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5 bonnes raisons de haïr le foot (et leurs points faibles)

Sport ultra populaire érigé au rang de philosophie, d’école de la vie et parfois même de religion, le football est pour beaucoup ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de la nature. Et pourtant, ce ballon rond vous ne parvenez pas l’encadrer, pire, il vous répugne, vous hérisse le poil rien qu’à entendre les premières notes de Zadok the Priest (ndlr, la pièce d’Haendel qui sert d’hymne au Barça pour éclater le PSG). Et au fond, seraient-ils 100 000 contre vous que vous auriez raison ! Le foot est un sport détestable. Voici 5 bonnes raisons de le haïr (et de vous faire remballer).


1 – Il y a bien trop de fric dans ce pataquès

Oui, c’est l’argument phare, ressorti à toutes les brasses. Celui qu’on se refile comme un propos de comptoir sans trop savoir qui l’a mis sur le zinc. Et pourtant, le tribunal populaire ne fait pas mal son affaire, le fric pourrit le foot. Les places en tribune coûtent un bras, les abonnements TV (à changer tous les ans) idem, les maillots aussi (sauf si t’achètes un bon vieux « Réal Barcelone » au marché du jeudi à Quito mais… Tu connais. Et puis il y a l’argument imparable de Jean-Jacques grorlourdo : « autant d’argent pour taper dans un ballon » … Imparable on vous dit !

Bon ok. Mais parlons chiffres. Un joueur de foot, quand il reçoit sa fiche de paie, est sujet à l’impôt. Pour l’année 2018, l’Etat a perçu 225 M d’euros de la part du gros millier de joueurs évoluant en Ligue 1 et 2. Le tout, uniquement grâce à l’impôt sur le revenu. Si on ajoute les cotisations sociales, salariales et patronales, on atteint le demi-milliard d’euros. Badass. Je ne vous parle pas de la fusion des régimes complémentaires de retraites qui ajoutera 27 millions de plus sur la table. Au-delà du fiscal, c’est tout un pan de l’économie qui vit au rythme du football (coucou l’hôtel du Viaur, CAVIAR édition II). L’économie du football en France s’élève alors à quelques 7,5 milliards d’euros… On parle quand même de près de 40 000 employés à temps plein. D’aillleurs, selon un dossier publié par L’Equipe en février 2019, 1 footballeur crée en moyenne 32 emplois. Et alors Jean-Jacques ? T’en es où toi du licenciement de ton employé de caisse ?

2 – Les commentateurs, c’est l’enfer

Encore plus quand il s’agit d’anciens joueurs, retraités à 32 ans s’ayant vu offrir un pont en or par Bein pour analyser les matchs du dimanche aprem… Passons les fautes de français et l’étroitesse du champ lexical, le pire c’est ces petites phrases toutes faites, dites et répétées des centaines de fois comme si elles étaient devenues mécaniques et ne comportaient rien : « corner intéressant », « x minutes de bonheur en plus », « gare à l’équipe qui concèdera le premier but » … Comme si une personne s’était déjà dit devant sa télé : « vivement qu’on encaisse le premier à la 80e ! ». Ils ne sont pas tous mauvais mais l’exception ne peut pas toujours sauver la norme.

Oui, d’accord. Mais coupez le son, que reste-t-il ? Rien, ou presque. Les commentateurs sont mauvais mais le commentaire est vital. Le football, disait un ethnologue, c’est une histoire d’échecs. On échoue tout le temps jusqu’à ce bref instant de réussite. La voix du commentateur, aussi infâme soit elle, matérialise notre espoir. Au-delà du football, c’est l’espoir de croire en quelque chose. Quand le ballon part d’un but pour aller vers l’autre, sans cette lueur dans la voix qui porte l’objet rond, l’attaque ne vaudrait pas la peine d’être menée. Jouer, c’est croire que.

3 – Les supporters ne peuvent pas s’entendre

Les types qui se foutent sur la gueule sur des parkings tous les samedi y’en a ras le bol. Ça n’arrive qu’au foot ça. D’ailleurs 99% des cas traités par la DNLH (Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme) ont trait au ballon rond. Partout sur le globe des personnes meurent chaque année pour avoir porté les couleurs de leurs clubs. En Indonésie (Cf notre article « l’amour, l’amok, la mort ») pays le plus violent en la matière, on dénombre plus de 70 morts depuis 1995. Sans compter les débordements et autres bastons d’avant match organisées sur des parkings en périphérie des villes ou dans les ruelles sombres aux abords des stades. Bref, méfiez-vous de types (ou femmes !) avec un maillot sur le dos.

Difficile de défendre ce point-là mais essayons. Je ne me ferai pas d’amis mais je l’ose : justement, cette violence… Quel panache ! « Mourir pour son idée, c’est le seul moyen d’être à la hauteur de l’idée » disait Camus dans Les Justes. Mais nul besoin d’aller si loin. D’ailleurs, la violence que je défends est encadrée ! Un ultra des Magic Fans avec qui je parlais un jour m’a dit : « attention hein ! On est pas des animaux ! On se fout sur la gueule mais on a des codes :  pas d’armes blanches, pas en dessous de la ceinture, pas quand on est au sol et pas les enfants ». Ils sont pas mignons quand même ? Ils épargnent même les gosses ! N’aseptisons pas tout ! Gardons-nous un peu de couleurs dans nos vies !

4 – Les footballeurs ne sont franchement pas des lumières

Les voilà les idoles de notre jeunesse : des gamins à peines plus âgés qu’eux pourris par le fric et des égos de star de la téléréalité. Les mecs ont 4 mots à dire à la mi-temps d’un match et sont pas foutus de structurer une phrase de base avec sujet-verbe-complétement. Quand ils s’envoient pas des chichas sur télégram, on les retrouve aux Seychelles sur Instagram avec des nanas hyper sexualisées. Grand bien leur fasse mais va faire réciter la Cigale et la Fourmi à ton gosse de 10 ans après ça. Notre ami Just de la Fontaine avait sûrement pas prévu que 3 siècles plus tard la cigale gagnerait des millions en jouant avec un grain de raisin pendant que la fourmi trimerait pour passer l’hiver au chaud.

Enfin bon… L’histoire des modèles toussa toussa, ça a toujours été un problème. Il y a 60 ans, nos grands-parents rêvaient de devenir James Dean ou Marylin, pas Valéry et Anne-Aymone Giscard. Quoique… Et puis entre nous, que les mecs soient un peu débiles, c’est tant mieux non ? Je veux dire, ils sont jeunes, souvent bien foutus, plutôt beaux et sont payés assez grassement… Si les types avaient une thèse en métaphysique derrière il y aurait de quoi se remettre un peu en question, non ? Au moins, pour ça, on sait que la routourne a tourné !

5 – Les 2000 qui rajoutent des “CR7” à la fin de leurs noms sur facebook (et autres fadaises de footix)

Des groupes de foot à gogos sur les réseaux, des sondages pour savoir qui de Messi ou Ronaldo est le GOAT (meilleur joueur de tous les temps). Ces jeunes passionnés, souvent stigmatisés pour leurs cultures limitées du ballon rond et une ferveur discutable représentent la plèbe, la foule ignorante, la tumeur du football qu’on essaie de défendre. Après des heures à parler de Pasolini, Camus, Podalydès et tant d’autres, ils ruinent tout effort d’ennoblir le ballon rond à la simple évocation visuelle de leurs joggings dépareillés. Comme ils hésitent souvent entre vivelle dop fixation béton et Axe fixation extreme¸ les « millenials » n’ont pas encore pu trancher qui de l’OM ou du PSG aura les faveurs du jeune passionné, et voilà la raison d’un tel procès.

Et pourtant, quelle plus belle preuve d’amour que ces embryons de passions s’échinant à aimer ce phénomène qu’ils ne savent pas encore comment appréhender. Aurions-nous l’audace et la manque de recul nécessaire pour croire que nous fûmes différents ? Que répond-on à un enfant de 12 ans qui affirme connaître le grand, le vrai, l’immense amour ? Rien, on sourit. On ne dit rien parce que ce serait un crime que de ne pas laisser un être se dévoiler au monde et à lui-même. Ils ne connaissent pas l’immense passion ? Grand bien leur fasse, ils ont le temps. Laissons-les expérimenter.

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