jour-J, chauffés à blanc par l’enjeu, des barras bravas de River eurent la belle idée d’attaquer le bus des joueurs de Boca aux abords du stade Monumental. Cet assaut à coups de pierres et de gazs lacrymogènes, a causé, au-delà du report de la rencontre, plusieurs blessures parmi les joueurs de Boca dont le capitaine de l’équipe Pablo Pérez. Suite à l’incident, le club Xeneize avait demandé, auprès de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol), une victoire de Boca sur tapis vert. Après de longues discussions, les instances sud-américaines décidèrent finalement de délocaliser cette finale retour en Espagne, au Santiago Bernabéu du Real Madrid, le 9 décembre 2018. Pour le plus grand bonheur des fans de football certes, mais aussi pour la plus grande peur des responsables du football argentin qui craignaient de nouvelles scènes de violences entre hinchas à Madrid et en Argentine.

Mais malgré les inquiétudes, le football a bien repris ses droits sur le rectangle vert. Bien que le spectacle offert par les 22 acteurs ne fut pas des plus mémorables, l’intensité et la dramaturgie de le rencontre étaient à la hauteur de l’histoire commune de ces deux éternels rivauxA la 43e minute, celui qui deviendra un an plus tard le chouchou du public marseillais, “Pipa” Benedetto, déjà buteur à l’aller, profite d’un contre éclair pour effectuer un joli numéro au milieu de la défense de River avant de se retrouver seul face au but d’Armani qu’il trompe d’une belle frappe décroisée de l’intérieur du pied. 1-0 pour Boca et une célébration, ornée d’une jolie grimace, dont on se souvient encore.

“Pipa” tire la langue avant de tirer la gueule.

Les bleus et jaunes croient tenir leur victoire et résistent toute la deuxième période face aux assauts adverses. Mais cela était sans compter sur l’opportunisme, de Lucas Pratto, pourtant formé chez Boca et déjà double buteur à la Bombonera, qui conclue une magnifique combinaison en triangle et emmène les deux équipes en prolongations. Les 30 minutes suivantes sont à sens unique. Boca s’effondre et ses joueurs regardent, impuissants, l’ancien colombien du Stade Rennais, Juan Quintero, envoyer un missile sous la barre transversale d’Andrada. Avec l’énergie du désespoir, ce dernier monte pour l’ultime corner du match. Tiré trop proche du gardien, le ballon est dégagé par la défense. Quintero sert “Pity” Martinez dans un fauteuil qui n’a plus qu’à traverser la dernière moitié de terrain pour pousser le ballon dans le but vide. 3-1 score final. River remporte sa quatrième Copa Libertadores.

Depuis, les deux voisins bonairiens se sont retrouvés à trois reprises : un match nul et vierge en championnat avant une nouvelle double confrontation en demi-finale de cette même ligue des champion sud-américaine, encore une fois remportée par River (2-1. s.c) qui cette fois-ci perdit la finale aux dépends du Flamengo de Rio de Janeiro. Mais Boca ne peut trop longtemps rester dans l’ombre de River. Lors de l’ultime journée du championnat argentin, juste avant le début de cette satanée pandémie mondiale, les fans de Boca ont tout de même eu droit à un joli cadeau. Une victoire étriquée (1-0) face au Gimansia L.P., grâce à un but tardif de l’éternel Carlos Tevez, suffisante pour dépasser le leader Rojo y Blanco tenu en échec (1-1) par l’Atletico Tucuman. Son quatrième titre de champion sur les six dernières saisons, alors que River attend un nouveau sacre national depuis 2014.

Tevez crie de joie. Il vient d’offrir le titre à Boca d’une frappe en dehors de la surface (72e).

Pour reprendre, une dernière fois, les mots de Diego Murzi : “Ces dernières années, nous avons assisté à quelque chose d’assez inédit : plusieurs “petites” équipes ont été sacrées alors que les “gros” vivaient dans le même temps des mauvais moments. On a vu Banfield, Argentinos Juniors, Arsenal ou Velez gagner le titre pendant que River ou Independiente allaient en deuxième division. Donc aujourd’hui, le fait de voir River et Boca en tête du Championnat est une sorte de retour à la normale pour le football argentin“.


Si Boca Juniors, River Plate et le Superclásico restent la plus belle vitrine du football albiceleste il n’en demeure pas moins que le déroulement plus que compliqué de cette finale de Copa Libertadores ternit considérablement son image aux yeux du monde entier et révèle encore une fois sa difficulté à se défaire de ses vieux démons. Le prochain affrontement entre les deux frères ennemis ne devrait pas avoir de lieu de sitôt, du moins pas avant la prochaine saison. Il n’y a de bonne société qui ne se quitte, mais comme disait Brassens, “les bons copains ne s’en vont jamais bien loin”.

PS : miniature de l’article réalisée par Romane Beaudouin.

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