Anthony Le Tallec évolue à Annecy depuis le mois de septembre
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Anthony Le Tallec : « J’ai encore l’énergie et l’envie de jouer deux ou trois ans »

Présenté comme un futur crack, Anthony Le Tallec a connu une trajectoire bien différente de celle qui lui était promise. Après avoir porté le maillot de Liverpool, Le Mans, Auxerre ou encore Valenciennes, l’attaquant de 35 ans joue désormais à Annecy. Mais toujours avec passion et ambition.


Votre carrière a démarré très fort : des débuts en pro à 16 ans, un titre de champion du monde U17 avec l’équipe de France en 2001, un transfert à Liverpool… Comment avez-vous vécu cette ascension éclair ?

Très bien ! Je l’ai très bien vécue. J’étais au sommet. Tout se passait bien. Tout s’enchaînait parfaitement. Tous les clubs européens me voulaient. Après, c’est la chute qu’il faut savoir gérer. Heureusement, j’ai une famille qui m’a soutenu.

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Justement, comment avez-vous géré la suite mentalement ?

J’ai la chance d’avoir un mental d’acier, c’est pour ça que j’ai réussi à garder le cap. Il y a eu des blessures, des choix de carrière… Quand on part de Liverpool, après, il faut savoir rebondir. Je pense que j’ai réussi quand même, j’ai fait presque vingt années pleines. Je n’ai pas eu de trou dans ma carrière. Je suis satisfait par rapport à ça. C’est sûr, j’aurais pu faire une meilleure carrière, mais aujourd’hui je suis fier.

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Il y a quelques années, vous avez déclaré que vous n’aviez pas fait la carrière que vous deviez. Comment l’expliquez-vous ?

Mon impatience quand j’étais plus jeune, à Liverpool. J’ai payé mon impatience. Liverpool m’a prêté quatre fois d’affilée, ce n’était pas évident à gérer. Quand tu es prêté à droite à gauche, ce n’est pas facile. Mais j’ai su me stabiliser au Mans à un moment donné et puis voilà, j’ai kiffé un peu !

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Vous auriez pu faire plus à Liverpool ?

Oui bien sûr, j’étais dans les plans. J’étais mal conseillé au départ et j’ai voulu jouer tout de suite. J’aurais dû être patient parce que j’étais dans les plans de Benitez. Malheureusement, j’ai voulu être prêté pour avoir du temps de jeu, ça a été mon erreur.

Gérard Houllier entouré de quatre nouveaux Reds en juillet 2003 : de gauche à droite, Florent-Sinama Pongolle, Harry Kewell, Anthony Le Tallec et Steve Finnan.

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Vous vous rappelez de votre but à Anfield, contre Ljubljana ?

Oui, bien sûr ! J’en ai mis un avec Liverpool, à Anfield, donc bien sûr je m’en souviens. C’était en Coupe UEFA. On ressent beaucoup de joie évidemment. Jouer à Anfield, ce n’est pas donné à tout le monde. En plus de ça, j’ai marqué dans une qualification européenne. Là, tout roulait pour moi, c’était magnifique.

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Vous avez participé au parcours victorieux des Reds en Ligue des Champions en 2005. C’est une fierté de se dire que son nom restera dans l’histoire d’un tel club ?

Oui, les supporters m’en parlent souvent. Ce titre est fabuleux. J’ai participé à cette compet’ et j’en suis fier aujourd’hui.

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Vous avez soulevé un autre trophée majeur, la Coupe de France avec Sochaux en 2007. Comment aviez-vous vécu la finale contre Marseille ?

C’était un match magique. Je rentre, j’égalise dans les prolongations, et j’inscris mon tir au but. C’était un match parfait, il restera gravé dans ma tête pour la vie.

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Vous avez joué dans 12 clubs différents jusqu’à présent. Comment avez-vous appréhendé le fait de connaître autant d’environnements différents ?

Dans le football moderne, on est amené à bouger, surtout pour les attaquants. Je l’ai pris à chaque fois comme de bonnes expériences. Je suis fier, je suis content d’avoir pu connaître des pays différents. J’ai appris des choses, des cultures, des langues. C’était très enrichissant.

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Le club pour lequel vous avez le plus marqué est Le Mans (22 buts). Quels souvenirs gardez-vous de vos trois saisons dans la Sarthe ?

Le Mans, c’est là où je me stabilise, où je me sens le mieux, où ma fille est née. Ce sont des moments que je retiens fortement dans ma carrière, c’est un club qui me tient vraiment à cœur. J’avais le soutien de tout le monde là-bas, je faisais partie des cadres. J’avais les clefs de l’aspect offensif. Je pense avoir marqué les esprits là-bas. J’espère que ce club va rester en Ligue 2 cette année.

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Vous n’avez pas connu de sélection avec l’équipe de France A mais en 2010, vous aviez reçu une pré-convocation de la part de Laurent Blanc. À ce moment-là, vous vous êtes dit que vos efforts payaient enfin ?

Oui, à cette époque je devais signer à Bordeaux avec Laurent Blanc et il a été nommé à la tête de l’équipe de France. Une grande fierté quand même d’être présélectionné. Au Mans, je faisais de grosses saisons.

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Outre l’Angleterre, vous avez joué en Grèce, à l’Atromitos, de 2015 à 2017.

Ce sont de bons souvenirs. J’ai décidé de quitter la France alors que j’étais en fin de contrat avec Valenciennes. Ils voulaient que je prolonge mais j’ai voulu partir de la France, j’avais un mini ras-le-bol. J’avais besoin d’autre chose et ce projet-là est arrivé. Je n’avais jamais joué au soleil donc le projet sportif, parce qu’eux aussi jouaient le tour préliminaire de l’Europa League, et puis l’aspect financier, ça matchait bien. On a pris nos bagages avec ma famille et voilà, j’ai signé deux ans là-bas. Ça s’est super bien passé, belle expérience. C’est un bon championnat, dans un super cadre de vie. La ville était extraordinaire, même si parfois il y avait des problèmes économiques.

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Vous avez également évolué en Roumanie. Comment s’était passée cette expérience ?

Si j’ai signé en Roumanie, c’était pour jouer l’Europa League. Avant tout, c’est le projet sportif qui me plaît. Je voulais retrouver la Coupe d’Europe, c’est pour ça que j’avais signé là-bas. On avait fait les tours préliminaires. Après, quand on s’est fait éliminer juste aux portes des groupes, ça s’est un peu compliqué, ça s’est un peu tendu avec le président, donc j’ai décidé de rentrer en France.

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Pourquoi avoir rejoint Annecy l’été dernier ?

Je voulais quitter Orléans. Il me restait un an de contrat. J’avais des propositions en Turquie et en Australie notamment mais je suis arrivé à un âge où je ne voulais plus partir loin, parce que je l’avais déjà fait. Au niveau financier, les contrats n’étaient pas extraordinaires. J’ai eu ce projet à Annecy en même temps, je n’y croyais pas trop au départ parce que je ne connaissais ni la région ni le club. Ils m’ont fait venir, j’ai assisté à un match, j’ai visité la ville et en fait, j’ai tout de suite adhéré. Le discours des dirigeants m’a bien plu. En plus, c’était un contrat de longue durée comme joueur, c’était ce que je voulais car j’avais encore envie de jouer. Il y avait aussi la possibilité d’avoir un mot à dire dans le club après ma carrière donc ça a matché avec les dirigeants.

« Quand j’ai vu les installations, le stade, la ville, je n’ai pas du tout hésité », confiait Anthony Le Tallec après sa signature en septembre 2019.

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Votre choix a pu étonner puisque vous étiez en Ligue 2 et que vous avez rejoint un club de N2.

Ouais, ça en a étonné plus d’un. Mais après, les gens ont compris pourquoi j’avais fait ça. Aujourd’hui, ça sourit. Je connais le football, je sais que j’ai eu raison de signer ici.

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Vous recherchiez aussi un état d’esprit différent en rejoignant un club plus modeste ?

Non, pas forcément. Je suis quelqu’un de très compétiteur, j’ai pu le démontrer à mes coéquipiers cette année. C’est ce que je voulais leur inculquer, l’esprit de la gagne, ne jamais rien lâcher. Si je suis venu là, ce n’est pas pour glander. J’espère que j’ai apporté un petit peu ça à mes coéquipiers, j’espère que le club va aller en Ligue 2 le plus rapidement possible parce qu’il le mérite.

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À 35 ans et avec votre expérience, vous avez aussi un rôle de grand frère au sein du vestiaire ?

Bien sûr. Si on m’a pris, c’est aussi un peu pour encadrer, apporter mon expérience, donner des conseils aux plus jeunes. Je le fais quand on me le demande, je ne suis pas là à donner des ordres, je ne suis pas dans cet état d’esprit-là. Je parle de temps en temps et on m’écoute, parce que je suis crédible par rapport à mon expérience.

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Vous avez inscrit le 100e but de votre carrière avec Annecy. C’était un moment spécial ?

Ouais, c’était contre Chambly en Coupe de France ! Je peux dire que je le compte, même si ce n’est pas en professionnel. Aujourd’hui, j’en suis à 101 buts (rires). C’était spécial. Je cherchais ce 100e but avec Orléans. J’espère qu’il y en aura plein d’autres. J’ai encore l’énergie et l’envie de jouer deux ou trois ans. J’ai la passion de ce métier, c’est ça qui m’a maintenu au plus haut niveau.

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Le club vient d’être promu en N1. Les circonstances sont particulières mais cela reste une satisfaction pour vous ?

Oui ! Peu importe, je ne retiens que la montée. Je suis satisfait, ça me donne raison parce qu’on monte en National, chose que le club voulait depuis des années. On le mérite par rapport à notre saison. Je pense qu’on avait la plus belle équipe du championnat. Maintenant, place à la nouvelle saison, j’ai hâte.

« J’enchaînais les matchs avec des victoires et j’ai eu une lésion au ménisque. J’ai dû être opéré [en janvier], je suis revenu à la compétition au bout de 4 semaines, et il y a eu le confinement », explique l’attaquant.

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Comment abordez-vous la longue période sans compétition qui vous attend avec l’arrêt du championnat ?

C’est vrai qu’avant la décision de la FFF, je me maintenais, il fallait que je reste en forme, je faisais deux séances par jour. Depuis cette décision, on sait qu’on s’arrête donc j’ai un peu calmé mais je me maintiens quand même en forme, j’attends de savoir le programme maintenant, si on va reprendre les entraînements ou si on va avoir des vacances.

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Il vous reste deux ans de contrat et l’objectif de monter en Ligue 2 est assumé au sein du club. Vous avez envie de participer à cette aventure ?

Oui bien sûr, c’est le but. Quand je suis arrivé, avec les dirigeants, on a parlé de ramener le club en Ligue 2. La première étape est franchie aujourd’hui donc je suis très satisfait. J’espère qu’on aura les moyens de lutter, de jouer les premières places. J’espère que dans les deux ou trois ans, Annecy sera en Ligue 2.

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L’idée est de raccrocher les crampons en laissant le club en Ligue 2 ?

Ouais, ce serait mon but ! C’est sûr, c’est un objectif que je me suis fixé. Dans la vie, j’adore les objectifs, et je pense qu’il est faisable.

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Votre reconversion a été abordée dès votre arrivée au club. Cette dimension était importante pour vous ?

Bien sûr, autrement je n’aurais pas signé ici. J’ai résilié un contrat de Ligue 2 pour aller en National 2, ça a beaucoup joué dans ma décision. Plein de facteurs ont fait que j’ai signé ici. Il y a aussi ce cadre de vie pour la famille, qui est exceptionnel, c’est sûr que ça a joué.

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Dans quel rôle vous imaginez-vous ?

Pas en tant que coach. On me pose beaucoup la question mais pour moi, ce serait plus dans l’encadrement et le recrutement.

Quentin Ballue (couverture réalisée par Romaine Beaudouin)

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